Belgique

Agressions sexuelles dans des bars : "Ce tribunal médiatique n’est que le résultat des défaillances judiciaires"

Les invitées de Matin Première: Maité Meuus et Caroline Poiré

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31 mars 2022 à 07:37 - mise à jour 31 mars 2022 à 13:14Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base de l'Invité de Matin Première de Thomas Gadisseux

Le magazine #Investigation de ce mercredi était consacré aux violences sexuelles dans le monde de la nuit. Plusieurs témoins affirmaient avoir été drogués puis agressés sexuellement dans différents bars bruxellois. Une enquête qui rappelle la nécessaire libération de la parole, tout comme le travail complexe des autorités judiciaires.

Lors de cette enquête, plusieurs témoignages ont présenté Carl De Moncharline, un personnage connu de la nuit bruxelloise, comme un agresseur sexuel. Sur son compte Instagram à l'origine du mouvement #BalanceTonBar, Maité Meuus avait eu écho de ces agressions présumées. "Il y a des noms de prédateurs qui se retrouvent mentionnés à plusieurs reprises dans différents témoignages", confiait-elle à #Investigation.

Mais malgré la multiplication des témoignages, les choses n’ont pas bougé. Une lenteur que Maité Meuus ne s’explique pas. "C’est ma grande question. Il y avait déjà une grande omerta autour de ce personnage. Enormément de personnes savaient et connaissaient ses pratiques sans que rien ne bouge. Il y a pourtant déjà eu des plaintes à son encontre."

De son côté, l’avocat de Carl de Moncharline affirme que son client aurait un casier judiciaire vierge et n’aurait jamais eu à répondre de quelque atteinte de ce type.

Quid du monde judiciaire ?

Alors, la justice prend-elle la mesure du phénomène ? Les choses sont-elles en train de bouger dans le monde judiciaire ?

Caroline Poiré, avocate spécialisée dans ces matières, constate un changement au niveau des mentalités. "Que ce soit au niveau judiciaire mais aussi au niveau politique. On l’a vu par la réforme du Code pénal sexuel : il y a une volonté de faire des violences sexuelles une priorité."

Reste que, selon elle, les témoignages sur les réseaux sociaux peuvent parfois complexifier le travail de la justice.

En effet, les enquêteurs et magistrats se révèlent parfois frileux. "Cela se traduit par une crainte de disparition des preuves au niveau de l’enquête. Et l’impossibilité, peut-être, d’obtenir des éléments de preuve qui permettront un jour de faire renvoyer ces dossiers devant les tribunaux."

Ce tribunal médiatique n’est que le résultat des défaillances judiciaires

Toutefois, l'avocate insiste : "ce tribunal médiatique n’est que le résultat des défaillances judiciaires." Et, à ses yeux, c'est à l'institution judiciaire d'être le réceptacle des plaintes.

Par ailleurs, Caroline Poiré estime qu'il ne sera possible de sortir du principe de "parole contre parole" que si les enquêtes judiciaires deviennent beaucoup plus étayées. "Il va falloir élargir l’arsenal des preuves : ne pas se limiter à l’audition de la plaignante et l’audition du témoin."

"Ce qui m’étonne, c’est que lorsqu’il y a une dénonciation dans le cadre d’un trafic de stupéfiant ou une dénonciation de la cellule de traitement des informations dans des dossiers de délinquance financière, on ne remet pas en doute." Au contraire, un arsenal de technique d’enquête est rapidement mis en place.

"Dans ces dossiers de violences sexuelles, on va plutôt se centrer sur la parole de la plaignante et de déterminer si elle est crédible plutôt que de déployer des techniques d’enquêtes."

La prescription

A noter que la question de la prescription joue également dans l’entreprise – ou non – d’une enquête. En effet, dans le cas d’un viol sur majeur, les délais de prescription d’origine sont de 10 ans. Mais le viol, même s’il s’agit d’un crime, est correctionnalisé, ce qui fait tomber la prescription à cinq ans.

"Le problème, c’est que le parquet anticipe sur cette correctionnalisation et décide, dès lors, pour des questions budgétaires, de ne pas enquêter sur ce type de dossier si la plainte est déposée au-delà de ces délais de cinq ans", dénonce également Caroline Poiré.

Alors, quid des mesures suffisantes mises en place pour lutter contre les agressions sexuelles dans les bars ? Sont-elles suffisantes ? Maité Meuus rappelle qu'il ne suffit pas de solutions de "pansement". "On s'attaque à un problème qui a vraiment besoin d'une réponse de fond et un changement de mentalité profond", conclut-elle. 

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