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Sciences insolites

200 familles belges adoptent un blob, un drôle d’organisme unicellulaire pas vraiment rassurant

Connaissez-vous le blob ? Depuis quelques jours le sparkoh, le parc d’aventure scientifique près de Mons, propose à quelque 200 familles belges d’adopter un blob chez elles. Cette expérience de science participative concerne pas moins de 15.000 familles en Europe. Elle permet surtout de mieux comprendre ce qu’est un blob.

A la base de cette étude, une éthologiste française de l’université de Toulouse, Audrey Dussutour. Depuis 2008, elle étudie le blob. De son vrai nom Physarum polycephalum, plus simplement appelé le blob n’est ni un animal, ni un végétal, ni un champignon. Il se classe dans la famille des amibozoaires. Quand elle le décrit, Audrey Dussutour est intarissable : " C’est un être informe composé d’une seule cellule. Mais il est visible à l’œil nu contrairement à la plupart des cellules. Il faut dire qu’il triche un peu. Il a beau n’avoir qu’une seule cellule, et un seul noyau à la naissance, après huit heures seulement, son noyau se divise, puis quadruple. Au total, son corps peut contenir des milliers de noyaux qui enferment un ADN identique. Il est capable de doubler de taille en une journée."

Le titre d’un film d’épouvante pour surnom

Cette capacité à se répandre et à grandir très vite lui a valu le surnom de blob justement, en référence au film du même nom de 1957, dans lequel un extraterrestre gluant engloutit des hommes pour se nourrir. Une référence qui fait sourire Audrey Dussutour : " Il a des petits airs d’alien avec son côté gluant et sa propension à être envahissant. "

Mais il n’est pas que ça. Il possède des propriétés étonnantes, parmi lesquelles celle d’être immortel : " Nous avons des blobs au laboratoire qui sont âgés de plus de 70 ans parce qu’en réalité, lorsque vous faites dormir le blob, le blob se régénère. A chaque fois qu’on le réveille, il est jeune à nouveau. "

Un blob au volume centuplé pour le distribuer à 200 familles belges

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Pour mieux s’en rendre compte. Nous allons au Sparkoh, au parc d’aventures scientifiques près de Mons. Nathalie Clausse y est biologiste. Il y a quelques semaines, Audrey Dussutour lui a envoyé une dizaine de petits blobs endormis. Depuis lors, elle n’arrête plus de les nourrir aux flocons d’avoine pour les multiplier. Elle nous confie : " j’ai l’impression d’être responsable d’une énorme famille très gloutonne. ". Dans une boîte de pétri, elle nous montre une masse jaune et visqueuse qui a recouvert les flocons d’avoine en 24h00. Elle nous montre, ensuite, une autre boîte remplie pour moitié d’un blob, pour l’autre moitié de flocons d’avoine : " Demain matin, le blob aura mangé tout le flocon d’avoine et il aura doublé de volume ".

En quelques semaines, Nathalie a plus que centuplé le volume de ses blobs reçus. Elle les a partagés en petits morceaux qu’elle a ensuite séchés car le temps est venu, pour elle, de s’en séparer.

Ces blobs seront distribués à presque 200 familles belges qui participent à un projet de science participative intitulé :" Derrière le blob, la recherche". Elles devront mener des expériences en suivant des protocoles scientifiques très stricts.

Les nombreux résultats récoltés permettront à la biologiste Française, Audrey Dussutour d’étudier l’impact du changement climatique sur le blob.

Chaque famille reçoit un kit contenant une vingtaine de boîtes de pétri, une boîte d’agar-agar, deux thermomètres, une lampe chauffante et les précieux blobs séchés et endormis qu'il faudra réveiller en les plongeant dans de l'eau.

Frédérique Robbe et sa fille Margaux de 12 ans sont les premières à venir chercher leur kit au Sparkoh. Margaux est très enthousiaste même si ce n’est pas tout à fait un animal domestique qu’elle acquiert :C’est incroyable de voir une cellule grandir de plus en plus et pouvant atteindre jusqu’à 10 mètres carrés. Et puis, le blob n’a pas de cerveau mais il est très intelligent. "

 

Intelligent le blob ?

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Intelligent le blob ? En quelque sorte. Lina, Elliot et Klara sont trois étudiants en 3e année de biologie à l’ULB. Ils ont fait différentes expériences avec un blob et il les a surpris. Dans l’une d’entre elles, le blob devait traverser des ponts couverts de sel. Or, il n’aime pas le sel. Mais après cinq jours, il a appris à le supporter. Elliot commente : " C’est plutôt une mémoire qui emmagasine dans ses différents noyaux. C’est une mémoire qui va pouvoir transmettre à toute la surface du blob que celui-ci va utiliser, chaque fois, qu’il en a besoin. "

 

Cette information mémorisée par le blob peut être enregistrée pendant longtemps. Mieux encore, elle peut être transmise à ses congénères en fusionnant. Cette fusion s’opère via leur réseau veineux, des pseudopodes que le blob fabrique pour aller, notamment, vers sa nourriture. Etonnant de la part d’un organisme qui n’a pas de cerveau.

Nous l’avons évoqué, la prochaine étude menée par Audrey Dussutour portera sur la tolérance des blobs à la chaleur. C’est la raison pour laquelle 15.000 familles dont 200 familles belges prendront un blob chez elles. Il faut savoir que dans la nature, les blobs vivent dans les sous-bois à l’abri de la lumière et se nourrissent de champignons et de bactéries. Les produits de leur digestion se répartissent ensuite dans la nature. Ils participent donc largement au nourrissage des plantes et jouent un rôle fondamental dans le développement des plantes. Mais il semblerait qu’ils soient sensibles à la chaleur et qu’ils ne puissent pas survivre au-delà de 29°Celcius. L’étude " Derrière le blob, la recherche " permettra d’en savoir un peu plus sur le rôle joué par le blob dans notre écosystème.

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