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Agriculture bio à la haute école de Ciney : menacée, la section cherche des solutions pour survivre

Les cours ont enfin repris pour les élèves de la spécialisation en agriculture biologique.

© Louis Matagne

C’est une rentrée des classes qui aurait pu ne pas avoir lieu. A Ciney, l’école provinciale d’agronomie organise depuis 2015 une année de spécialisation en agriculture biologique, unique en Wallonie. Objectif : former les futurs acteurs du secteur bio, que ce soient des agriculteurs, des experts ou encore des certificateurs. Mais la formation n’a jamais réussi à décoller. Il lui faudrait 15 inscrits pour être rentable, et elle n’en a jamais compté plus de 10. Cette année, sa suppression a même été envisagée.

Soulagement pour les élèves

Finalement, la Province a décidé de maintenir sa section, encore une année, avec dix étudiants. "C’est un soulagement", témoigne Julien, étudiant inscrit depuis l’été. Après trois années de bachelier en agronomie, il rêve de reprendre une exploitation et de travailler en bio. "C’est un domaine complexe, qui demande pas mal de compétences et de connaissances, que nous n’avons pas apprises en bachelier. Je viens de la région de Herve, mais cette spécialisation n’existe pas ailleurs, donc il a bien fallu que je me déplace." A côté, Florine, diplômée en agronomie, est tout aussi soulagée de pouvoir poursuivre sa formation. Elle se lance par conviction, pour devenir conseillère en agriculture biologique. "J’ai vraiment envie de diminuer tout ce qui est industriel, de travailler dans l’optique de moins appauvrir les sols, en se focalisant sur ce que la nature peut nous apporter."

Le bâtiment de l’école provinciale d’agronomie, situé à Ciney, où se donne la spécialisation en agriculture biologique.
Le bâtiment de l’école provinciale d’agronomie, situé à Ciney, où se donne la spécialisation en agriculture biologique. © Google

Une image à travailler

Les étudiants viennent des quatre coins de la Wallonie, mais ils sont peu nombreux. Comment l’expliquer ? La Haute école évoque d’abord un manque de visibilité et de communication. "Deux personnes viennent de nous rejoindre, elles nous confient qu’elles n’avaient jamais entendu parler de cette spécialisation" explique Thibault Fiasse, directeur du département agronomie. Et puis il y a le format : l’année de spécialisation est accessible à des personnes ayant déjà un diplôme, et minimum trois années d’étude derrière elles. "Beaucoup d’étudiants préfèrent déjà rejoindre le monde du travail, au sein d’une exploitation agricole ou ailleurs, plutôt que de repartir pour une année d’étude." Enfin, il y a l’image du bio, qui reste, paraît-il, parfois négative, notamment auprès de certains jeunes agriculteurs. "Il y a une méfiance et peut-être des a priori", nous explique ainsi Juliette, étudiante en 3e année de techniques agricoles, et qui envisage de s’inscrire en agriculture biologique l’année prochaine. "Conduire une culture en bio présente des difficultés particulières, la certification semble difficile à atteindre, les revenus ne sont pas les mêmes."

"Je pense que, parfois, le bio est perçu comme quelque chose de peu professionnel", explique de son côté Nicolas Luburic, coordinateur de la spécialisation en agriculture biologique à Ciney. "Pourtant, c’est quelque chose de très structuré et professionnel. Les étudiants s’en rendent compte quand ils visitent des exploitations actives dans le bio, et c’est quelque chose sur lequel il faut continuer à communiquer."

Actuellement, 15% des fermes wallonnes pratiquent l’agriculture biologique.
Actuellement, 15% des fermes wallonnes pratiquent l’agriculture biologique. © Getty image

Changer la formule ?

Dans ce contexte la haute école réfléchit à revoir la formule, pour attirer plus de monde et répondre aux attentes du plus grand nombre. Des modules de formation continue pourraient par exemple voir le jour. Ou Le bachelier en techniques agricoles pourrait intégrer la formation en agriculture biologique.

"En tout cas, Le secteur est en demande de professionnels, et nos étudiants trouvent du travail en sortant. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons créé la section en 2015, et que nous y croyons toujours", analyse Nicolas Luburic.

En dix ans, près de 1000 exploitations agricoles se sont lancées dans l’agriculture biologique. Actuellement, 15% des fermes wallonnes sont concernées.

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