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Accusations de harcèlement sexuel contre un (ex-) responsable de club de natation à Molenbeek : il dépose plainte en justice

La piscine Louis Namèche à Molenbeek
17 mai 2022 à 16:08Temps de lecture4 min
Par Philippe Carlot

Un conflit oppose depuis plusieurs mois la plupart des clubs et écoles de natation de Molenbeek et le club "Natation pour Tous", jadis actif sous le nom d'"Aqua Swim Academy". A ce conflit se greffent de lourdes accusations visant l'ex-président du club, sans fonction officielle depuis 2019 mais que la plupart des plaignants identifient comme la vraie cheville ouvrière et le réel dirigeant de "Natation pour Tous". 

Harcèlement sexuel

Nous avons pu consulter plusieurs témoignages écrits de jeune femmes ayant travaillé pour "Natation pour Tous", que ce soit en tant que monitrices rémunérées, stagiaires ou bénévoles. Certaines d'entre elles ont même déposé plainte auprès de la police. Un coordinateur sportif d'un club molenbeekois (sans lien avec la natation) a recommandé sa fille de 18 ans pour un emploi de monitrice pendant l'été 2020. Elle a été engagée mais s'est plaint par la suite d'avoir subi du harcèlement sexuel de la part du responsable de "Natation pour Tous". Son père nous raconte la suite : "Pendant tout son stage, il n'a cessé de lui tenir des propos à connotation sexuelle, du genre "mmmh, tu es mignonne, tu as quel âge, tu as de belles formes". Un jeune animateur travaillait en même temps que ma fille et ce responsable de club n'a cessé de provoquer ce jeune à commettre un acte sexuel sur elle, gestes à l'appui."

D'autres jeunes femmes engagées comme monitrices témoignent dans le même sens. Elles décrivent les faits dans des mails envoyés à la bourgmestre de Molenbeek, Catherine Moureaux. Morceaux choisis : 

"Les jours passent et son comportement changeait avec moi, notamment lorsque j'avais mal au dos il m'a proposé son aide tout en demandant de le suivre au cabinet (sic), une fois dans la cabine il me demande de me mettre à l'aise en retirant mon maillot mais à la seconde qui suit sa femme rentra dans la cabine et il se ressaisit". 

"Pendant toute cette période, il n'a pas arrêté de se rapprocher de moi lorsqu'il parlait. Un jour A. et moi avions été "convoqués" par XXX pour discuter de notre évolution. (...) Une fois installées, il ne cessait de se rapprocher de nous et de nous toucher l'épaule, ou encore le dos lorsqu'il voulait fermer la porte derrière nous. 

Ce qui s'est passé m'a traumatisée, me marquera à vie (...)"

Une interpellation citoyenne au conseil communal

Plusieurs parents d'enfants fréquentant la piscine Louis Namèche de Molenbeek se sont émus du comportement du responsable (supposé) de "Natation pour Tous". Ils ont rassemblé une bonne centaine de signatures sur une pétition pour pouvoir interpeller le conseil communal en février dernier. Ilham Chekkafi est l'une des personnes à l'origine de l'initiative. 

"On lui reproche des faits de harcèlement sexuel, des intimidations envers plusieurs personnes, notamment des parents qui viennent déposer leurs enfants, et qui ne peuvent plus déposer leurs enfants en toute quiétude au sein de la piscine. Et donc, on est assez stressés quand on dépose nos enfants de savoir s'ils ne vont pas assister à des disputes, entendre des bagarres comme on a pu y assister plusieurs fois".

 

 

Des clubs de natation se plaignent

Léo Deschamps dirige l'un des clubs de natation disposant de créneaux horaires et de couloirs à la piscine Louis Namèche. Il dit s'exprimer au nom de l'ensemble des clubs et écoles de natation de Molenbeek sauf deux. Lui aussi se plaint du comportement du responsable de "Natation pour Tous". 

"Nos vestiaires collectifs étaient squattés par les clients de cette école de natation. Nos parents arrivaient et ils ne pouvaient pas entrer dans le vestiaire. Ou quand ils étaient dans le vestiaire, on les a foutus (sic) proprement à la porte. Quand je suis allé voir ce monsieur pour lui dire qu'il y avait un problème, que ces vestiaires nous étaient attribués, il a répondu "ne bouge pas, je vais en parler à l'échevin des sports, il va directement régler l'histoire". Je lui ai répondu qu'on n'allait pas déranger l'échevin des sports pour cette histoire, pour moi c'est clair que ces vestiaires sont à moi et donc ce monsieur a grossi les choses en prétendant que c'est nous qui faisions des problèmes."

Léo Deschamps poursuit : "Ce qu'il a fait en arrivant à Molenbeek, il est allé chez tous mes moniteurs de natation pour leur demander s'ils voulaient travailler pour lui. Il n'y en a qu'un seul qui a accepté, heureusement. Il a interdit à ce moniteur d'encore travailler pour moi."

La commune réagit

La bourgmestre de Molenbeek a été mise au courant de la situation, que ce soit via l'interpellation citoyenne ou par l'envoi régulier de courriels. "Nous avons invité les personnes qui avaient des plaintes à formuler contre ce monsieur à s'adresser à la justice. Ce qui a été fait", nous répond le porte-parole de Catherine Moureaux. "Nous avons aussi convenu avec le club de natation que son ancien président ne mette plus les pieds à la piscine, ce qu'il respecte jusqu'à présent. Nous sommes allés aussi loin que nous le pouvions, compte tenu de la présomption d'innocence. Nous ne voulions pas sanctionner le club et risquer de priver des centaines de personnes d'un accès à la piscine", conclut Rachid Barghouti. 

L'"accusé" nie et contre-attaque

Par l'entremise de son conseil, l'avocat Daniel Spreutels, le responsable mis en cause a réagi à ces accusations. Il évoque un contexte tendu de concurrence entre écoles de natation. Les attaques ont commencé, dit-il, lorsque "Natation pour Tous" a commencé à proposer des tarifs plus bas que les autres clubs et même la gratuité pour certaines catégories défavorisées. Daniel Spreutels n'hésite pas à parler d'un règlement de comptes : "A partir de ce moment-là, il y a eu une série d'accusations diverses tantôt de dirigeants d'autres écoles, mais d'une en particulier, tantôt de certaines personnes qui étaient proches de ces écoles. Et je vous dirais que les propos étaient à ce point inadmissibles, parce que ça s'orientait dans tous les sens, que j'ai été consulté et que, devant la gravité et l'inexactitude des griefs formulés, nous avons déposé plainte avec constitution de partie civile. C'est maintenant un juge d'instruction qui va régler tous ces problèmes parce que nous en avons plus qu'assez  d'entendre dire tout et n'importe quoi d'une façon parfaitement inadmissible."

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