Monde Europe

À nouer des alliances avec l’extrême droite, le Parti Populaire Européen part à la dérive

30 sept. 2022 à 10:35Temps de lecture3 min
Par Olivier Hanrion

La carte politique européenne est en train de se redessiner. Que ce soit en Suède il y a deux semaines, ou en Italie, la semaine dernière, à chaque fois c’est un bloc de droite et d’extrême droite qui remporte les élections. Une alliance qui choque. Parfois même au sein de la droite traditionnelle. Au point que plusieurs élus redoutent que le PPE, le Parti Populaire Européenle groupe historique du centre droit européen -, ait perdu le nord.

Un continent à la dérive

Le PPE c’est un peu un continent à la dérive. Un gros continent. Le PPE, c’est un poids lourd de l’Union européenne. Et depuis toujours, il fait tout pour le rester. Notamment sous la présidence de Wilfried Martens dans les années 90 et 2000. C’est à cette époque qu’il s’ouvre aux conservateurs britanniques ou qu’il accueille le Fidesz hongrois de Victor Orban. C’était un peu l’auberge espagnole mais cette stratégie lui a permis de devenir faiseur de roi en Europe. Si vous vouliez être Président du conseil, Président de la commission, Président du parlement, il fallait faire partie de la famille.

C’est moins le cas aujourd’hui. Certes, Ursula von der Leyen à la Commission européenne et Roberta Metsola au Parlement européen sont des PPE. Certes, le PPE reste le groupe politique qui a le plus grand nombre de sièges au Parlement. Mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Le parti ne domine plus la scène politique européenne de la tête et des épaules. D’ailleurs, depuis le départ à la retraite d’Angela Merkel, il n’y a plus aucun cador PPE lors des sommets européens.

Les électeurs vont voir ailleurs

C’est la clé du problème. Le PPE ne séduit plus les électeurs. Une partie d’entre eux sont partis à droite. Très à droite. Chez ces mouvements extrémistes qui ont su tirer sur les ficelles de toutes les crises que l’Europe a traversé ces dernières années. Crise financière, crise migratoire, crise sanitaire, crise de l’énergie, poussée inflationniste… Ils apportent des réponses faciles à tous ces problèmes complexes. D’autant que cette droite ultraconservatrice a ripoliné la façade. Fini les débordements racistes dans les meetings. Fini aussi les appels au Frexit, à l’Italxit ou je ne sais quel autre xit qui faisait fuir les électeurs. Finis enfin, l’étiquette d’extrême droite dont ils cherchent à se débarrasser à tout prix. D’ailleurs la victoire de Meloni le week-end dernier a été présentée en Italie comme une victoire du centre droit…

Bref, le PPE sent la menace sur sa droite. Il sent que sa première place sur le podium des partis politiques européen devient bancale. Alors son président, l’Allemand Manfred Weber, très pragmatique a choisi de réoccuper le terrain. En nouant des alliances avec l’extrême droite, quitte à mettre les valeurs du parti dans sa poche.

Une stratégie qui fait des vagues

En Belgique, tant du côté du CD&V que chez les Engagés ou même au CSP germanophone, les trois partis belges membres du PPE, on se bouche un peu le nez. En Allemagne, c’est la CSU, la famille politique de Manfred Weber qui rue dans les brancards. Ce soutien du PPE à la coalition victorieuse en Italie… C’est une erreur stratégique grave. Ein schwerer strategischer Fehler. Par contre, en Europe centrale et orientale, cette ligne dure passe beaucoup plus facilement. Le débat en interne est vif. Alors pour l’instant, Manfred Weber cherche à calmer le jeu. Selon lui, le soutien du PPE c’est la garantie que ces coalitions ultraconservatrices resteront bien ancrées dans l’Union européenne. C’est le même argument qui avait été utilisé pour justifier la présence du Fidesz hongrois dans ses rangs quand le parti de Victor Orban virait dans l’illibéralisme. Sauf que cette stratégie d’infléchissement européen n’a jamais fonctionné. Au contraire, elle participe à la banalisation d’idées très conservatrices. Et en cadeau Bonux, elle offre une légitimité démocratique à des partis d’extrême droite.

C’est pour cela que le vieux parti de centre droit européen part à la dérive. C’est dangereux parce qu’en politique, comme dans la tectonique des plaques, les mouvements sont lents, très lents mais bien réels. A glisser trop à droite, le continent PPE pourrait bien finir par se faire engloutir.

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