40% des agences de voyages sont menacées par la faillite en Belgique

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19 août 2020 à 13:56Temps de lecture2 min
Par Sarah Heinderyckx
Seules 6% des destinations dans le monde sont actuellement accessibles aux Belges
Seules 6% des destinations dans le monde sont actuellement accessibles aux Belges AFP

C'est une période difficile pour les agences de voyages. Suite à la fermeture des frontières, puis à leur réouverture partielle, le secteur du tourisme tourne au ralenti. Seules 6% des destinations dans le monde sont accessibles aux Belges. Alors dans les agences de voyages, on travaille beaucoup, mais pas pour gérer de nouvelles réservations. Et les menaces de faillites sont bien présentes.

L'enfer des codes couleurs

Dans une agence de Jodoigne, nous rencontrons Sébastien Hamende. Il dirige cinq agences en Wallonie. À cause de la crise, elles ne sont plus ouvertes qu'un jour ou deux par semaine et sur rendez-vous. Lui ne chôme pas, mais pas pour de bonnes raisons. Depuis le mois de mars, il n'a presque plus de nouvelles réservations. Il faut par contre gérer les annulations, les bons à valoir et toutes les modifications de voyage. Les codes couleurs autorisant ou non les voyages à l'étranger ne font que lui compliquer la vie.

"Il y a des situations incroyables comme le Valais en Suisse qui est passé du vert à l'orange puis au rouge avant de revenir au vert en 48 heures, rappelle l'agent de voyage. Nous gérons aujourd'hui des personnes qui vont partir dans une, deux ou trois semaines… Combien de fois les couleurs vont-elles changer d’ici leur départ ? Ça c’est la grosse difficulté pour nous".

Pertes d'emplois et risque de faillites

Durement touché par la crise, Sébastien Hamende a dû se séparer se sept personnes et mettre seize autres employés au chômage pour force majeure. Il n'est d'ailleurs pas le seul à avoir pris de telles décisions, 90% des travailleurs du secteur seraient actuellement dans le cas.

Sébastien est également porte-parole de l'UPAV, l'Union professionnelle des agences de voyages. Le secteur qui représente près de 7200 emplois est inquiet. "On s’attend à avoir d’ici la fin d’année voire le printemps de l’année prochaine, si rien ne change, environ 40% de perte de confrères dans le secteur ici en Belgique", prévient-il.

Vacance d'hiver : période délicate

Et ce ne sont pas les mois qui viennent et les sports d'hiver, rarement réservés via les agences, qui vont arranger la situation.

"En hiver, nous vendons principalement des destinations hors-Schengen, puisque les soleils d’hiver et les circuits du bout du monde sont en dehors de la zone Schengen, explique Sébastien Hamende. Et donc certes les mois précédents ont été difficiles, mais ceux qui arrivent seront encore bien pires puisqu'on ne peut toujours pas voyager en-dehors de cette zone".

Bons à valoir : épée de Damoclès

Le secteur du tourisme ne s'attend pas à un retour à la normale avant 2024. Or les agences de voyages en Belgique ont fourni des bons à valoir entre mars et juin pour un total de 360 millions d'euros. Valables un an, ils représentent une vraie menace s'ils ne peuvent pas être utilisés.

"Il va arriver un moment où il va quand même falloir les rembourser, redoute Sébastien Hamende. Nous avons déplacé ce tas de sable, il arrive un moment où il faut le payer. Or nous ne savons toujours pas le payer. Les liquidités sont au sein des compagnies aériennes, au sein de nos fournisseurs de destination: les hôtels, les loueurs de voitures. Et donc si nous n'avons pas cet argent, nous ne pouvons pas le rembourser".

Les agents de voyages demandent au moins de pouvoir prolonger le droit passerelle et le chômage pour force majeure le plus longtemps possible. D'autres mesures seront sans doute nécessaires pour éviter le pire.

Reportage de notre 19h30 de ce mercredi :

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