Regions Bruxelles

A la découverte des œuvres d’art… disposées au milieu des logements sociaux

La guide du jour devant une tour de logements à Molenbeek

© B. Schmitz – RTBF

Les immeubles de logements sociaux, on les imagine souvent comme des hautes tours, carrées, ternes, faites de béton gris et vieillot. Alors à Bruxelles, depuis 20 ans, la société régionale du logement (SLRB) tente aussi d’en faire des sortes de musées à ciel ouvert. Elle installe en fait des œuvres d’art contemporaines à côté des certains immeubles.

Aujourd’hui, elles sont au nombre de 22 disséminées un peu partout sur le territoire régional. Et ce week-end, des balades à pied gratuites sont organisées sur place pour permettre de découvrir et de s’approprier aussi ces œuvres d’art.

Bruno Schmitz a suivi l’un de ces tours guidés à Molenbeek.

L’œuvre d’art installée devant les deux tours de logements sociaux de Beekant et inspirée de la forme d’un livre ouvert.
L’œuvre d’art installée devant les deux tours de logements sociaux de Beekant et inspirée de la forme d’un livre ouvert. © B. Schmitz – RTBF

La balade du jour se déroule à Molenbeek, juste en face de la station de métro Beekant située Boulevard Edmond Machtens. "Donc ici, on est devant deux tours", débute la guide du jour, Cathy Streel de l’ASBL Arkadia. En fait, il s’agit de deux très hautes tours, grises, en béton et remplies d’appartements typiques des années 60. C’est au pied ces tours, un peu caché par des arbres que se présente une sculpture. "Ce sont les deux tôles que vous voyez derrière moi, qui sont parsemées de trous".

Des plaques de métal impressionnantes de plusieurs mètres de haut, grises d’un côté et tout en couleurs de l’autre. Pourtant, personne ou presque ne semblait les avoir remarquées jusque-là, que ce soit parmi la vingtaine de participants à la balade du jour ou parmi les habitants croisés dans le quartier. "Non, je n’avais jamais vu ça. Et pourtant j’ai habité le quartier et je prends encore souvent le métro ici à Beekant", indique Nazia qui participe à la balade. "C’est quoi, en fait ?" demande Amani en déchargeant des courses du coffre d’une voiture au pied d’une des tours. Son fils Jawad ajoute d’une petite voix :"et ça sert à quoi ?".

L’arrière de l’œuvre d’art dévoile une multitude de couleurs qui contraste avec le gris sur l’autre face. Ces couleurs sont visibles presque uniquement par les habitants des logements sociaux dans les tours depuis leurs fenêtres.
L’arrière de l’œuvre d’art dévoile une multitude de couleurs qui contraste avec le gris sur l’autre face. Ces couleurs sont visibles presque uniquement par les habitants des logements sociaux dans les tours depuis leurs fenêtres. © B. Schmitz – RTBF

Un livre de métal pour créer du lien

L’explication, cette mère et son fils ne l’entendront pas. Cathy, la guide du jour, la donne un peu plus loin au groupe qui participe à la visite. "L’artiste Daniel Dutrieux a eu la vision de ces deux bâtiments qui, vus du ciel, se présentaient un peu comme un livre ouvert, posé sur sa tranche. Mais cette tranche elle est manquante. Donc, ces plaques de fer, cette œuvre d’art, est censée compenser, remplacer cette tranche. Avec l’idée aussi que cette œuvre peut permettre de récréer entre les habitants et avec leur quartier."

Je suis seule avec trois enfants et je n’ai pas le temps pour faire beaucoup de choses, comme pour aller au musée.

Nous nous éloignons un peu du groupe de visiteurs, pour interpeller Madame Sali-Saïda qui habite l’une des tours et rentre tout juste des courses avec son trolley à roulettes. Et quand on lui demande ce que ces plaques représentent selon elle, c’est moins évident. "C’est une installation pour aider la nature, non ?" sourit-elle avant d’avouer qu’elle n’en sait rien.

Mais quand elle apprend qu’il s’agit d’une œuvre d’art, installée au pied de son immeuble, elle est ravie. Elle qui avoue ne pas avoir le temps de pouvoir aller voir de l’art dans les musées ou les lieux culturels. "Je suis seule avec trois enfants et je n’ai pas le temps pour faire beaucoup de choses, comme aller au musée."

Madame Sasi-Saïdi rentre chez elle avec son trolley de courses dans l’une des tours de Beekant.
Madame Sasi-Saïdi rentre chez elle avec son trolley de courses dans l’une des tours de Beekant. © B. Schmitz

Cela ne marche pas à tous les coups

C’est le but principal de ce projet régional, baptisé le "101e pourcent" : amener de l’art auprès de populations plus précarisées et leur permettre aussi de devenir fiers de leurs quartiers. "Le nom vient du fait qu’un pourcent du budget annuel de rénovations des logements sociaux de la SLRB est consacré à développer ces œuvres d’art", explique Sarah Herssens du projet le 101e pourcent. "Chaque sculpture, chaque installation est d’ailleurs pensée et élaborée en commun par l’artiste qui rencontre des habitants des lieux. Cela permet d’impliquer les gens, qui sont fiers de se voir confier de l’art et qui, du coup, ont tendance aussi à un peu protéger l’œuvre des dégradations ou du vandalisme".

Un peu plus loin, nous rejoignons le groupe de visiteurs qui se dirige vers une autre œuvre d’art située un peu plus loin, près d’autres logements sociaux molenbeekois. La guide vient d’être interpellée par un habitant justement des lieux qui lui reprochait, en criant, que son quartier était laissé à l’abandon par des associations et des autorités. "Cela fait partie des visites guidées", sourit la guide.

"Si on ne veut pas être interpellée, on fait plutôt un dépliant et pas une visite guidée. Je peux comprendre que si ce monsieur attend de l’isolation dans son bâtiment et qu’on vient expliquer aujourd’hui qu’une partie des budgets a servi à mettre une œuvre d’art, il soit remonté. Mais on explique aussi le plus que cela apporte. D’ailleurs, ça me fait penser à cette phrase : c’est sans doute utopique, mais ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas le faire".

Ce que semble confirmer Madame Sali-Saïda en rentrant dans sa tour d’appartements. "Quand on regarde par la fenêtre et qu’on voit les couleurs de ces plaques au milieu des arbres, oui, ça fait plus sourire que si on avait seulement une grosse cour en béton en bas de chez nous, c’est vrai".

Ces balades ont encore lieu ce dimanche 9 octobre, ainsi que le week-end prochain à Bruxelles. Vous pourrez notamment y découvrir, une autre œuvre d’art installée en pleine rue à Laeken, le musée des réverbères. Les inscriptions se font auprès de la SLRB, la Société du Logement de la Région Bruxelloise. C’est gratuit.

Molenbeek : des sculptures et de l'art au milieu de... logements sociaux

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