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Littérature

A 21 ans, Manon Terwagne remporte le prix littéraire de la fondation "Laure Nobels" pour son premier roman "Emprise"

Hier soir avait lieu la remise du prix littéraire de la Fondation "Laure Nobels". Manon Terwagne, une jeune namuroise de 21 ans a remporté le prix pour son premier roman "Emprise", écrit durant le confinement. Elle raconte la descente aux enfers de Joséphine, victime de violences conjugales.

"L’information est tombée à la radio. Léger bourdonnement dans les oreilles, ma vision se trouble, je m’assieds : ne pas flancher. Je regarde les petits jouer, inconscients de la bombe qui vient de s’abattre. Raphaël s’approche, m’agrippe la main. La serre, de plus en plus fort. Je sais ce qu’il attend de moi. Acéré, son souffle me transperce. Je m’appelle Joséphine, j’ai 26 ans et deux enfants à protéger. Et nous voilà confinés pour une durée indéterminée." (extrait de "Emprise")

Avec "Emprise", Manon Terwagne nous écrit l'histoire de Joséphine, victime de violences conjugales. Ces violences, d'abord psychologiques et puis physiques, se sont petit à petit immiscées dans la vie de ce couple d'apparence banal. Si elles avaient commencées avant le confinement, quand celui-ci démarre en mars 2020, Joséphine se retrouve enfermée chez elle avec ses deux enfants et les sautes d'humeur de son mari. Les violences s'intensifient jusqu'à devenir insoutenables. 

C'est une thématique qui m'interpelle depuis longtemps et pour moi, écrire dessus faisait sens.

Ce roman, Manon Terwagne l'a écrit en deux mois, en avril 2020. "Cette histoire elle m'est venue toute seule, quand je me suis mise devant mon ordinateur. Je l'ai écrite en plein confinement alors que trop de femmes étaient justement enfermées chez elles et victimes de violences conjugales. C'est un sujet encore trop tabou, c'est vrai qu'on en parle de plus en plus et c'est très bien, mais il y a encore tant de choses sur lesquelles ont doit encore mettre la lumière. Je pense au viol conjugal par exemple. Ce n'est pas parce que Raphaël est son mari et que quelque part en elle Joséphine l'aime encore, que quand il la force à avoir des rapports sexuels on ne peut pas appeler ça un viol. C'était très important pour moi de l'écrire." nous confie l'autrice. 

Manon Terwagne utilise les aller-retour entre passé-présent pour décrire comment petit à petit l'emprise de Raphaël s'est resserrée autour de Joséphine. Il a commencé par l'isoler de sa famille et de ses ami.e.s., ensuite, il l'a fait arrêter de travailler afin que sa petite épouse ne quitte plus la maison. Raphaël déshumanise de plus en plus Joséphine qu'il considère comme sa chose, son objet. Il veut garder sa femme rien que pour lui, il lui interdit de vivre sa vie. "Ca commence par des remarques désobligeantes et des regards que les autres ne perçoivent pas toujours. Ensuite, vient la première claque, la deuxième jusqu'à ce que les coups s'intensifient et ne s'arrêtent plus."

Manon Terwagne termine ses études en sciences sociales. Durant ses stages, elle a été à plusieurs reprises en contact avec des familles victimes de violences conjugales. Elle a pu observer et discuter avec des femmes et enfants qui ont été sous l'emprise de leurs maris violents. Certaines se sont reconnues dans son récit. "Je ne me suis pas documentée sur le sujet au préalable mais je suis quelqu'un de très sensible et d'empathique et j'arrive à me mettre facilement à la place des autres. Je ferme les yeux et je m'imagine dans la même situation. J'ai écrit en "je" pour cette raison, pour pouvoir écrire ce que Joséphine ressentait réellement: ses joies, ses douleurs, ses peines. Je vois cela comme un don de pouvoir sentir l'autre dans son entièreté. Certaines des femmes avec qui j'ai travaillé ont lu mon roman et elles m'ont dit 'Ce n'est pas mon histoire, mais c'est moi. Je suis comme Joséphine.' et c'était le plus beau des compliments."

"Emprise" par Manon Terwagne est publié chez Ker Editions.

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