COP27

94% des glaciers alpins auront disparu en 2100: pourquoi 2022 a été une année particulièrement difficile

Le Glacier de la Marmolada dans les Dolomites, en Italie, pourrait disparaître en 2050

© Getty

07 nov. 2022 à 15:45Temps de lecture4 min
Par Anne Poncelet et François Heureux

Les glaciers des Dolomites, celui du Mont Perdu dans les Pyrénées françaises, ceux du Yellowstone ou du Yosemite aux Etats-Unis, ceux d’Afrique inscrits au Patrimoine Unesco, voilà quelques-uns des glaciers qui auront disparu d’ici 2050.

L’Unesco vient de publier de nouvelles données sur l’état des glaciers, en particulier les 50 glaciers (sur 18.600 glaciers répertoriés) qui figurent au Patrimoine mondial. Ces données mettent en évidence une fonte accélérée de ces sites.

Même si on arrête de produire du CO2, même si on prend des mesures drastiques à l’occasion des COP, et notamment la COP27, le mouvement semble inéluctable.

"Ce rapport est un appel à l’action, a commenté Audrey Azoulay, la directrice générale de l’Unesco. Seule une réduction rapide de nos émissions de CO2 peut sauver les glaciers et l’exceptionnelle biodiversité qui en dépend."

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94% des glaciers alpins auront disparu en 2100

"C’est mal engagé pour les glaciers montagneux, davantage que pour les calottes polaires du Groenland et de l’Antarctique", précise Marie Cavitte, glaciologue à l’UCLouvain.

Le scénario optimiste (pour l’ensemble des glaciers dans le monde), c’est une perte variant entre 22% et 57%, d’ici 2100, selon les régions et les mesures prises. "Mais si on regarde spécifiquement les glaciers des Alpes, d’ici 2100, 94% auront disparu".

2022, annus horribilis pour les glaciers

2022 a été une année particulièrement difficile pour ces glaciers alpins. Les températures ont été plus élevées que d’habitude, comme partout, avec la canicule. Il y a eu très peu de couverture neigeuse au printemps, complète Marie Cavitte. Or la neige forme une sorte de couverture qui protège le glacier, puisque la neige fond avant la glace.

Plus surprenant, le sable du Sahara a accentué le phénomène : il y a eu un épisode de sable du Sahara, très spécifique aux alpes. Le sable est plus foncé que la neige ; et c’est comme quand on porte un t-shirt foncé en été, on a plus chaud, donc les glaciers ont eu plus chaud.

Ces trois facteurs expliquent la fonte incroyable cette année des glaciers.

Les risques, à terme, seront importants, avec des inondations puis des sécheresses : "des énormes fontes vont commencer plus tôt, dès le printemps. Et tant qu’il y a beaucoup de masses à fondre, ça peut entraîner des inondations dans les villes et villages qui se trouvent en dessous. Puis, au fur et à mesure que les glaciers diminuent et perdent leur masse, les risques de sécheresse augmentent, avec des conséquences sur les villages qui dépendent de l’agriculture, les eaux de fonte n’existeront plus." Cela peut transformer la vie et le paysage alpin de manière profonde.

Une menace à longue échéance sur les calottes polaires

Si on ne fait rien, si les COP devaient échouer, ce sont les glaciers comme l’Antarctique qui pourraient fondre.

"C’est ce qui est montré dans le dernier rapport de l’IPCC, rapporte Marie Cavitte. Pour le moment, la hausse du niveau marin est surtout due à l’expansion thermique de l’eau. L’océan absorbe la chaleur et gonfle. 50% du niveau marin est dû à l’expansion thermique. Les glaciers montagneux contribuent à 22% de cette expansion et le reste vient du Groeland et de l’Antarctique.

L’Antarctique est une calotte qui contient potentiellement plus de 50 mètres de hausse du niveau marin.

Et en 2100 ? Les projections montrent que d’ici 2100, l’apport du Groenland et de l’Antarctique peut devenir beaucoup plus important, si aucune mesure n’est prise.

L’Antarctique est une calotte qui contient potentiellement plus de 50 mètres de hausse du niveau marin… constate la glaciologue. Evidemment, la fonte de cette calotte prend du temps, elle est très isolée. Mais avec l’augmentation du CO2 et des températures, cela pourrait déclencher des mécanismes qui accéléreraient la fonte.

Actuellement, les calottes ne fondent pas parce que l’atmosphère se réchauffe, mais par le contact avec les océans qui se réchauffent ; Et qui pourraient alors commencer à grignoter ces calottes polaires.

L’Unesco plaide aujourd’hui pour la création d’un fonds international pour la surveillance et la préservation des glaciers. "La moitié de l’humanité dépend directement ou indirectement de l’eau issue des glaciers pour l’usage domestique, l’agriculture et l’énergie, conclut le rapport Unesco.

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Les sites menacés

Voici quelques-uns des glaciers menacés, repris dans le rapport Unesco

Afrique :

  • Selon les données disponibles, les glaciers de tous les sites d’Afrique inscrits au patrimoine mondial auront très probablement disparu d’ici 2050, y compris le parc national du Kilimandjaro et le mont Kenya.

Asie :

  • Les glaciers des aires protégées des trois fleuves parallèles au Yunnan (Chine), qui ont connu la perte de masse la plus élevée par rapport à 2000 (57,2%), sont ceux dont la fonte est la plus rapide de la liste.
  • Les glaciers du Tien Shan occidental (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan) ont reculé de 27% depuis 2000.

Europe :

  • Les glaciers des Pyrénées – Mont Perdu (France, Espagne) auront très probablement disparu d’ici 2050.
  • Les glaciers des Dolomites (Italie) auront très probablement disparu d’ici 2050.

Amérique latine :

  • Les glaciers du parc national de Los Alerces (Argentine) ont connu la deuxième plus grande perte de masse par rapport à 2000 (45,6%).
  • Les glaciers du parc national de Huascarán (Pérou) ont reculé de 15% depuis 2000.

Amérique du Nord :

  • Les glaciers du parc national de Yellowstone (États-Unis d’Amérique) auront très probablement disparu d’ici 2050.
  • Les glaciers du parc national de Yosemite (États-Unis d’Amérique) auront très probablement disparu d’ici 2050.
  • Les glaciers du parc international de la paix Waterton-Glacier (Canada, États-Unis d’Amérique) ont perdu 26,5% de leur volume en 20 ans.

Océanie :

  • Les glaciers de Te Wahipounamu – zone sud-ouest de la Nouvelle-Zélande (Nouvelle-Zélande) ont perdu près de 20% de leur volume depuis 2000.

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