Affaire Chovanec : un deuxième rapport de police refait surface

Affaire Chovanec : un deuxième rapport de police refait surface
02 sept. 2020 à 11:01 - mise à jour 02 sept. 2020 à 11:01Temps de lecture3 min
Par Fabien Van Eeckhaut

A chaque jour ses révélations étonnantes sur "l’affaire Chovanec". A peine les auditions terminées devant le Parlement hier – auditions notamment de l’ex-ministre de l’Intérieur le N-VA Jan Jambon -, que l’on découvre l’existence d’un deuxième rapport de police sur les circonstances ayant entouré la mort du ressortissant slovaque Jozef Chovanec en février 2018.

Pour rappel, l’existence d’un premier rapport de la police aéronautique de Charleroi était bien connue, elle. Un rapport rédigé le 23 février 2018 à 19h10, un texte de 5 pages, taxé depuis par les autorités (dont Jan Jambon en audition ce mardi) d'"incomplet", "sommaire", à la lumière des images révélées depuis des événements qui se sont produits dans la cellule où se trouvait Jozef Chovanec. Il n’y est écrit nulle part que le visage de Jozef Chovanec était enfoui dans une couverture, ni que des agents se sont assis sur son dos pendant plusieurs minutes. Aucune mention non plus d’un salut hitlérien d’une policière… On y évoque juste une intervention des policiers en cellule pour faire en sorte que le détenu, agité, arrête de se blesser à la tête. A noter d’ailleurs que l’intervention de la police aéroportuaire dans l’avion et sur le tarmac est décrite avec force détails, tandis que la suite ne fait l’objet que de onze lignes. Une première version qui aurait été la seule à avoir été reçue notamment par le ministre de l’Intérieur Jan Jambon à l’époque.

Rapport plus complet… quoique

Mais une deuxième version refait donc soudain surface, publié par le quotidien Het Laatste nieuws. Un deuxième rapport plus détaillé, plus long (12 pages), rédigé, lui, à 20h06, 55 minutes plus tard que le premier. Œuvre de trois agents de la police de l’aéroport, dont deux sont concernés par l’intervention en cellule. On y apprend le nombre de bières ingurgitées par la victime, qu’il a fallu en raison de sa "rébellion" et sa stature plusieurs policiers pour le maîtriser et le mener de l’avion à la cellule. Que des proches sont venus informer la police dans la nuit de ses soucis psychologiques et de santé, du fait qu’il prenait des médicaments. Qu’un interprète est intervenu, notamment pour informer Jozef Chovanec qu’il avait droit à un avocat, ce qu’il aurait refusé.

La façon dont cinq agents l’ont maîtrisé sur son lit dans sa cellule est aussi abordée "pour éviter qu’il se blesse encore à la tête" en se frappant contre la porte. Il n’est par contre toujours pas fait mention d’un salut hitlérien ni d’une couverture enroulée autour de M. Chovanec. L’intervention d’un médecin qui administre un calmant est confirmée, elle, le citoyen slovaque succombant peu après à un arrêt cardiaque…

Sans que l’on sache, question cruciale également, à qui cette deuxième version de rapport de la police aéroportuaire a au final été envoyée… Commissariat général de la police fédérale ? Ministère de l’Intérieur ? Aucun des deux n’a fait allusion à ce deuxième texte dans les auditions de mardi.

La justice carolo a bien saisi les images

La vraie révélation bien présente, elle, dans ce deuxième rapport, c’est que la justice a très tôt saisi les images concernant l’interpellation de Jozef Chovanec, et notamment les images de la cellule. Le parquet a saisi les images des caméras de surveillance le jour même ! A 5h50, une demi-heure après le transfert vers l’hôpital de Jozef Chovanec, copiées via un GSM d’un policier – le software de la police ne permettant pas un transfert direct – sur un CD envoyé à la justice.

"Le parquet savait donc dès le premier jour qu’il y avait des images de caméra", a avancé aussitôt l’avocate de la veuve de M. Chovanec, Ann Van De Steen. "Ces images ont donc été ajoutées au dossier dès le début. Elles ont donc pu être analysées", conclut-elle.

Le parquet de Charleroi avait été contacté par la police aéroportuaire dès l’arrestation de Jozef Chovanec pour des faits de rébellion et avait décidé que le ressortissant slovaque devait être immédiatement mis en détention et – ce que confirme aussi le deuxième rapport – que "les images des caméras de surveillance devaient être conservées". Le 25 février, après le décès, une enquête était ouverte pour agression involontaire et coups et blessures à l’encontre des policiers.

Rappelons que côté judiciaire, l’instruction sur cette affaire est toujours en cours, deux ans après les faits.

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