RTBFPasser au contenu
Rechercher

La Trois

Adam : un film qui interroge sur la place des femmes dans la société marocaine

27 mai 2022 à 13:54Temps de lecture3 min
Par Sara Dumont

Adam est un film qui met en lumière la solidarité entre femmes au Maroc. La réalisatrice rend hommage aux femmes dans un pays où le patriarcat est roi et où le célibat féminin n’est pas vu d’un bon œil.

Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie va changer à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite et un chemin vers l’essentiel.

"Adam" à (re)voir le 27 mai à 21h30 sur La Trois

Loading...

Un film inspiré d’une histoire vraie

Ce film est inspiré de l’histoire de la réalisatrice, Maryam Touazi. Il y a 20 ans, sa famille a recueilli une jeune femme, enceinte de 8 mois qui avait fui son village et qui, en plus, n’était pas mariée. Elle explique qu’à l’époque et encore maintenant, ce genre de situation est un crime aux yeux de la loi marocaine.

ADAM est une histoire qui s’inspire du réel, qui s’inscrit dans le réel, mais dont la narration et les personnages sont affranchis de ce réel en quelque sorte… Ne serait-ce que parce que le film ne se passe pas dans une famille comme la mienne, il se passe dans un autre milieu social. Il ne se passe pas non plus à Tanger comme dans l’histoire d’origine, mais à Casablanca " La réalisatrice raconte que la ville est hantée par tout un tas de contradictions, elle est tiraillée entre modernité et tradition.

La maison, pour moi, constitue un vrai personnage dans le film.

Je cherchais plus qu’un décor. Je cherchais un espace où les personnages pouvaient évoluer en parallèle les uns des autres. Un espace dans lequel les murs qui les emprisonnent et les séparent pouvaient se transformer pour les rassembler, au fil de leur transformation personnelle… Je cherchais une maison avec une âme, véritablement. Et cette ancienne maison en avait une… "

En réalisant un film quasiment à huis clos, Maryam Touazi explique dans une interview pour Madame Figaro qu’elle voulait protéger ses personnages du monde extérieur qui les juge, les condamne, pour que l’on puisse comprendre ce que toutes ces femmes s’apportent et aussi toutes les luttes intérieures qui les animent et qui sont implicitement liées à leur environnement.

Maryam Touazi veut faire bouger les choses

Elle ressent la nécessité de s’exprimer à travers ses propres films. En 2008, elle a d’ailleurs réalisé un documentaire pour la toute première journée de la femme au Maroc. Avec ses courts métrages et ses films, elle veut rendre la parole aux femmes et mettre en lumière un visage et des émotions pour que les spectateurs puissent prendre conscience de l’ampleur du problème dans des pays comme le Maroc. Si un personnage nous fait vibrer, le regard que l’on porte sur lui peut changer et des changements concrets peuvent peut-être en découler. 

Au Maroc, les femmes ne peuvent pas faire leur deuil tranquillement. Elles ne peuvent pas aller au cimetière le jour où l’on enterre un proche à elles : un mari, un enfant, … Elle ne pourra y aller que trois jours plus tard… Elle le dit elle-même : " C’est la société qui choisit, et les femmes se plient à ça dans la douleur et le silence. C’est tout simplement révoltant. "

La place de la femme a énormément d’importance dans ce film. Être une femme célibataire au Maroc est l’une des pires choses qui puissent exister même si l’on est issu d’une classe sociale instruite ou " moderne ". Une fille mère qui accouche à l’hôpital risque une peine d’emprisonnement. Et bien évidemment, c’est un juge, un homme, qui décidera de son sort. On ne va jamais remettre en question la responsabilité des hommes et ce sont les femmes qui doivent se justifier. " Mais le Maroc est un pays jeune et j’ose espérer que "Adam " pourra contribuer à faire changer les choses. "

Deux choses à savoir sur le film

  • La réalisatrice a voulu mettre en avant dans ce film une spécialité marocaine, la rziza, c’est une pâte à crêpe feuilletée faite à base d’eau, de farine et de sel. On coupe la pâte en plusieurs lamelles qu’on vient ensuite enrouler autour de la main, que l’on aplatit et que l’on fait cuire à la poêle. La rziza est pour moi aussi une manière de m’arrêter sur des choses que j’estime importantes, de ne pas avoir peur de prendre le temps. Adam est un film d’ambiances, de sensations, où l’on rentre par l’image et le son dans le corps de ces deux femmes, comme les mains qui malaxent cette pâte. "
  • La réalisatrice explique pourquoi elle a décidé de choisir le prénom Adam pour son film : " En arabe courant, pour dire " être humain ", on dit "Beni Adam " ce qui veut dire, fils d’Adam… Et cet enfant qui vient au monde dans le film est avant tout un être humain. Et puis, Adam, c’est la genèse, l’origine… Je pense que si on revenait à la source, si on était conscient, mais réellement conscient, que chaque homme avait été enfanté par une femme, ça réglerait beaucoup de choses… C’est notre part d’humanité et le droit à la dignité que je veux interroger. "

 

Sur le même sujet

[A écouter] Je parle toutes les langues, mais en arabe

Par Ouï-dire

Articles recommandés pour vous