Belgique

5 ans après #metoo : le sexisme dans le milieu du cinéma n'est pas mort

Cinéma belge : Des formations pour éviter le sexisme

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14 oct. 2022 à 05:00 - mise à jour 17 oct. 2022 à 07:49Temps de lecture3 min
Par Clara Weerts avec Maurizio Sadutto

Cinq ans après #metoo qui, au départ, dénonçait les problèmes de sexisme et d'abus sexuels dans le milieu des productions cinématographiques hollywoodiennes, les problèmes persistent. Le sexisme dans le milieu du cinéma est en effet toujours une triste réalité. 

Les collectifs "Elles font des films" et "Paye ton tournage" lancent des formations, afin d'éduquer et tenter de faire changer le milieu. Aujourd'hui, en Europe, autant d'hommes que de femmes sortent des écoles de cinéma. Et pourtant, les femmes restent largement sous-représentées dans ce milieu professionnel.

Des exemples à la pelle

Alice Godart (à gauche), et Clara Levy (à droite), respectivement fondatrice et membre de l'ASBL "Paye Ton Tournage". Elles passent en revue quelques-uns des témoignages qu'elles ont recueilli en quatre ans.
Les exemples d'attitudes sexistes ne manquent pas.
En 4 ans, énormément de témoignages ont été recueillis.

Un chef électricien à une stagiaire en mise en scène : "Ouvre ta bouche un peu pour voir tes dents. Ah, ça ferait un super collier de perles autour de ma b*te.Un professeur en école de cinéma : "Les filles, il va falloir mettre des décolletés si vous voulez y arriver dans ce métier."

L'association "Paie ton tournage" a collecté des centaines de témoignages comme ceux-ci, au fil des années. Il est devenu évident qu'il était possible de prouver le problème du sexisme dans le milieu du cinéma par la quantité de ces tristes exemples.

Alice Godart, fondatrice de cette ASBL, explique à quel point la problématique est toujours bien ancrée dans le milieu :

Alice Godart, fondatrice de l'ASBL "Paye ton Tournage" : "C'est l'aspect répétitif et lassant de ces remarques qui vient au quotidien empêcher le travail d'être fait correctement."

"Tous les types de témoignages sont problématiques vis-à-vis de la loi et ne devraient pas avoir lieu sur un lieu de travail. Mais également, ce n'est pas simplement parce que c'est une blague que ce n'est pas grave. Chaque jour, ce genre de remarques fragilise les femmes et les personnes minorisées sur les plateaux, et c'est leur aspect répétitif et lassant qui vient au quotidien empêcher le travail d'être fait correctement."

En quatre ans, la récolte des discriminations s'accumule : grossophobie, racisme... Tout y passe. Et leur travail devient vite répétitif. C'est alors qu'elles décident d'arrêter la récolte pour passer à autre chose, qui s'impose comme une nécessité. Un nouvel objectif,  donc, celui de proposer des formations aux professionnels du secteur pour les confronter à ces problèmes.

Clara Levy, membre de l'ASBL "Paye Ton Tournage" : "La parole, elle, est libérée. Mais maintenant il faut l'écouter."

a ne nous semblait plus nécessaire, en fait. Quand les gens nous disent qu'il y a une libération de la parole, ce n'est pas forcément vrai parce que la parole, elle, est libérée mais maintenant il faut l'écouter, il faut être prêt à la recevoir, il faut être prêt à agir et à changer les choses! Donc nous, on a décidé de faire ça. Mais on continue à agir sur d'autres fronts."

Former pour vraiment changer les mentalités

Marie Becker (à gauche), formatrice et fondatrice du cabinet de conseil "Aequality"
Marilyn Baldeck (à droite) , formatrice et déléguée générale de l'AVFT "Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail"
Marie Becker (à gauche), formatrice et fondatrice du cabinet de conseil "Aequality" Marilyn Baldeck (à droite) , formatrice et déléguée générale de l'AVFT "Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail" © RTBF

Marie Becker et Marilyn Baldeck viennent de France, pour donner ces formations. Elles sont obligatoires chez nos voisins. Sans elles, les professionnels du secteur n'ont pas droit aux aides du gouvernement. Les formatrices insistent : certains facteurs du monde du cinéma viennent accentuer ce sexisme.

Marie Becker, formatrice et fondatrice du cabinet de conseil "Aequality".

"Il y a des rapports de pouvoir importants, avec des différences de statuts importants, avec des projets collectifs d'ampleur importants qui se jouent sur un petit moment, et dans ces conditions les pressions peuvent s'exercer très facilement et il peut être particulièrement difficile de sortir de ces situations sans être perçue comme la personne qui va justement empêcher le projet.", confie Marie Becker.

Et ce sexisme est encore intensifié par le star-system et la renommée de certains professionnels comme nous l'explique Marilyn Baldeck :

Marilyn Baldeck, formatrice et déléguée générale de l'AVFT "Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail".

"C'est aussi un système, avec des individus qui ont particulièrement du pouvoir parce qu'ils sont exposés médiatiquement, parce qu'ils ont des fanclubs, parce qu'ils ont des réseaux de solidarité autour d'eux, de pouvoir, qui font que pour les victimes, c'est un milieu où c'est particulièrement difficile de faire éclater cette bulle-là, en fait."

C'est une toute première formation et il y en aura d'autres pour donner des outils aux professionnels. Géraldine Doignon est cofondatrice du collectif "Elles font des films". Pour elle, il faut systématiser les bonnes pratiques dans le milieu du cinéma :

Géraldine Doignon, cofondatrice du collectif "Elles font des films".

"On fait une comparaison assez claire sur le code de la route. On aimerait bien, de même que pour un code de la route, qu'il y ait un code de conduite et de pratique. Et de réinventer des manières de travailler qui sont pour l'instant jusqu'ici problématiques et surtout aussi qui font que des gens quittent le secteur."

Un chiffre, très éloquent, pour conclure : aujourd'hui, en Belgique, sur quatre réalisateurs, on ne retrouve toujours qu'une seule femme...

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