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Economie

8,5% d'inflation en janvier, une hausse des prix qu'on n'avait plus connue depuis mars 1983

22 févr. 2022 à 05:14Temps de lecture3 min
Par Xavier Lambert

8,5%. C'est l'effarant taux d'inflation constaté en janvier 2022 selon "l'indice européen des prix à la consommation harmonisé" contre 6,6% en décembre. Une hausse des prix qu'on n'avait plus vue depuis février et mars 1983 (où l'inflation avait atteint 8,94% en mars, et 7,68% sur base annuelle). 

Et comme à l'époque, cette inflation est en grande partie liée aux prix de l'énergie: la Belgique subissait alors encore les conséquences de ce qu'on avait appelé le "deuxième choc pétrolier", dont les effets ne s'estomperaient complètement qu'avec le "contre-choc" de 1986, lié à la baisse de la demande mondiale et la mésentente des pays de l'OPEP.

Mais cette fois, ce n'est pas le pétrole qui flambe le plus, mais bien le gaz. Le gaz naturel coûte en effet 153,7% de plus de plus qu'il y a un an. L'électricité coûte 70,8% en plus et le prix du gasoil a augmenté de 54,1%.

La preuve que cette inflation est essentiellement liée à cette hausse des prix de l'énergie, c'est que le taux d’inflation hors produits énergétiques a lui aussi augmenté en janvier mais de l'ordre de "seulement" 2,6%, contre 2,3% le mois précédent et 2,1% en novembre.

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La Belgique n'est pas la seule à connaître une forte inflation en cette période. Mais elle se fait plus ressentir encore chez nous que chez nos voisins: 

  • Avec 8,5% en Belgique,  c'est une forte en hausse par rapport au taux de 6,6% du mois de décembre.
  • Les Pays-Bas ont affiché une inflation de 7,6% en janvier. Cela représente une hausse par rapport au taux de 6,4% enregistré en décembre.
  • En France, l’inflation atteignait 3,3% en janvier et est ainsi en légère baisse par rapport au taux de 3,4% du mois de décembre.
  • En Allemagne, l'inflation s'élevait à 5,1% en janvier, soit une baisse par rapport au taux de 5,7% observé en décembre.

Selon le SPF économie, 

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En regardant bien l'évolution des prix par secteur, on se rend d'ailleurs compte que ce sont souvent ceux qui sont directement liés à l'énergie qui flambent. La hausse des prix pour le logement, l'eau et l'énergie est ainsi globalement de de 34,5% et de 9,4% pour les transports, alors qu'elle n'est que de 0,1% pour les communications et de 1% pour l'enseignement.

Hausse de prix pour les denrées alimentaires transformées

En ce qui concerne les produits de tous les jours, on voit une nette différence entre les produits "non transformés" (fruits, légumes...) et les produits transormés... qui nécessitent de l'énergie.

L’huile comestible prend la première place du podium des denrées alimentaires dont le prix a le plus augmenté. Entre janvier 2021 et janvier 2022, les huiles de palme, de soja ou encore d'arachide ont augmenté de 15,83%.

L'huile d'olive, elle, prend 7,66%. En cause, les matières premières ont fortement augmenté et les cotations sur le marché mondial ont presque doublé. 

Autre exemple: les céréales. Les pâtes et le couscous ont grimpé de 8,57%. Le pain de 4%. 

Les prix ont par contre diminué sur un an sur les produits non transformés: c'est le cas pour les légumes, et encore plus fortement pour les fruits, ce qui s’explique par des prix en 2020 particulièrement élevés.

Pourquoi ressentons-nous cette inflation plus que jamais maintenant?

Pourtant dans cette boucherie, l'inflation sur le prix de la viande était en baisse en septembre dernier. Même son de cloche pour le thé et le café ainsi que pour bon nombre de denrées alimentaires.

L'inflation étant négative en 2021, comment se retrouve-t-on avec une inflation positive en janvier 2022 ? Avec un décalage répercuté dans les prix à la consommation. Philippe Ledent, économiste, observe que "toutes les hausses de prix des matières premières et de l'énergie que tout le monde a connues, finalement, sont en train de percoler jusqu'au consommateur final."

L'inflation ne va pas disparaître. Elle risque plutôt de se stabiliser à 2%. Philippe Ledent: "Ce n'est pas que l'inflation va disparaître dans un mois ou deux, qu'elle va retomber à zéro, puis qu'il n'y aura plus de hausse. Pas du tout." Il continue son raisonnement: "C'est plutôt un phénomène de lent reflux de l'inflation. D'une part, parce que cette composante énergie, elle devrait se calmer. Et puis, d'autre part, parce que les prix qui ont été réalignés ne vont pas être une deuxième ou une troisième fois réalignés."

Pourrait-on espérer voir ces prix baisser? C'est peu probable: une fois augmentés, il est rare que les prix baissent. Ils deviendront plutôt la nouvelle référence pour les années à venir. Mais l’indexation des salaires devrait permettre d’absorber en partie cette inflation. 

En ce sens, la baisse de la TVA sur l'électricité n'est pas une si bonne nouvelle, car elle va retarder le prochain saut d'index, et les salaires s'adapteront donc moins rapidement à cette hausse rapide du coût de la vie...

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