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À Bruxelles, UBER lorgne désormais sur les taxis à l'arrivée d'une nouvelle règlementation

© Getty Images - Chainarong Prasertthai

07 oct. 2022 à 04:03 - mise à jour 07 oct. 2022 à 06:11Temps de lecture6 min
Par Jean-François Noulet

La date du 21 octobre approche. C’est à cette date que la nouvelle ordonnance "taxi" entrera en vigueur à Bruxelles pour encadrer le transport rémunéré de personnes. Ces derniers mois et jusqu’à cette date, c’est "l’ordonnance sparadrap" qui a fixé les règles dans ce secteur. Il s’agissait de l’ordonnance approuvée par le gouvernement bruxellois et qui permettait à Uber de poursuivre ses activités dans la capitale en attendant la nouvelle ordonnance qui crée, une fois pour toutes, un nouveau cadre pour le transport de personnes par taxi à Bruxelles. Dès le 21 octobre, taxis de station et taxis de rue se partageront les clients selon des règles bien précises. C’est dans cette optique qu’Uber se prépare et ouvre sa plateforme aux chauffeurs de taxi. Du côté des fédérations qui défendent les intérêts des chauffeurs de taxi bruxellois et des entreprises du secteur, l’accueil est mitigé.

Offensive de charme d’Uber

"Les Bruxellois peuvent désormais commander un taxi via l’application Uber", l’intitulé du communiqué de presse envoyé par Uber cette semaine donne le ton. Après des années de concurrence et de rivalité avec le secteur des taxis bruxellois, Uber se tourne désormais vers les chauffeurs de taxi pour convaincre ceux-ci de passer par la plateforme Uber pour trouver des clients. Une option de course à Bruxelles, "Uber Taxi", voit le jour. Par la même occasion, cette communication d’Uber fait aussi passer un message aux clients : via Uber, réserver un taxi sera aussi possible.

Uber parle même d'"une étape importante vers l’unification du secteur", lorsqu’il évoque cette "collaboration entre les taxis et Uber". Cela en dit long sur les ambitions d’Uber de devenir un acteur important du secteur "taxi" à Bruxelles. Uber ne s’en cache pas, il évoque dans son communiqué une "ambition de devenir une plateforme multimodale proposant différentes façons de se déplacer en ville".

Aux chauffeurs de taxi, Uber promet un "win-win". Les chauffeurs inscrits sur la plateforme "pourront atteindre de nouveaux clients, leur permettant de mieux rentabiliser leur temps". Uber y voit aussi une possibilité de réduire les kilomètres parcourus à vide par les taxis à Bruxelles. C’est pour les chauffeurs, "une opportunité de revenus flexibles", explique-t-on chez Uber. "L’avantage d’utiliser une plateforme comme la nôtre, c’est que les chauffeurs de taxi s’y connectent quand ils veulent, pour la durée qu’ils veulent et où ils veulent dans Bruxelles", explique Laurent Slits, Directeur des opérations d’Uber pour la Belgique, avec "l’accès à un pool de clients auxquels ils n’auraient peut-être pas accès autrement".

Taxis de station et taxis de rue

La nouvelle ordonnance Taxi crée une distinction entre les taxis de station et les taxis de rue. Les premiers, les taxis de station, sont ceux qui sont autorisés à stationner et attendre le client aux emplacements prévus pour les taxis dans la capitale, par exemple à la sortie des gares ou à proximité des stations de métro. Ces taxis disposent d’une signalétique, le fameux "spoutnik", l’enseigne lumineuse qui trône sur le toit. Ils sont aussi autorisés à circuler dans les couloirs réservés aux bus et aux transports publics. Lorsqu’un taxi de station prend en charge un client, le tarif est réglementé et est calculé via le taximètre. Sur ce terrain-là, Uber ne sera pas présent.

Les taxis de rue, eux, peuvent prendre en charge les clients n’importe où, sauf aux stations de taxis. Ils peuvent être réservés via des applications tels qu’Uber ou d’autres plateformes de taxi à Bruxelles. Dans le cas de ces taxis, les tarifs peuvent varier selon les plateformes. Ils doivent cependant être communiqués à l’avance lors de la commande, de manière transparente avec une fourchette de prix minimum/maximum. Les taxis de station peuvent aussi, entre deux attentes en station, devenir des taxis de rue.

Les taxis bruxellois accueillent froidement l’offre d’Uber

Nous avons contacté des fédérations de taxi bruxellois et des plateformes de taxi. Le moins qu’on puisse dire est que l’accueil réservé à la nouvelle offre d’Uber est mitigé, voire plutôt froid. "C’est plus de la communication qu’autre chose", estime Khalid De Denguir, de FEBET, la Fédération belge des taxisConcernant Uber, pour la FEBET, c’est clair, "Aujourd’hui, ils ont besoin de taxis. Uber a des difficultés à servir la clientèle du fait que les taxis traditionnels et taxis de rue sont éparpillés sur plusieurs plateformes".

Du côté des Taxis Verts, une plate-forme de taxis bruxelloise, pour laquelle roulent de nombreux taxis indépendants, le son de cloche est comparable. "C’est un effet d’annonce. C’est une tactique à court terme. Le problème d’Uber, c’est qu’ils ont un déficit de chauffeurs", estime Jean-Michel Courtoy, administrateur délégué des Taxis Verts.

Une autre fédération de taxis, la Fédération bruxelloise du taxi, on explique que l’offre d’Uber aurait dû arriver beaucoup plus tôt. Plutôt que de concurrencer les taxis comme il l’a fait, Uber aurait dû rentrer dans le moule bruxellois. "Rien ne les empêchait de s’inscrire comme plateforme en 2013", explique Abdessamad Sabbani, le président de la Fédération bruxelloise du taxi. "Je regrette que les centrales comme Uber aient mis autant d’années à comprendre que les plus qualifiés pour transporter les clients sont les taxis", ajoute Abdessamad Sabbani, qui trouve "dommage" les procédures judiciaires qui ont dû être enclenchées dans le bras de fer avec Uber et qui ont laissé des traces.

Par rapport à l’offre qu’Uber fait aux chauffeurs de taxi de s’inscrire sur sa plateforme, les taximen bruxellois sont prudents. "Dans l’état actuel des choses, je déconseille aux chauffeurs de s’affilier à cette plateforme" explique Abdessamad Sabbani qui se méfie de la capacité d’Uber à respecter les règles.

Chez Uber, on n’avance pas de chiffres sur le nombre de chauffeurs de taxi bruxellois qui ont rejoint la plateforme, mais "il y a un certain nombre de taxis qui demandent à travailler avec nous, cela démarre assez bien", explique Laurent Slits, le patron d’Uber Belgique. Par rapport aux critiques sur le respect des règles en vigueur, il se veut aussi rassurant. La nouvelle ordonnance "taxis" fixera de nouvelles balises. La Région bruxelloise a décidé que seuls les chauffeurs possédant une licence bruxelloise seront autorisés à travailler dans la capitale. A partir du 21 octobre, les titulaires d’une licence flamande ou wallonne ne seront plus acceptés. "La réglementation qui va entrer en vigueur prévoit que seules les licences bruxelloises pourront circuler à Bruxelles et on va s’y conformer", répond Laurent Slits, le patron d’Uber Belgique. Cela pose d’ailleurs un problème à Uber qui va devoir se séparer de chauffeurs inscrits sur sa plateforme. "Aujourd’hui, avec le nombre de chauffeurs qu’on a, aux alentours de 2000, on a du mal à satisfaire la demande qui est sans cesse croissante. Et plusieurs centaines vont être déconnectés d’ici deux semaines. C’est un vrai problème pour la mobilité bruxelloise", explique Laurent Slits qui s’inquiète de l’absence de mesures au niveau bruxellois pour accorder des licences, par exemple, à des chauffeurs bruxellois qui auraient, jusqu’à présent, fait le choix d’une licence flamande ou wallonne, moins chère et moins exigeante.

Convaincre aussi financièrement

Alors qu’Uber fait les yeux doux aux chauffeurs de taxi, la FEBET, reste, elle aussi, méfiante. "Uber prend 25% (de commission), ne paye pas la TVA, c’est le chauffeur qui doit la payer", explique Khalid De Denguir, le président de la FEBET. Dans le secteur bruxellois des taxis, la commission tourne plutôt autour des 10%.

Aux Taxis Verts, une des plateformes de taxis bruxelloise, qu’Uber viendrait directement concurrencer en recrutant des chauffeurs de taxi, on évoque aussi chez Uber "un modèle de rémunération et de commission prohibitif", selon Jean-Michel Courtoy, l’administrateur délégué des Taxis Verts. Alors qu’Uber entend séduire les chauffeurs de taxi, Jean-Michel Courtoy avertit : "Uber a toujours combattu les taxis. Chez ceux-ci, il y a quand même un peu de mémoire".

A cela, Uber répond. "La commission pour notre lancement est fixée à 10% pour une période qui reste à déterminer. Aujourd’hui, je n’ai pas l’ambition d’augmenter cette commission à court terme", explique Laurent Slits, le responsable d’Uber pour la Belgique.  Cela augmentera-t-il un jour? C'est l'inconnue.

Il reste donc à voir combien de chauffeurs de taxi bruxellois Uber choisiront de rejoindre la plateforme Uber. Ce qui semble certain, c’est qu’Uber, aura besoin de chauffeurs à l’échéance du 21 octobre. Du côté d’Uber, les ambitions sont claires. "Mon ambition est que tous les taxis bruxellois soient sur notre application", avancer Laurent Slits, d’Uber. A Bruxelles, comme ailleurs dans le monde, la plateforme entend continuer son travail d’intégration des taxis dans son application. Uber évoque des "collaborations importantes en Italie, à Hong Kong, à Madrid, à New York et à San Francisco".

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