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Belgique

20 ans après le crime raciste de ses parents, rien n’a changé : "On n’enseigne pas assez l’histoire de l’immigration " selon Kenza Isnasni

L'invitée de Matin Première : Kenza Isnasni

20 ans après le meurtre raciste de ses parents, leur fille Kenza lance un travail de mémoire pour lutter contre le racisme

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06 mai 2022 à 06:58 - mise à jour 06 mai 2022 à 10:10Temps de lecture3 min
Par Xavier Lambert

" C’est assez impressionnant de voir qu’au bout de 20 ans, les choses n’ont pas réellement changé". Ces paroles sont celles de Kenza Isnasni, dont les parents ont été victimes d’un crime clairement raciste à Schaerbeek.

Le 7 mai 2002, vers 4 heures du matin, Ahmed Isnasni, 47 ans, et Habiba El Hajji, 45 ans, étaient assassinés par un individu connu pour son adhésion aux thèses de l’extrême-droite et sa proximité avec Johan Demol, élu du Vlaams Blok, devenu le Vlaams Belang.

L’homme de 79 ans, Hendrik Vyt, tire également sur les deux petits frères de Kenza Isnasni, Yassine et Walid. Entre la vie et la mort, ils avaient dû être hospitalisés. L’auteur des faits périt intoxiqué par les flammes de l’incendie qu’il a lui-même provoqué dans tout l’immeuble du 121 rue Vanderlinden. Mobile du crime : racisme.

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Hendrik Vyt est en effet connu pour ses liens avec l’extrême droite flamande,. L’homme est un militant notoire du Vlaams Blok, un proche de Johan Demol, ex-commissaire de police de Schaerbeek, passé au parti extrémiste flamand. La veille du crime, Jean Marie Le Pen échouait au deuxième tour de la présidentielle contre Jacques Chirac. Un témoin rapporte une conversation avec Hendrik Vyt : "Il m’a dit : puisque Le Pen ça n’a pas fonctionné avec lui, c’est à nous de faire la guerre. Puisque ça ne va pas, c’est à nous à tirer dans le tas et à tuer tout ça". Et deux jours avant, le leader de l’extrême droite néerlandaise Pym Fortuyn est assassiné, ce qui pourrait avoir déclenché chez Hendrik Vyt une envie de vengeance.

20 ans plus tard, quel chemin parcouru, alors que Marine Le Pen a obtenu 42% des voix au second tour de l’élection présidentielle française ? Très peu, selon Kenza Isnasni, qui préfère cependant se concentrer sur son rôle de témoin : "Je ne suis pas une analyste politique, je ne suis pas là pour voir comment évolue le racisme ou l’extrême droite, mais pour rappeler que le racisme peut mener à la mort et proposer quelque chose de concret pour endiguer ce phénomène. "

 

Quelque chose de concret, ça pourrait être une rue au nom de ses parents, plutôt que de déboulonner le buste de Roger Nols, l’ancien bourgmestre de Schaerbeek ensuite passé à l’extrême-droite : "Ma position, c’est qu’on n’a pas de problème avec le buste, mais pour quoi pas une rue au nom de mes parents : le but c’est de montrer la richesse de la société. Ça, ça a une importance centrale, mais ça va demander du temps, parce que ce sont des questions qui ne sont pas encore bien comprises. Un projet comme ça, ce n’est pas que du vivre ensemble, c’est du faire ensemble".

"On n’enseigne pas cette histoire suffisamment"

Ce que la jeune femme essaie de faire passer comme message, c’est que ses parents sont certes des victimes du racisme, "mais ne pas les réduire à ça : c’étaient aussi des citoyens, des parents. Moi je suis issue de la troisième génération de l’immigration marocaine en Belgique, mon grand-père a travaillé dans le métro, il a été recruté parmi une génération de parents et grands-parents venus travailler ici". Pour elle, "on n’enseigne pas cette histoire suffisamment" alors que cette génération est en train de disparaître : "ça contribuerait pourtant à plus de compréhension et de sérénité".

 

Or, elle constate peu d’évolution dans ce "faire-ensemble": "Si on voyait une évolution, ça se saurait, malheureusement ce n’est pas le cas. Je trouve qu’on n’a pas suffisamment fait en sorte de trouver des solutions : on voit qu’au bout de 20 ans, rien n’a véritablement changé. Revenir sur un acte comme celui-là, c’est dire " qu’est-ce qu’on en fait concrètement ?", mais on reste sur des discours".

Une marche aura lieu ce samedi à Schaerbeek, avec un message avant tout humain plutôt que politique : " Chacun recevra ce message comme il le veut, mais le premier message c’est de rendre hommage à mes parents, c’est de dire ce n’est pas des fantômes, ce sont des personnes qui ont vraiment existé et porter un message qui est rassembleur, un message qui doit toucher tout le monde ".

17 ans après l’assassinat de ses parents, Kenza Isnasni reste marquée par cet assassinat raciste.
17 ans après l’assassinat de ses parents, Kenza Isnasni reste marquée par cet assassinat raciste. NICOLAS MAETERLINCK – BELGA

Trois ans avant ce double assassinat, une équipe du magazine Au Nom de La Loi avait rencontré le meurtrier Hendrik Vyt, dans le cadre d’un reportage sur le Vlaams Blok.

Meurtre d'un couple de Marocains à Schaerbeek

Au Nom de la Loi 15/05/2002

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