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Adja : L’élégance soul-jazz bruxelloise

Adja s'impose comme l'une des grandes révélations soul-jazz de l'année.

© Nathan Dobbelaere

Comédienne, metteuse en scène et chanteuse, Adja affirme sa sensibilité plurielle dans des chansons délicieusement sophistiquées. Quelque part entre Erykah Badu, Hiatus Kaiyote ou D’Angelo, l’artiste bruxelloise se profile comme la plus belle promesse soul-jazz du royaume.

Remarquée l’an dernier, sur les planches de l’AB, lors de la finale du concours Sound Track, la voix d’Adja Fassa a marqué les esprits et suscité la curiosité du label Sdban. Après avoir sorti les meilleurs albums de STUFF., ECHT! ou Glass Museum, la structure gantoise entrevoit désormais son avenir aux côtés d’Adja. Rassemblés sous la pochette du EP "Ironeye", les cinq premiers morceaux de l’artiste bruxelloise tournent autour d’un axe soul-jazz captivant, mais aussi – et surtout – d’une passion inassouvie pour le gospel. Non loin de Lianne La Havas, des débuts de Solange ou des prouesses d'Erykah Badu, les chansons d’Adja injectent un peu de sérénité au cœur de nos vies pressées. Entre quête spirituelle et torrent d’émotions, le disque d’Adja est le fruit d’un long cheminement personnel et de multiples déplacements spatio-temporels...

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Méthode de relaxation

Adja Fassa a vu le jour dans la périphérie anversoise. "J’y ai grandi aux côtés de ma mère", retrace-t-elle depuis son appartement bruxellois. "Mon père, lui, est originaire du Sénégal. Mais il était absent durant toute mon enfance. Chez moi, personne ne jouait de la musique. En revanche, ma mère en écoutait énormément. C’est grâce à elle que j’ai découvert Miriam Makeba, Los Zafiros, Orchestra Baobab ou Buena Vista Social Club." À l’âge de six ans, Adja se passionne pour la poésie. "J’apprenais les textes d’auteurs flamands pour enfants comme Toon Tellegen et puis, je les recitais." Au-delà de cette passion pour les mots, elle s’improvise journaliste. "Je sortais de chez moi avec un micro et un enregistreur. J’interpellais les gens dans la rue : je leur demandais comment ils se sentaient ou ce qu’ils comptaient faire de leur journée. Je voulais en apprendre davantage sur eux." D’anecdotes chipées sur le trottoir en histoires déclamées à haute voix devant son miroir, Adja Fassa se tourne, assez naturellement, vers le théâtre. "Je me suis inscrite à l'Académie royale des beaux-arts de Gand avec l’espoir de devenir actrice. Mais plus j’étudiais les grandes œuvres dramaturgiques, plus ça devenait sérieux, et plus je ressentais le besoin de m’évader." Afin d’échapper à une réalité devenue un peu trop contraignante à son goût, Adja se met à chanter. "C’était d’abord une méthode de relaxation."

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De l’Inde au Népal

Un peu déboussolée, Adja Fassa délaisse ses études de théâtre et entame un long voyage initiatique. À 21 ans, elle embarque à bord d’un avion. Direction l’Inde. "Ce trip était nécessaire", dit-elle. "Je venais de laisser tomber l'Académie. Je me sentais perdue, déconnectée de mes valeurs, de mes idéaux artistiques. Pour retrouver la confiance, je sentais que je devais sortir de ma zone de confort." De New Delhi à Chennai, de la région du Rajasthan jusque dans l'état de Kérala, Adja se confronte alors à l’inconnue. "Je me suis également posée quelques semaines au Népal", indique-t-elle. Après une expédition de sept mois, elle rentre en Belgique métamorphosée. "J’ai développé un rapport différent à la nature, à la méditation et au yoga. Toutes ces pratiques m’ont donné l’opportunité de me reconstruire, de retrouver l’équilibre que je recherchais." Ressourcée, voire transfigurée, Adja étudie alors le jazz à Anvers, puis le chant au Conservatoire de Louvain. "Au bout de trois ans, j’ai fait une passerelle pour terminer mon master en théâtre." Forte de ces différentes expériences, la comédienne imagine un spectacle transdisciplinaire, conçu à la lisière du théâtre, de la performance et du chant.

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La trilogie du bonheur

Le spectacle mis sur pied par Adja constitue le premier volet d’une trilogie intitulée "Adjabet". "Ce mot inventé est un clin d’œil symbolique à mon alphabet personnel", précise-t-elle. "La deuxième partie de la trilogie, c’est "Ironeye", le EP que je publie aujourd’hui chez Sdban. Avec cette trilogie, j’aspire à l’intégrité. Je veux me montrer telle que je suis, en étant au plus près de mes émotions." C’est en mettant son spectacle transdisciplinaire sur les rails qu’Adja entrevoit la possibilité de se raconter dans de véritables chansons. "Ma pièce est assez abstraite. Elle repose sur une exploration de mon subconscient. À force de répéter les scènes, j’ai réalisé qu’il était possible de segmenter ma vie en différentes parties qui, à présent, se transposent dans mon premier EP. Les mélodies me permettent d’évoluer vers un mode d’expression beaucoup plus concret. Pour le troisième et dernier volet du projet "Adjabet", j’envisage de m’essayer à la vidéo. Après les mots, les mouvements et le chant, ce serait une façon de mettre des images sur mon parcours."

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Ironeye du sort

Connectée à ses émotions, en phase avec ses convictions, Adja emballe cinq chansons envoûtantes sous le dessin du EP "Ironeye". "J’associe deux significations à ce titre", confie la chanteuse. "C’est d’abord une représentation imagée du troisième œil. Celui avec lequel je prends conscience de mes errances. Quand je reste trop longtemps au même endroit, par exemple, j’ai tendance à perdre pied. C’est la raison pour laquelle je voyage et déménage régulièrement. Actuellement, je vis à Bruxelles. Mais je sais qu’à un moment, je vais devoir déplacer mes attentes dans une autre réalité. Mes voyages à l’autre bout du monde procèdent du même mécanisme… Ensuite, "Ironeye", c’est une façon de regarder en arrière, de ressentir des émotions oubliées. Dans certains morceaux, je mise sur la fiction pour me reconnecter à des souvenirs. Comme celui d’avoir quinze ans, d’être amoureuse pour la première fois. Aujourd’hui, évidemment, ce sentiment me paraît lointain, un peu naïf et inexplicable. Pourtant, en me glissant dans la peau d’un personnage fictif, en recourant à l’ironie, je parviens à remettre des mots sur des émotions qui, à un moment ou l’autre, m’ont véritablement habitée."

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Le bus magique

Son premier EP sous le bras, Adja se tourne désormais vers l’avenir avec l’envie de parcourir le monde autrement. "J’ai comme projet d’acheter un vieux bus, de le réaménager en studio d’enregistrement et de partir sur les routes. L’idée, bien sûr, c’est de visiter d’autres pays, mais surtout de partir à la rencontre d’artistes locaux pour enregistrer des chansons à leurs côtés. Cela me donnerait l’occasion de publier des albums marqués par l’esprit du voyage : "Adja en Afrique", "Adja en Europe", "Adja en Amérique ", etc. Je dois encore trouver les moyens de financer ce projet, mais j’aspire vraiment à le concrétiser. C’est l’une de mes plus grandes sources de motivation." En attendant, Adja promène sa voix sur les routes de Belgique. Celles et ceux qui l’ont croisée le savent : c’est déjà magique.

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