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Adieu agrafeuses et papier carbone : le musée des instruments de bureau ferme ses portes

C’est un petit musée peu connu. Situé à Anderlecht, il reçoit, de temps à autre et sur rendez-vous, de rares visites de groupes. Des groupes composés généralement de pensionnés, des anciens employés de bureau qui s’émerveillent de retrouver, quelques heures durant, l’ambiance, le cadre et les machines qui ont été les leurs quand ils travaillaient.

Le musée des instruments de bureau, c’est exactement ce que son nom laisse deviner : une collection impressionnante de vieux meubles de bureau (les beaux, ceux en bois avec une belle patine), de machines à écrire, de calculatrices, de perforatrices, d’agrafeuses, de classeurs et de taille-crayons. Le tout retrace plus d’un siècle de l’histoire de la vie des employés, puisque les premières machines qu’on peut y admirer datent des années 1860 et les dernières des années 1980. Pourquoi ne pas aller plus loin ? "Parce que, explique Pierre Huygens, créateur et unique animateur du lieu, après les années 80, l’ordinateur est arrivé. Un ordinateur, c’est froid, ça ne fait que ce que vous lui demandez de faire. Tandis que le bureau tel que je l’ai connu, c’était chaleureux."

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La poésie du bureaucrate

Il faut dire que Pierre a bien connu les fournitures de bureau : il en a vendu et ses parents avant lui. Pour tout ce secteur, l’irruption de l’informatique a signifié la fin d’une époque : "Du jour au lendemain, c’est toute une industrie qui s’est effondrée. Pourquoi utiliser encore du papier carbone quand il suffit d’appuyer sur une touche pour que l’imprimante vous crache autant de copies que nécessaire ? Et qui a encore besoin de classeurs quand les dossiers sont immatériels ?"

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Garder une trace

Alors, pour garder une trace de l’univers qui fut le sien toutes ces années, Pierre a créé son musée, exposant une collection assemblée sur plusieurs décennies. Des centaines d’agrafeuses, dont des pièces rares. Des perforatrices, aussi. Combien ? "Peut-être 7-800, je ne sais pas. Je devrais les compter, mais je ne l’ai jamais fait. Quand on aime…" Au fil des pièces, les machines sont exposées, comme à la parade : voici assez de machines à écrire pour écrire des milliers de rapports. Des bouteilles d’encre comme s’il en pleuvait. Des affiches vantant les charmes de rubans correcteurs ou de salons du Bureau Moderne.

Ne croyez pas que Pierre soit le seul collectionneur de souvenirs bureaucratiques. Ils sont quelques-uns, dans toute l’Europe. Ils se refilent les bonnes adresses, vont aux mêmes ventes aux enchères et se battent pour les mêmes engins extrêmement rares. Mais, Pierre l’avoue, la corporation commence à vieillir. Lui-même a dépassé les 80 ans et, comme il le dit : "Il y avait un autre collectionneur en Belgique. Mais il est mort."

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Une vente… sur internet !

Alors, la mort dans l’âme et parce que le lieu qui accueillait cet endroit hors du temps vient d’être vendu, Pierre a fermé son musée confidentiel et s’apprête à vendre sa collection. Un expert allemand doit venir l'examiner pour procéder à la vente aux enchères sur internet. Quoi ? Vous confiez la vente de vos trésors à un ordinateur, ce monstre froid ? "Il faut bien vivre avec son temps. Et apprendre à vivre avec des personnes qu’on n’aime pas…"

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