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Afrique du Sud : chasse aux orpailleurs clandestins dans les townships de Johannesburg

Afrique du Sud : après le viol de huit femmes, les habitants du township "font justice eux-mêmes"

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05 août 2022 à 10:30 - mise à jour 05 août 2022 à 11:47Temps de lecture2 min
Par Valérie Hirsch, correspondante en Afrique

Les habitants de Kagiso, un township de Johannesburg, ont fait la chasse, jeudi, aux mineurs clandestins. Appelés "zama-zamas", ils opèrent dans les anciennes mines d'or du pays. Pour la plupart venus des pays voisins, ils sont accusés de semer la terreur, surtout ceux du Lesotho, les plus violents.

Vendredi dernier, le viol collectif de huit femmes, à plusieurs reprises, par des hommes habillés de couvertures (l’habit traditionnel au Lesotho), a fait l’effet d’un électrochoc. Les victimes participaient au tournage d’un clip musical. Depuis lors, la police a arrêté quelque 150 mineurs clandestins, dont 80 ont comparu en justice cette semaine.

La police est intervenue après une chasse aux mineurs clandestins à Kagiso.
La police est intervenue après une chasse aux mineurs clandestins à Kagiso. Valérie Hirsch

De nombreux cas de viols

Hier, les habitants du township de Kagiso, entouré par des mines à l’abandon, ont bloqué toutes les rues et fait la chasse aux zama-zamas. Certains ont été battus, d’autres dénudés. Dans l’après-midi, un chef de la police, juché sur un camion, a supplié une centaine d’habitants de ne pas faire justice eux-mêmes. Un message qui a du mal à passer : "On ne peut pas faire confiance à la police, qui est corrompue", s’exclame Lebogang Xalaba. "On se plaint depuis des années des zama-zamas, et rien ne change ! Récemment, ils ont violé deux femmes, des gardes de sécurité, dans notre cimetière".

Vêtu d’un training, Xalaba raconte que le matin même, avec des voisins, il est descendu dans un trou donnant accès à une ancienne mine : "On a capturé 4 clandestins du Mozambique. Quant on les a ramenés ici, les gens les ont battus, jusqu'à ce que la police intervienne".

Lebogang Xalaba a capturé 4 mineurs clandestins.
Lebogang Xalaba a capturé 4 mineurs clandestins. Valérie Hirsch

A 10 km de Kagiso, Paul Ntshangase habite juste en face du site minier où les 8 femmes ont été violées, la semaine dernière. Le logement collectif qu'il partage avec une dizaine de familles est coincé entre d’énormes terrils. Après le viol, il a incendié, avec ses voisins, un bâtiment où habitaient des zama-zamas, juste à côté de chez eux. On peut encore voir l’endroit où le minerai était réduit en poudre, pour extraire l’or.

Paul Ntshangase devant un logement de mineurs illégaux incendié
Paul Ntshangase montre un terrain utilisé par les orpailleurs

On a déposé plainte à la police, mais il n'y a pas eu d'arrestation. Ces gens sont intouchables parce qu'ils rançonnent la police

"En février, les zama-zamas ont déjà violé 3 jeunes filles de notre petite communauté. On a déposé plainte à la police, mais il n'y a pas eu d'arrestation. Même quand on va faire nos courses, ils nous soutirent de l'argent ! Ces gens sont intouchables parce qu'ils rançonnent la police". Lui-même a ont été attaqué en mai : "Ils ont pointé un revolver sur moi et ont volé mon téléphone. Un voisin, qui a entendu un enfant crier, et est sorti de chez lui et ils l’ont tué. La police a mis deux heures pour arriver. On espère que, suite au viol collectif, la situation va enfin changer !".

30.000 mineurs clandestins

Environ 30.000 mineurs clandestins opèrent dans les quelque 4.000 mines abandonnées du pays. Ils sont organisés en gangs, parfois lourdement armés, qui s’entretuent pour le contrôle des mines et le marché très lucratif du vol des câbles en cuivre.

"Ils sont actifs depuis une quinzaine d’années", précise Willem Els de l’Institut des études de sécurité à Pretoria. Ancien policier, lui-même a participé à des opérations contre eux en 2007. "Ils piégeaient l’entrée des mines et nous jetaient des grenades artisanales. Il n’y a pas eu de volonté politique de lutter contre eux et la situation est devenue intenable", indique-t-il.

Selon lui, il faudrait aussi mieux contrôler les prêteurs sur gage, qui légalisent l’or clandestin en le mélangeant avec l’or fondu des bijoux : "À cause du manque de contrôle, on dit que même l’or illégal du Congo, exporté par le Rwanda et l’Uganda, transite par l’Afrique du sud pour être blanchi"

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