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Affaire Ouassim et Sabrina : trois policiers renvoyés devant le tribunal de police

Sabrina et Ouassim ont perdu la vie en roulant en scooter sur l’avenue Louise

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12 oct. 2022 à 16:19 - mise à jour 13 oct. 2022 à 08:39Temps de lecture2 min
Par Belga et Stéphanie Lepage

La chambre des mises en accusation de Bruxelles a ordonné, mercredi, le renvoi de trois policiers devant le tribunal de police pour répondre d’homicide involontaire dans le cas d’une course-poursuite mortelle.

Le parquet général et la défense avaient requis le non-lieu mais les juges en ont décidé autrement. Les avocats des policiers n’ont pas souhaité s’exprimer à ce stade de la procédure. Ils ont toujours l’opportunité de se pourvoir en cassation.

Pour les familles des deux jeunes décédés, le renvoi des policiers devant un juge de fond est un soulagement. "Ils sont sous le choc mais très contents" explique l’avocate de la famille Loïca Lambert. "Ils voulaient une vérité judiciaire et un débat public qui va enfin avoir lieu".

Depuis 5 ans, la famille Sabrina réclamait "justice et vérité" en organisant des rassemblements dans Bruxelles. Encore fin septembre, en l’attente de la décision de la chambre des mises en accusation, un petit groupe s’était fait entendre place Poelaert. "On attend de l’humanité et du bon sens" expliquait Samira Benallal, la tante de Sabrina. "Deux jeunes ont perdu la vie, il est normal qu’un procès ait lieu et que la famille puisse comprendre ce qu’il s’est passé. Sabrina et Ouassim étaient des jeunes sans aucun antécédent judiciaire. Ils n’étaient pas des jeunes à problème".

 

Rassemblement réclamant justice et vérité pour Sabrina et Ouassim sur la place Poelaert le 21 septembre dernier.
Rassemblement réclamant justice et vérité pour Sabrina et Ouassim sur la place Poelaert le 21 septembre dernier. © RTBF

Les faits datent de 2017

Le 9 mai 2017, Ouassim et Sabrina circulent à moto sur l’avenue Louise à Bruxelles. Vers 21h30, une patrouille de police remarque la moto qui conduit imprudemment et décide de la prendre en chasse. Deux autres patrouilles arrivent en renfort. A la sortie du tunnel Bailly, la moto s’encastre dans un des véhicules de police qui s’était mis en travers de la route pour l’arrêter. Ouassim Toumi, âgé de 24 ans, est tué sur le coup. Sa passagère, Sabrina El Bakkali, âgée de 20 ans, décède à l’hôpital plus tard dans la nuit.

Selon les familles des victimes, cette course-poursuite, engagée en raison de deux présumées infractions au Code de la route, était illégale car non nécessaire et disproportionnée. Pour le parquet de Bruxelles, le seul responsable de l’accident était le conducteur du scooter.

En août 2021, la chambre du conseil, suivant les plaidoiries des avocats des familles des victimes, a estimé qu’il existait des charges suffisantes pour inculper trois des policiers impliqués, pour homicide involontaire. Le parquet avait ensuite fait appel et la chambre des mises en accusation a confirmé la décision, en février dernier. Elle devait ensuite se prononcer sur le renvoi ou non des inculpés devant le juge du fond. Les trois policiers sont donc renvoyés devant le tribunal de police.

Notre reportage :

"Inquiétant car récurrent"

Les proches de Sabrina et Ouassim sont soutenus par différentes associations et notamment par la ligue des droits humains, qui juge que l’usage excessif des courses-poursuites par les forces de l’ordre est "inquiétant car récurrent".

Imane El Otmani, est la coordinatrice de "Police Watch", l’observatoire des violences policières à la LDH. "Depuis plusieurs années, des affaires nous reviennent. Que ce soit ici Sabrina et Ouassim en 2017 mais on peut aussi citer Mwada Shawry en 2018, Medhi Boudha en 2019, Adil Charrot en 2020. Ces affaires attirent notre attention. L’un des points communs entre toutes ces personnes, outre le fait qu’elles ont des origines étrangères, est qu’elles ont perdu la vie lors de courses-poursuites avec les forces de l’ordre".

Selon le LDH, la multiplication de ce type de faits doit pousser la police à la réflexion et à la mise en place de solutions. "Il faut une réponse globale et structurelle. On peut s’intéresser à des solutions en termes de formation des policiers, d’instruction. Il s’agirait de mieux encadrer ses courses-poursuites".

 

Imane El Otmani, Coordinatrice de Police Watch, l’observatoire des violences policières à la Ligue des droits humains.
Imane El Otmani, Coordinatrice de Police Watch, l’observatoire des violences policières à la Ligue des droits humains. © RTBF

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