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A visiter : Le Mystère Mithra. Plongée au cœur d’un culte romain

15 déc. 2021 à 07:15Temps de lecture5 min
Par Christian Rousseau

Découverte du mystère Mithra, l’un des cultes les plus mystérieux de l’Antiquité romaine. Il se dévoile dans une exposition inédite et immersive au Musée royal de Mariemont, à découvrir jusqu’au 17 avril 2022.

Découverte et visite guidée.


 

Voyager dans le temps

L’exposition raconte l’histoire d’un mystérieux dieu d’origine perse dont le culte, réinventé par les Romains, est parvenu à attirer de nombreuses communautés d’adeptes aux quatre coins de l’empire de Rome pendant plus de trois siècles. Le phénomène est d’une grande ampleur : nous connaissons aujourd’hui plus de 130 sanctuaires de Mithra, un millier d’inscriptions, des centaines de sculptures et d’innombrables petits objets qui documentent les rituels et le quotidien des adeptes.

Pour faire " revivre " le culte de Mithra, l’exposition s’ouvre par ses réceptions contemporaines. Du grand au petit écran, dans les pages des romans et des bandes dessinées, dans les arts figuratifs, le dieu Mithra se réinvente. Artistes, auteurs et illustrateurs puisent dans les fantasmes liés à cet " étrange " culte et conçoivent des œuvres qui interrogent.

Pour trouver les réponses, le visiteur est amené à remonter le temps jusqu’aux œuvres de l’Antiquité, en passant par les travaux des siècles passés, de Franz Cumont à la Renaissance.

Se mettre dans la peau des adeptes

La scénographie fait alterner des zones lumineuses et des espaces plus sombres dans un véritable parcours initiatique. De l’ombre à la lumière, le visiteur devient acteur : il suit la légende de Mithra, pénètre dans ses sanctuaires, déchiffrent ses inscriptions aidé par des dispositifs numériques.

L’exposition intègre ainsi son lot de technologies immersives avec de nombreux films d’animation et des mappings vidéo. Ces derniers redonnent vie aux communautés d’adeptes à travers l’Empire romain.

Plus d’un millier d’inscriptions latines nous font connaître presque autant d’adeptes du culte de Mithra. Certains sont citoyens romains, d’autres affranchis ou même esclaves. Leurs professions sont tout aussi variées. On y rencontre des fonctionnaires impériaux, des marchands, des employés de thermes publics et même des soldats. Tous épousent un modèle de vie marqué du sceau de la solidarité, de la fraternité et de l’entraide.

Chacun se met au service de la collectivité et participe au financement du culte ainsi qu’à l’entretien du temple. De taille souvent modeste, les communautés réunissent exclusivement des hommes. Certes discrètes, elles sont toutefois connues des autorités et des familles environnantes.

Certaines affichent même une réelle visibilité dans la sphère publique, lors de cérémonies pouvant intégrer des personnes extérieures au groupe cultuel. Toutefois, l’accès au temple étant réservé aux seuls initiés, les rites sont restés en grande partie secrets jusqu’à nos jours.

Suivre les exploits d’un héros

Dès le premier face-à-face avec Mithra, la profusion d’images étonne et intrigue. Le dieu est représenté en action : il met à mort un taureau fabuleux qui lui permettra de sauver le monde et de régénérer l’univers. Autour de lui gravitent d’autres divinités (le Soleil et la Lune), des animaux, les signes du zodiaque, les divinités planétaires.

La mise à mort du taureau est en réalité l’épisode central d’une légende uniquement connue par des images. Dans ce récit mythique, Mithra fait figure de héros, de sauveur de l’univers. La terre a été ravagée par la maladresse de Phaéton, le fils du dieu Hélios/Sol qui a perdu le contrôle du char solaire provoquant sécheresse et désolation. Face à ce désastre, Jupiter convoque une assemblée des dieux sur l’Olympe.

À l’issue des discussions, il décide de faire émerger un nouveau dieu pour faire renaître la terre de ses cendres, rétablir l’ordre dans l’univers et instaurer un nouvel âge d’or : Mithra.

Le récit est construit autour de plusieurs moments-clefs : la naissance de Mithra de la pierre génitrice, le jaillissement de la source de vie, la capture du taureau et sa mise à mort. Jaloux de la réussite de Mithra, le Soleil entre ensuite en conflit avec lui. Les deux divinités se disputent et se livrent bataille, avant que le Soleil finisse par reconnaître la puissance de Mithra et lui fasse allégeance.

D’adversaires, ils deviennent partenaires. Une fois Mithra établi dans son pouvoir, une poignée de main solennelle scelle leur pacte au-dessus d’un autel flamboyant. Comme il ne peut y avoir deux divinités solaires, Mithra rend au Soleil la couronne radiée qu’il avait déposée, le confirmant dans sa prérogative de dieu solaire terrestre, lui-même devenant dès lors un dieu solaire cosmique, invaincu et invincible.

L’alliance se conclut par un banquet réunissant le Soleil et Mithra, qui porte désormais le titre de Sol invictus (" Soleil invincible ") et monte ensuite vers le ciel sur le quadrige de son compagnon de table.

S’initier au culte

 

Quiconque souhaite entrer dans une communauté mithriaque doit se soumettre à une série d’épreuves rituelles à forte charge émotionnelle. Dénudé, les yeux bandés, les mains liées dans le dos, le novice est par exemple confronté à la pointe d’un glaive et à des torches enflammées. Une fois accepté dans le groupe, il accède au grade de Corbeau et se trouve alors au pied d’une échelle de grades, dont le nombre a varié selon les lieux et les époques. Dans la majeure partie de l’Empire, les groupes se limitent généralement à trois grades, les Corbeaux (les novices), les Lions (les membres confirmés) et les Pères (les chefs des communautés). En revanche, à Rome et à Ostie, au cours du 3e siècle, le nombre de grades passe dans certaines communautés à sept, peut-être en écho aux sept jours de la semaine et aux sept planètes. C’est ce que révèle une mosaïque exceptionnelle qui marque le sol de l’allée centrale du mithréum de Felicissimus dans la cité portuaire d’Ostie. Reproduite dans l’exposition, cette mosaïque présente plusieurs panneaux qui font apparaître une échelle de sept grades avec leur ordre de progression et leur planète tutélaire : 1. Corbeau (Mercure) ; 2. Fiancé (Vénus) ; 3. Soldat (Mars) ; 4. Lion (Jupiter) ; 5. Perse (la Lune) ; 6. Messager du Soleil (le Soleil) ; 7. Père (Saturne).

Découvrir Mithra dans nos régions

Des sanctuaires de Mithra sont régulièrement mis au jour à travers l’ensemble du monde romain. Chaque nouvelle découverte éclaire un peu plus la vie des communautés qui se réunissaient autour de Mithra. Le tableau qui se dessine année après année est celui d’un culte extrêmement dynamique, présentant d’un site à l’autre des traits communs, mais aussi de nombreuses particularités locales.

Dans le nord de la Gaule, les premières communautés mithriaques s’installent au 2e siècle de notre ère, en suivant les grandes voies routières et fluviales empruntées par les marchands, les fonctionnaires et les militaires. Une quinzaine de sites ayant livré des monuments mithriaques sont aujourd’hui attestés dans les provinces de Gaule Belgique et de Gaule Lyonnaise.

Sur ce vaste territoire, bien davantage que de belles inscriptions et des reliefs de grande taille, les fouilles ont révélé une étonnante et foisonnante variété de petits objets. L’exposition met ainsi en lumière les découvertes réalisées à Tirlemont et à Angers. Les témoignages de ces deux sites nous en disent beaucoup sur ces hommes qui vénéraient Mithra et leurs pratiques.

En pratique

Musée royal de Mariemont
Chaussée de Mariemont, 100
7140 Morlanwelz
Belgique

Téléphone : + 32 (0)64 273 741
Courriel : accueil@musee-mariemont.be

 

http://www.musee-mariemont.be/

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