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Culture & Musique

40 ans après sa mort, retour sur la relation complexe de l’actrice Romy Schneider avec l’Allemagne

Romy Schneider sur le tournage du film "Le Train" de Pierre Granier-Deferre.
29 mai 2022 à 12:00 - mise à jour 29 mai 2022 à 14:32Temps de lecture3 min
Par Africa Gordillo

Forte. Fragile. Femme. Romy Schneider était tout à la fois. La comédienne s’est éteinte le 29 mai 1982. "Romy" a emporté avec elle sa passion pour le cinéma, sa beauté, ses amours, son désespoir mais aussi sa relation difficile avec son pays d’origine, l’Allemagne. Adulée en Sissi et conspuée dès son départ en France, l’actrice n’a eu de cesse de tenter de réparer l’irréparable, l’horreur nazie. A travers ses films et dans sa vie.

Sissi ou l’oubli de la guerre

Romy Schneider a seize ans à peine lorsqu’elle revêt pour la première fois les habits de Sissi dans le premier film de la série d’Ernst Marischka. Quand le film sort en 1955, l’Allemagne est une plaie ouverte.

"Sissi, c’est une continuation du cinéma des nazis, d’UFA (Universum-Film-Aktiengesellschaft, ndlr), un cinéma de rêve. On voulait tout oublier. Pas de guerre, pas de villes cassées", explique la journaliste d’Emma Alice Schwarz qui réalise une longue interview confession de Romy Schneider à Cologne, en 1976. Cet entretien exceptionnel est le sujet du documentaire "Conversation avec Romy Schneider" de Patrick Jeudy.

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Dans cette interview, Romy Schneider veut parler vrai, quitte à choquer. Fini les mensonges. En off, elle relate sa souffrance entre son père, Wolf Albach-Retty, sympathisant SS et sa mère, Magda Schneider, proche de dignitaires nazis qu’elle rencontrait dans sa maison de Berchtesgaden en Bavière, construite juste en face du Berghof d’Hitler. Preuve de cette proximité avec le Fürher, on découvre une jeune Magda Schneider, au nid d’aigle, dans un film privé tourné par la maîtresse d’Hitler, Eva Braun.

Dans son interview vérité de 1976, Romy Schneider déclare : "Personne ne comprend que j’ai des parents comme ça. J’ai adoré mon père. Oui… C’est quelqu’un qui a beaucoup fait souffrir ma mère mais je l’aimais. Beaucoup". Le regard d’une fille sur son père.

Romy Schneider dans Sissi d’Ernst Marischka.
Romy Schneider dans Sissi d’Ernst Marischka. © Tous droits réservés

David & Sarah

Pour revenir à ses débuts, Romy Schneider tourne trois Sissi et refuse de jouer dans le quatrième, malgré un important cachet pour l’époque. La jeune actrice adulée en Allemagne s’installe en France avec un Alain Delon rencontré sur le tournage de Christine. A Paris, la carrière d’Alain Delon s’envole et Romy Schneider entretient une relation difficile avec sa solitude. La presse people allemande n’acceptera jamais le départ de Romy Schneider pour la France. Elle y verra une trahison.

Après la rupture, Romy Schneider part jouer au théâtre en Allemagne. La presse ne l’épargne toujours pas. À Berlin, elle rencontre Harry Meyen, homme de théâtre, survivant du camp de concentration de Neuengame dont les parents ont également été déportés. Ils se marient et donnent un prénom hébraïque à leur enfant, David. De son mariage avec Daniel Biasini des années plus tard, elle donnera un autre prénom juif à sa fille, Sarah.

Romy Schneider dans "La Passante du sans-souci" de Robert Enrico.
Romy Schneider dans "La Passante du sans-souci" de Robert Enrico. Getty Images

Réparer l’irréparable

À la fin des années soixante, Romy Schneider revient en France et une nouvelle carrière s’offre à elle. Elle tourne avec Sautet, Visconti, Granier-Deferre, Zulawski, Tavernier et tant d’autres. Sa filmographie est jalonnée de films qui la ramènent en Allemagne, vers le passé qui la hante.

Dans ces films, elle interprète des victimes du nazisme : Le Cardinal d’Otto Preminger, Le Train de Pierre Granier-Deferre en 1973, Le Vieux Fusil de Robert Enrico en 1975, Portrait d’un groupe avec dame d’Aleksandar Petrovic en 1977 et son dernier film, la Passante du sans-souci de Jacques Rouffio sorti en 1982.

Pour Alice Shwarz, Romy Schneider veut "réparer" le passé "Mais on ne peut pas. On ne peut pas réparer. Ça s’est passé et il faut vivre avec. Mais effectivement, on peut comme Romy, voilà… Je l’admire pour ça. Elle a compris et elle a payé son prix pour ça", déclare la journaliste féministe dans le documentaire "Conversation avec Romy Schneider".

Un drame personnel marquera l’actrice à jamais, la mort de son fils David en mars 1981. Romy Schneider se raccroche à son dernier projet, celui de la Passante du sans-souci mais l’actrice sombre. Elle est retrouvée morte dans son appartement à Paris le 29 mai 1982. Il y a tout juste quarante ans.

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