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Guerre en Ukraine

Accueil des réfugiés congolais d’Ukraine en Belgique : deux poids deux mesures ?

De gauche à droite, Dido Lakama de l'ASBL Change, l'étudiant congolais Axel, Olivier Mukuna en animateur, l'étudiante congolaise Ruth et Esther Kouablan du MRAX.

Mardi à Bruxelles, la Coordination Congolaise, collectif d’associations afro belges, réunissait six étudiants congolais qui avaient fui la guerre en Ukraine. Pour leur permettre de raconter la discrimination à laquelle ils ont dû faire face lors de leur fuite. Et pour appeler à les enregistrer, les accueillir et leur donner accès aux universités belges, au même titre que les réfugiés ukrainiens.

Étudiants en médecine, économie ou relations internationales, ils étaient six à témoigner ce mardi de leur expérience des dernières semaines. Originaires du Congo et partis étudier en Ukraine, à Kiev ou à Soumy, ils ont dû fuir un pays dans lequel, pour certains d’entre eux, ils venaient d’arriver. S’ils ont réussi à s’en sortir et à rejoindre la Belgique, c’est grâce à la Coordination Congolaise qui a remué ciel et terre pour les ramener sains et saufs. "On s’est concentré sur les étudiants à l’est du pays. On a construit un réseau pour aller chercher ces jeunes et on les a récupérés à la frontière avec la Pologne", explique Dido Lakama, coordinateur de l’ASBL Change.

Ces jeunes sont arrivés dans la nuit de vendredi à samedi et ont été logés dans un hôtel bruxellois. Après des prises de contact, ils sont une petite cinquantaine d’étudiants à se retrouver aujourd’hui dans notre capitale. Parmi eux, Axel, étudiant en informatique, dénonce des traitements différenciés et racistes durant leur fuite : "On faisait d’abord passer les femmes et les enfants, mais au fur et à mesure les Noires restaient" raconte-t-il.

Axel, étudiant en informatique, a vu et vécu la discrimination des réfugiés à la frontière polonaise.
Axel, étudiant en informatique, a vu et vécu la discrimination des réfugiés à la frontière polonaise. Arthur Parzysz

Pas de protection temporaire…

Arrivés en Belgique et échaudés par leur triste expérience, ils demandent donc à être traités de la même manière que les étudiants ukrainiens. Pour bénéficier du statut de protection temporaire d’abord, et aussi pour continuer leurs études. C’est le cas de Gloria, arrivée en Ukraine trois semaines à peine avant le déclenchement de la guerre. "La semaine où je devais commencer mes cours d’anglais, les bombardements ont commencé. J’aimerais donc vraiment continuer mes études, sans discrimination entre les Ukrainiens et nous. Et puis, j’espère qu’on aura aussi une protection comme eux."

Sauf qu’en Belgique, malgré leurs visas étudiants ukrainiens en règle, ces étudiants ne peuvent pas bénéficier du même accueil. En cause, l’interprétation belge de la directive européenne octroyant la protection temporaire aux réfugiés ukrainiens. Dans notre pays, cette protection n’est accordée qu’aux résidents de longue date et citoyens ukrainiens. Pas aux étrangers sans titre de séjour de longue durée au moment de l’invasion russe, donc. C’est le cas des travailleurs migrants et des étudiants étrangers. Et donc de nos six jeunes.

Ce qui fait dire à Esther Kouablan, directrice du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie (MRAX), que cela ne tient qu’à la Belgique d’aller plus loin. "C’est vrai qu’il y a cette directive européenne, mais chaque pays a aussi un devoir d’appliquer la justice et l’équité envers tous les réfugiés qui arrivent ici" plaide-t-elle. Et Esther Kouablan de citer l’exemple espagnol, où le gouvernement a récemment décidé d’étendre la protection temporaire aux ressortissants de pays tiers se trouvant légalement en Ukraine au moment de l’invasion russe.

Gloria n'était arrivée en Ukraine que trois semaines avant la début de l'invasion russe.
Gloria n'était arrivée en Ukraine que trois semaines avant la début de l'invasion russe. Arthur Parzysz

… ni d’accès aux universités

Si Dido Lakama déplore le fait que "la Belgique n’ait pas saisi une occasion comme celle-ci pour traiter des êtres humains de manière équitable", la décision belge a donc comme conséquence de ne pas donner d’accès aux universités belges aux ressortissants de pays tiers ayant fui l’Ukraine. Concernant ces derniers, le cabinet de Sammy Mahdi explique "qu’il faut examiner s’ils peuvent ou non retourner dans leur pays d’origine dans des conditions sûres et durables. Pour ceux qui peuvent rentrer, un soutien au retour volontaire est fourni, tant à la frontière ukraino-polonaise qu’ici en Belgique."

En attendant, certains ont fait des demandes d’inscription dans des universités pour poursuivre leur cursus. Des demandes qui, selon le MRAX, se sont soldées par des refus. "On nous dit que ces places sont réservées aux Ukrainiens" détaille Esther Kouablan. "Les dix personnes qui sont venues faire ces signalements, ce sont 10 personnes de couleur noire. Ça pose un problème…"

Parmi ces refus, certains sont venus de l’Université de Bruxelles qui accueille des étudiants ukrainiens sur son campus pour leur permettre de poursuivre leurs études. Un accueil qui se limite, explique l’institution, aux étudiants de nationalité ukrainienne et ceux qui ont été reconnus comme réfugiés dans le pays, ainsi que les étudiants russes et biélorusses dissidents. Cette différence de traitement "se justifie" selon la porte-parole Ophélie Boffa, et "repose sur la nécessité d’accueillir en priorité celles et ceux qui ne peuvent plus ni étudier ni exercer une activité professionnelle dans leur pays d’origine en raison de la guerre en Ukraine." Une justification et une situation générale qui ne satisfont donc pas Esther Kouablan qui estime que "la guerre ne met pas tout le monde sur un pied d’égalité. La Belgique vient malheureusement de le prouver en traitant différemment des réfugiés qui ont fui la même guerre."

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