Transversales

A Venise, une révolution dans la mobilité durable

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05 juil. 2022 à 10:30 - mise à jour 06 juil. 2022 à 06:13Temps de lecture4 min
Par RTBF La Première

Venise est hors normes en matière de transports. Certes elle est piétonne, mais sur l’eau, gondoles, vaporetti, taxis, bateaux en tous genres se multiplient. Un véritable casse-tête pour permettre aux 50.000 habitants de se déplacer aux côtés des 10 millions de touristes qui utilisent aussi les moyens de transport. Face à cette situation, Venise a décidé qu’elle serait, dans 3 ans, un exemple de mobilité durable. Un reportage de Valérie Dupont.

© Pixabay

Le Grand Canal, une autoroute

Au 16e siècle, posséder une gondole était un signe de richesse. On en comptait plus de 9.000 au temps de la Sérénissime. Aujourd’hui, il n’en reste que 400 et, pour 100€ la demi-heure, elles permettent aux touristes d’imaginer comment était Venise dans le passé.

Les 9.000 gondoles du passé sont devenues 11.000 bateaux à moteur. Le Grand Canal est devenu une autoroute et les vagues sont les plus grandes ennemies des gondoliers. "Il est arrivé que des gondoliers et même des touristes tombent à l’eau", explique Marco Silvestri.

Et même si, dans la famille de Marco, on est gondolier depuis 5 générations, manœuvrer seul une barque de 600 kilos et 11 mètres de long reste une vraie prouesse. Le métier était sans doute plus facile pour ses ancêtres.

Des dégâts majeurs

Les excès de vitesse des bateaux provoquent de fortes vagues qui détruisent les fondations des palais vénitiens. Contrairement aux apparences, Venise fait partie des villes les plus polluées d’Italie. 80 jours par an, la pollution dépasse les niveaux autorisés, à cause des bateaux.

Venise a un patrimoine artistique unique au monde… et des décennies de mobilité avec des combustibles fossiles, confirme Massimo Guarnieri, professeur à la faculté d’Ingéniérie énergétique de l’université de Padoue. "Les moteurs diesel ont abîmé fortement les splendides palais du Grand Canal. Ce sont souvent des moteurs mal entretenus, souvent très vieux et donc structurellement polluants."

Choisir l’électrique

Il faut miser sur l’électricité, affirme Massimo Guarnieri : une première phase à base de batteries électriques, puis ce serait la mobilité à l’hydrogène, qui a comme seul rejet de l’eau distillée. "C’est absolument non polluant, donc parfait pour Venise."

Ce professeur collabore entre autres avec la société Veritas, chargée du ramassage des déchets. Paradoxe, c’est un bateau-poubelle qui est devenu la première embarcation propre de Venise. Un bateau hybride, avec une coque en résine. Mais il faut savoir qu’un bateau-poubelle hybride coûte un tiers de plus qu’un bateau diesel…

Des vaporetti plus propres

L’une des plus grandes difficultés de Venise est de permettre à des millions de touristes de se déplacer. Les célèbres vaporetti, les bus sur l’eau, sont polluants et très bruyants.

Renato Borazo, l’échevin des Transports de Venise, a décidé de modifier, en 3 ans, un tiers des 250 vaporetti, en investissant 13 millions par an pour hybrider les moteurs diesel. La conversion en hybride d’un vaporetto existant revient à 500.000€.

Des fonds européens vont également être sollicités pour acheter 24 nouveaux vaporetti, dont chaque exemplaire coûte 1.400.000€.

L’utilisation de l’hydrogène dans le transport public naval n’est pas encore autorisée par la loi italienne. Ces bateaux hybrides devront servir de transition, en attendant des moteurs encore plus propres.

En attendant, pour diminuer leurs émissions de CO2 de 60 à 90%, les bateaux publics utilisent déjà un diesel composé en partie d’huile végétale hydrogénée, produite au port de Marguera, dans la lagune.

Vers une interdiction des bateaux à moteur

Dans quelques années, Venise pourrait aller plus loin et interdire le passage des bateaux à moteur dans le centre historique. Parce que, outre le transport public local, il y a les taxis sur eau – un transport public géré par des privés avec l’autorisation de la commune -, mais aussi toutes les marchandises qui arrivent dans la ville, sans oublier le trafic des bateaux privés.

"Nous devons trouver un instrument qui passera évidemment par une décision politique et qui donnera des incitants financiers, avec une limite dans le temps, par exemple 3 ans pour convertir tous les bateaux en hybride, au moins", explique Renato Borazo, l’échevin des transports de Venise.

Ce sont des chantiers navals locaux qui se chargeront de transformer les vaporetti en bateaux propres. 150 bornes de recharge pour les batteries électriques des bateaux privés seront aussi installées dans la ville.

Des autobus électriques

Dans la lagune, les îles du Lido et de Pellestrina sont les seuls endroits autorisés aux véhicules routiers. Le maire de Venise a décidé d’investir 28 millions d’euros dans un réseau de 30 autobus entièrement électriques.

Seul souci, le coût de l’électricité qui a explosé ces derniers mois et qui risque de déséquilibrer les comptes de l’entreprise des transports. Et à Venise, le ministère des Biens culturels interdit d’installer des panneaux solaires…

© Pixabay

Gérer le trafic piéton dans les ruelles

Venise est une ville piétonne et les 10 millions de touristes annuels provoquent aussi des embouteillages monstres dans les ruelles. C’est pourquoi la police municipale a inauguré, pendant la pandémie, une salle de contrôle dite intelligente.

600 caméras de surveillance et un algorithme calculent en permanence le nombre de personnes présentes dans chaque rue de la ville, grâce à leur téléphone portable. Avec la possibilité de comptabiliser les étrangers, les Italiens résidents et les non-résidents.

Un accès payant pour les touristes d’un jour

L’échevin du Tourisme, Simone Venturini, veut compléter ce système de comptage et obliger les touristes, dès l’an prochain, à réserver leur journée à Venise, pour limiter les flux touristiques.

Un système de réservation en ligne sera instauré pour les touristes d’un jour, un type de tourisme qui apporte moins d’avantages à la ville. Ils devront payer une taxe d’accès, calculée en fonction de la foule prévue ce jour-là dans la ville.

Dans 5 ans, Venise sera donc sans doute très différente et aura surtout retrouvé une meilleure qualité de vie.

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