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Economie

+ 31% en un an pour l'essence, +39% pour le diesel : faut-il bloquer les prix des carburants ?

Le marché matinal

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29 juin 2022 à 10:32 - mise à jour 29 juin 2022 à 13:28Temps de lecture3 min
Par Himad Messoudi
Evolution des prix du diesel et de l’essence entre le 1er janvier 2020 et 30 juin 2022.
Evolution des prix du diesel et de l’essence entre le 1er janvier 2020 et 30 juin 2022. Energiafed.be

Les départs en vacances approchent. On l’a beaucoup dit ces derniers temps, la situation va être difficile dans les aéroports alors certains vont-ils privilégier les trajets en voiture ? D’autant plus que dans certains pays européens, les prix sont significativement plus bas que chez nous.

Un mot d’abord sur l’évolution du prix des carburants chez nous. Ils n’ont jamais été aussi élevés, ce n’est évidemment pas un scoop, tout le monde peut le constater à la pompe. Concrètement, si on doit chiffrer cette augmentation, il faut prendre les prix avant la pandémie, donc début 2020. L’essence (en rouge ci-dessus) était environ à 1,50€/le litre, le diesel (en mauve ci-dessus) à 1,60€.

Les prix ont donc chuté pendant la crise sanitaire et ont mis 18 mois à revenir à niveau. Et donc, depuis l’été dernier, la hausse est significative, mais on n’a pas doublé les prix, comme on a pu l’entendre parfois : sur un an, l’essence a augmenté de 31%, le diesel de +39%.

Ces hausses importantes ont entraîné des appels au blocage des prix. Le PTB, par exemple, demande un blocage à 1,4€ du litre et sa pétition a réuni 120.000 signatures. Est-ce que c’est possible, de bloquer les prix ?

"Bloquer les prix, ça n’a jamais marché"

Sur le papier, oui, c’est possible. Mais ce n’est pas nécessairement souhaitable. C’est en tout cas l’analyse de Bertrand Candelon, professeur de finances internationales à l’UCLouvain. Il explique la façon dont on pourrait bloquer les prix et les conséquences : "Si on bloque les prix, deux possibilités : soit on dit distributeur 'on vous paye à 1,40 € le prix de l’essence', dans ce cadre-là s’il achète sur les marchés internationaux, si son coût de revient est au-dessus de 1,4€, il va perdre. Donc à un moment, ça ne va pas aller. Ou alors l’Etat va compenser cet écart, mais alors là ça va rentrer dans les finances publiques. Dans les deux cas, bloquer les prix, ça n’a jamais marché. C’est une mauvaise idée. L’État ne peut pas se substituer au marché. Sinon, le déficit public va se retrouver dans nos impôts. Il y a des vases communicants, on ne peut pas décider d’un jour à l’autre d’imposer les prix. Rappelez-vous les prix imposés en 1980 dans l’ancienne URSS, ça ne marchait pas."

Pour le moment, aucun pays de l’Union européenne ne bloque les prix à la pompe. Au mieux, comme en Pologne ou en Bulgarie, la TVA et les accises sont limitées à leur taux plancher, un taux imposé par l’Union. Et malgré cela, les prix y sont largement supérieurs à 1,40€ : à Varsovie ou à Sofia, le litre de carburant tourne autour de 1,70€ (en date du 27 juin 2022). S’il n’y a pas de blocage de prix, certains gouvernements ont pris des mesures.

Si vous prenez la route, cet été, privilégiez peut-être l’Allemagne, au lieu du traditionnel passage par le Luxembourg. Outre-Rhin, les accises ont baissé de 30 centimes sur l’essence et de 14 centimes sur le diesel. Et les prix y sont actuellement légèrement moins chers qu’au Grand-Duché. D’ailleurs, si vous continuez votre route sur un axe sud-est, Allemagne, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Bulgarie, Turquie, vous avez quasi tous les pays du continent qui tentent de maintenir au plus bas les prix des carburants. En Turquie, le litre est à 1,56€.

Aides ciblées

Chez nous, le gouvernement a aussi baissé les accises au mois de mars, une réduction de 15 centimes. Une baisse rapidement balayée par la hausse des prix, mais une baisse qui a un coût budgétaire, un peu moins de 300 millions d’euros d’ici le mois de septembre selon la Cour des comptes. Il est question d’encore baisser les accises, mais la discussion coince. Car outre le coût budgétaire, il y a aussi un coût environnemental.

Alors, au lieu d’une baisse généralisée à la pompe, pour tout le monde, Bertrand Candelon, qui est également membre du groupe d’experts pouvoir d’achat du gouvernement fédéral, évoque plutôt des aides ciblées : "Il y a des mesures qui peuvent être prises, par exemple pour les frais kilométriques pour les gens qui ne peut pas utiliser les transports en commun pour aller au travail, et qui utilisent donc sur voiture. Le gouvernement va, à mon avis, réfléchir à certaines mesures pour compenser cette hausse des prix. Mais dans un cadre de travail, pas pour augmenter les émissions pour des raisons non-professionnelles."

Entre la fin du monde, la fin du mois et la fin des finances publiques, il y a donc un équilibre à trouver. Une certitude : il n’y aura pas de retour au monde d’avant pour le prix des carburants.

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