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"Abdication au ralenti", "transition tacite": le Prince Charles s’est-il rapproché du trône lors du jubilé de platine d’Elizabeth ?

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05 juin 2022 à 14:11 - mise à jour 08 sept. 2022 à 14:46Temps de lecture3 min
Par Daphné Van Ossel

À l’occasion du jubilé de platine (70 ans de règne !) de la reine Elizabeth II, l’historien Francis Balace, spécialiste des monarchies, s’interrogeait sur la succession au trône.

"Cette célébration du jubilé de platine de la reine Elisabeth II est-elle l’occasion de fêter une reine qui est là depuis 70 ans ou de dire au revoir à une reine qui va bientôt partir ?" demandait-il.

La question résume l’état d’esprit qui a imprégné les quatre jours de festivité. Pour des raisons de santé, la reine a dû rester en retrait, même si elle a réussi à briller dans une vidéo humoristique avec l’Ours Paddington).

Ce n’est pas la première fois. Le prince Charles la représente de plus en plus souvent. "De la manière la plus britannique qui soit – non déclarée, non écrite et non dite – la transition a commencé " écrit le "royal correspondent" de la BBC.

De la manière la plus britannique qui soit – non déclarée, non écrite et non dite – la transition a commencé.

Le 11 mai dernier, Ed Owens, un historien, résumait dans le Guardian : "Expect to see more of Prince Charles. This is a slow-motion abdication", une "abdication au ralenti". C’était le lendemain du fameux discours du trône, discours écrit par le gouvernement mais habituellement lu par la reine devant la Chambre des Lords. Cette année, la reine était empêchée, pour des raisons de santé. Le Prince Charles l’a remplacée.

Un moment "historique"

Les commentateurs ont unanimement qualifié ce moment "d’historique". La reine ne l’avait manqué que deux fois au cours de son long règne, quand elle était enceinte d’Andrew, puis d’Edward.

Pour le Sun, ce moment hautement symbolique est, pour le Prince Charles, le rôle "le plus proche de celui d’un roi" qu’il ait eu à assumer. "Le prince de Galles se retrouve régent, sauf de nom", écrivait Ed Owens dans le Guardian.

Le prince de Galles se retrouve régent, sauf de nom.

Francis Balace, autre historien, n’utiliserait pas ce terme, car la reine reste bien aux commandes : "La reine délègue ses apparitions publiques mais on continue à envoyer au château de Windsor les fameuses boîtes de cuir rouge dans lesquelles se trouvent les rapports des ministres, la correspondance diplomatique, etc. C’est toujours elle qui reçoit le Premier ministre en audience chaque semaine."

Très symboliquement, lors du discours du trône, Charles n’était justement pas assis sur le trône. Il était assis sur le siège réservé au consort, plus petit. La couronne était placée à côté de lui, là où la reine prend place habituellement, "indiquant clairement où réside le pouvoir", analyse le Daily Mail.

Le Prince Charles regarde la couronne impériale, lors du discours du trône, le 10 mai 2022, à la Chambre des Lords.
Le Prince Charles regarde la couronne impériale, lors du discours du trône, le 10 mai 2022, à la Chambre des Lords. © Tous droits réservés

Accoutumer la population

On peut parler d’une transition douce, tacite, confirmée ces derniers jours par le rôle pris par le Prince de Galles lors des festivités. "Il faut accoutumer la population anglaise à voir le Prince Charles comme souverain normal et légitime, explique le professeur honoraire de l’ULiège. Il y a eu beaucoup de spéculations sur le fait que Charles se retirerait en faveur de son fils. C’est tout à fait contre la mentalité de la reine qui tient à une tradition monarchique, on ne passe pas des tours de cette façon-là."

Pas d’abdication

La reine n’abdiquera pas. Lors de sa cérémonie de couronnement, elle a reçu l’onction du seigneur. "Il y a une dimension religieuse, sacrée qui fait qu’elle ne peut pas abdiquer. Edward VIII a abdiqué avant d’être couronné, en 1936", rappelle Francis Balace.

Le Prince Charles, Prince de Galles, accompagné de Camilla, Duchesse de Cornouailles, prononce un discours lors de la fête organisée ce samedi 4 juin à Buckingham Palace, à l’occasion du jubilé de platine de la reine Elisabeth II.
Le Prince Charles, Prince de Galles, accompagné de Camilla, Duchesse de Cornouailles, prononce un discours lors de la fête organisée ce samedi 4 juin à Buckingham Palace, à l’occasion du jubilé de platine de la reine Elisabeth II. © AFP or licensors

C’est là une autre raison de son refus d’abdiquer : depuis cette abdication (qui a porté Elisabeth II le trône), le mot "abdication" est tabou chez les Windsor.

Edward VIII avait refusé la couronne pour pouvoir épouser Wallis Simpson, une roturière américaine divorcée. Pour la reine, il a manqué à son devoir. Elle, au contraire, a promis de rester au service de son pays, et du Commonwealth, toute sa vie.

Camilla

Elle envisage cependant la suite. En février dernier, lors de la date officielle de ses 70 ans de règne, elle avait écrit aux Britanniques : "Quand dans la plénitude des temps, mon fils Charles deviendra roi, je sais que vous lui donnerez ainsi qu’à sa femme Camilla, le même soutien que vous m’avez donné". Elle avait alors tranché une question épineuse, celle du titre de Camilla : elle sera reine consort.

Quand dans la plénitude des temps, mon fils Charles deviendra roi, je sais que vous lui donnerez ainsi qu’à sa femme Camilla, le même soutien que vous m’avez donné.

Camilla, Duchesse de Cornouailles, et le Prince Charles, Prince de Galles, lèvent leur verre lors du "Big Jubilee Lunch", à Londres, ce dimanche 5 juin 2022.
Camilla, Duchesse de Cornouailles, et le Prince Charles, Prince de Galles, lèvent leur verre lors du "Big Jubilee Lunch", à Londres, ce dimanche 5 juin 2022. © Chris Jackson/Getty Images

"Je crois que c’est Camilla qui a réussi l’examen de passage pour lui. S’il avait été pour toujours le mari volage de Diana, ça aurait été assez difficile" commente le spécialiste de la monarchie de l’ULiège.

L’image du Prince Charles s’est améliorée au fil des ans. Selon l’historien Ed Owens, il a même connu un regain de popularité ces cinq dernières années, notamment grâce à son intérêt profond pour la nature, qui lui vaut une image de roi écologiste en devenir.

On lui pardonnera beaucoup moins qu’à la reine Elisabeth.

Charles devra pourtant faire beaucoup plus attention que sa mère, estime Francis Balace. "On lui pardonnera beaucoup moins qu’à la reine Elisabeth." Il reste effectivement beaucoup moins populaire qu’elle, et que son fils, le prince William.

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