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Sous couverture

A la découverte de la Bibliothèque d’Alexandrie

20 avr. 2021 à 14:33Temps de lecture4 min
Par Sous Couverture - Gérald Decoster

Alexandrie abrita jadis la Septième Merveille du monde Antique : le phare. Il fut construit presque en même temps qu’une institution prestigieuse, établie à proximité : la Bibliothèque. Véritable repère du monde culturel de son époque, celle que l’on nommait aussi Bibliothèque Royale d’Alexandrie était intégrée au museîon, le palais des muses… Lieu mythique s’il en est, elle a ressuscité à la charnière du deuxième et du troisième millénaires de notre ère.

Les travaux de construction de la Bibliotheca Alexandrina actuelle ont débuté en 1995, les installations étant inaugurées le 16 octobre 2002. Cette renaissance est le fruit d’un projet conjoint de l’Unesco et de l’Égypte, d’ailleurs, dès 2003, l’institution a été inscrite dans la "liste indicative" du patrimoine culturel de l’Unesco et proposée à l’inscription au patrimoine mondial.

L’actuelle Bibliothèque d’Alexandrie est l’héritière spirituelle de l’établissement fondé vers 288 av. J.-C. C’est le philosophe péripatéticien et écrivain grec, Démétrios de Phalère – disciple d’Aristote et de Théophraste – qui en a proposé le projet à Ptolémée 1er Sôter, successeur d’Alexandre le Grand. Souhaitant faire de sa ville, la capitale culturelle du monde hellénique, le roi d’Égypte décidera de rassembler tous les livres grecs ou traduits en grec.

L’institution se doublait d’une cité d’étude où vivait une centaine de chercheurs chargés d’écrire, de donner des conférences, de traduire et de copier des documents. Ce sont eux qui, en public, lisaient des choix réalisés parmi les quelque 700 à 900.000 rouleaux de papyrus – l’équivalent d’environ 125.000 livres – de la bibliothèque à son apogée. Ces documents précieux du savoir de l’époque étaient abrités dans des niches du vaste établissement. L’unique papyrus qui demeure de la bibliothèque antique est rédigé en grec ancien et conservé à la Bibliothèque nationale d’Autriche, à Vienne.

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Serapeum

Le millénaire d’histoire de la bibliothèque sera marqué de plusieurs destructions partielles. La première intervient en 47 avant J.-C. ; Jules César, alors en guerre contre les souverains égyptiens, Cléopâtre VII et Ptolémée XIII – frère et sœur mais aussi époux ! – fait incendier la flotte égyptienne ; les flammes atteindront quelques entrepôts de la bibliothèque, détruisant 40.000 papyrus. En 272, c’est au tour de l’empereur Aurélien de causer des dégâts, au cours de sa campagne contre la reine de Palmyre, Zénobie.

Au sud-ouest de la ville, dans l’enceinte du Serapeum, la bibliothèque possédait une annexe. Or, en 391, l’empereur chrétien Théodose Ier, décide de détruire le lieu du culte païen de Sérapis et de brûler les manuscrits jugés impies qui se trouvaient dans sa bibliothèque… Entretemps, divers raz-de-marée et autres catastrophes naturelles n’épargneront pas l’institution.

C’est en 642 qu’intervient le coup fatal. Alexandrie est prise par des troupes du Calife et Commandeur des croyants, Omar ibn al-Khattâb, qui règle le sort des ouvrages de la bibliothèque : "S’ils sont conformes au Coran, ils sont inutiles, s’ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux : donc il faut les détruire." Ainsi disparaît la célèbre bibliothèque d’Alexandrie.

L’idée de la résurrection de la bibliothèque d’Alexandrie est due à un professeur de la faculté de lettres de l’Université d’Alexandrie, le docteur Mostafa al-Abbadi, en 1972, concrétisée, dix-sept ans plus tard, par le concours international d’architecture lancé par l’État égyptien, en collaboration avec l’Unesco. C’est le cabinet norvégien Snøhetta qui remportera la palme, parmi les 554 candidats en lice.

En bordure de la corniche d’Alexandrie, occupant pratiquement le site de l’institution antique, la nouvelle bibliothèque a coûté 200 millions d’euros, financés par l’Unesco, l’Egypte, le monde arabe mais aussi de nombreux pays et donateurs privés. Hommage au dieu du Soleil, Râ, "celui qui engendre la vie et offre à l’homme la connaissance", l’édifice épouse la forme d’un gigantesque disque de 160 mètres de diamètre, s’inclinant vers la mer.

Son enveloppe de granit d’Assouan est sculptée de tous les alphabets du monde. Le visiteur est accueilli par une monumentale statue du pharaon Ptolémée Ier, découverte en 1995 sur le site archéologique sous-marin du fameux phare détruit par un tremblement de terre en 1477.

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La gigantesque salle de lecture – 20.000 m2 et 2000 places – s’étage sur onze niveaux en forme de voiliers qui évoquent le voyage et l’ouverture sur les autres cultures. Ses murs sont percés de niches, à l’image de celles qui, autrefois, accueillaient les papyrus. Quant à son plafond, supporté par 620 piliers en forme de fleurs de lotus, il apporte un éclairage naturel grâce à des puits de lumière doublés de capteurs bleus – évoquant la mer – et verts – symbolisant la végétation -, couleurs particulièrement adaptées à la lecture.

Encyclopédique, la Bibliothèque d’Alexandrie est principalement consacrée aux mondes méditerranéen et arabe, elle est aussi officiellement trilingue : arabe (80%), anglais (13%) et français (7%). Conçue pour accueillir 8 millions d’ouvrages, elle propose aujourd’hui environ 300.000 références dont 50.000 manuscrits et livres rares, 4000 périodiques et 50.000 cartes ; elle est aussi à la pointe en ce qui concerne les collections multimédias et les archives Internet.

Comme son ancêtre, la nouvelle bibliothèque ne déroge pas à une vocation culturelle. Directement reliée à l’Université Senghor par une passerelle, les étudiants en sont les principaux lecteurs. Elle abrite aussi une bibliothèque pour enfants, un espace destiné aux aveugles et mal voyants, cinq instituts de recherche, un centre de congrès, des salles d’expositions et trois musées consacrés à science, la calligraphie et l’archéologie.

Nombre d’ouvrages anciens y sont exposés, tel la Description de l’Égypte, édité à la suite de la Campagne de Napoléon Bonaparte ; on y découvre aussi une copie de la pierre de Rosette, retrouvée en 1799 et conservée au British Museum, à Londres. Enfin, parmi les nombreux trésors de la nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie, on trouve deux copies anciennes de la Bible, offertes par le Vatican. 

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