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21.000 spectateurs pour "Roméo et Juliette" à l’abbaye de Villers : un joli succès et une pointe d’amertume

Les ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville ont retrouvé la grande foule avec Roméo et Juliette.

Le spectacle de l’été dans les ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville a fait le plein cette année. La tragédie "Roméo et Juliette" a attiré quelque 21.000 personnes, soit une moyenne de 850 entrées par représentation. Seules deux soirées ont dû être reportées en raison de la pluie.

"On avait cette inquiétude évidemment, quelle allait être le comportement des spectateurs après deux années de Covid, explique Patrick de Longrée, producteur. Mais le public est revenu en masse. Manifestement, il a fait fi de toutes ces anciennes contraintes et il a retrouvé le chemin de Villers-la-Ville."

Les organisateurs sont donc très satisfaits. Mais à l’heure du bilan, ils adressent tout de même une petite pique à la ministre de la Culture en Fédération Wallonie-Bruxelles, Bénédicte Linard, qui ne leur a pas octroyé de subside cette année. Une première en 36 éditions.

"Je pense que n’importe quel ministre aurait à cœur de soutenir ce qui fonctionne bien, de pouvoir encore élargir le public, de pouvoir faire des productions encore plus importantes, d’engager des acteurs et des collaborateurs artistiques. Donc, l’octroi de subventions à des projets qui fonctionnent permet de les faire fonctionner encore plus. Je pense que la ministre actuelle n’a pas compris ça. "

Une décision incomprise

Les motifs justifiant la suppression du subside (40.000 euros) sont apparemment de plusieurs ordres. D’abord, la production accorderait trop peu de place aux auteurs contemporains. Ensuite, il n’y aurait pas assez de renouveau et jamais de femme pour la mise en scène.

"Nous montons du théâtre de répertoire, des adaptations de grandes œuvres littéraires, mais nous avons bien sûr monté du théâtre contemporain, comme Albert Camus, Michel de Ghelderode ou Eric-Emmanuel Schmitt, réplique Patrick de Longrée. La deuxième raison, c’est que nous n’engageons que des metteurs en scène masculins. Mais c’est parce que nous n’avons pas eu de proposition de femmes, sinon nous l’aurions fait !"

Patrick de Longrée ne comprend pas la décision de la ministre de la Culture.
Patrick de Longrée ne comprend pas la décision de la ministre de la Culture. Hugues Van Peel – RTBF

Le ticket d’entrée plus cher en 2023

Par ailleurs, alors que le spectacle de Villers reçoit déjà l’appui des autorités provinciales et régionales, sans compter les sponsors privés, la ministre semble considérer que son soutien n’est pas nécessaire à la réalisation du projet.

"Une production de ce gabarit ne peut pas se couvrir uniquement par les recettes d’entrées. Donc on doit trouver des sponsors financiers, on doit trouver des partenaires publics pour nous soutenir. Il nous paraissait logique, d’autant que c’était le cas depuis la création de ces spectacles, d’être soutenus par la Communauté française. Il y a un côté absurde dans la décision, car tout le monde sait que l’octroi de subventions permet de baisser le prix d’entrée et donc de favoriser l’accès à de grands spectacles ou de festivals au plus grand nombre. Nous, parce qu’on fonctionne bien et qu’on fait le plein, on n’aurait plus besoin de subsides ? Eh bien ce sera au détriment du spectateur qui devra payer la différence. Puisqu’on nous coupe 40.000 euros, nous devrons ajouter deux euros sur le prix de chaque place l’année prochaine."

La production dit avoir écrit à la ministre pour lui présenter ses arguments et tenter d’infléchir sa décision. En attendant une réponse, elle planche déjà sur le spectacle 2023, "Lucrèce Borgia", de Victor Hugo, qui sera mis en scène par un homme, Emmanuel Dekoninck.

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