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Cyclisme

Alessandro Tegner: "Le rose du Giro, c'est la passion, le parfum, le bruit, la famille…"

03 oct. 2020 à 07:00Temps de lecture4 min
Par Samuël Grulois

Le 103ème Tour d'Italie cycliste, qui aurait dû s'élancer le 9 mai dernier de Budapest, en Hongrie, débutera finalement ce samedi en Sicile. Quatre étapes sont programmées sur l'île dont un contre-la-montre individuel de 15 kilomètres ce samedi entre Montreale et Palerme. Les favoris pour la victoire finale ont pour noms Geraint Thomas (le Britannique privé de Tour de France et revanchard), le héros transalpin Vincenzo Nibali (lauréat en 2013 et 2016), le Colombien vainqueur d'étape sur le Tour Miguel Angel Lopez, son équipier danois chez Astana Jakob Fuglsang, le Néerlandais troisième de la Grande Boucle 2019 Steven Kruijswijk ou encore le Britannique jumeau d’Adam, Simon Yates.

Dans le contexte sanitaire que l'on connaît, les tifosis se réjouissent évidemment que ce Giro ait bel et bien lieu car, même si le football reste la discipline-reine en Italie, le cyclisme est clairement le deuxième sport le plus populaire du pays. Samuël Grulois a évoqué cette légendaire passion italienne pour le vélo avec Alessandro Tegner, l’efficace et toujours souriant responsable "marketing et communication"… italien de l’équipe belge Deceuninck-Quick Step. Quand Ale parle de son pays, et surtout du cyclisme dans son pays, il le fait avec le cœur. Un ‘Italiano vero’… un vrai Italien !

Alessandro, comment vous est venue cette passion pour le vélo ?

" Mon premier souvenir lié au cyclisme, c’est une étape du Giro à laquelle j’ai assistée dans les Dolomites avec mon grand-père et mon père. J’étais tout petit, j’avais cinq ou six ans. Je vois encore l’image des mains de mon grand-père me mettant sur la tête un chapeau rose de la Gazzetta dello Sport. C’est là que tout a commencé pour moi, l’amour pour ce sport, le fait que désormais je fais un boulot lié à une passion. La couleur rose représente à mes yeux la passion, le parfum, le bruit, ma famille… parce que je revois les mains de mon grand-père et le visage de mon papa qui me dit " Alors, tu l’aimes bien cette casquette ? ". Je suis peut-être un peu trop romantique mais chaque jour je dis… merci ! "

Si je vous demande de choisir entre le rose (du Tour d’Italie) et… le jaune (du Tour de France), vous optez pour quelle couleur ?

" (Il rigole) Ça, ce n’est pas une bonne question ! Je dirais… que ça dépend les moments ! "

Il y avait ‘Chiappucci la grinta’ et ‘Bugno la classe’. Idem avec ‘Saronni le professeur’ et ‘Moser le mec de la terre’. C’était extraordinaire ! Ces rivalités ont construit l’histoire du cyclisme car c’est ce que le public aime. C’est un peu plus difficile à notre époque.

Adolescent, vous avez donc été bercé par le cyclisme des années 90…

" Oui, les années 90 sont pour moi les années les plus importantes du cyclisme italien. Tout le monde était amoureux de Chiappucci et de Bugno, tout le monde appréciait leur grande rivalité. Je pense que l’amour pour le cyclisme est toujours bien là en Italie. On a d’ailleurs quelques beaux champions en exercice. Mais ce qu’il nous manque, c’est une grande rivalité. Ça, ça marche toujours dans mon pays. Dans la société italienne, tu as souvent le yin et le yang. Il y avait ‘Chiappucci la grinta’ et ‘Bugno la classe’. Idem avec ‘Saronni le professeur’ et ‘Moser le mec de la terre’. C’était extraordinaire ! Ces rivalités ont construit l’histoire du cyclisme car c’est ce que le public aime. C’est un peu plus difficile à notre époque : on a de chouettes champions comme Nibali, Aru, Trentin mais on a besoin de quelqu’un d’autre à côté de Trentin par exemple, quelqu’un d’autre capable de concurrencer Nibali mais avec une autre personnalité que lui… un ‘flamboyant Italien’ face au ‘normal Nibali’ ! "

Felice Gimondi est décédé il y a un peu plus d’un an. Au moment de sa mort, on a eu cette impression que l’Italie retrouvait son cyclisme, que la disparition d’un de ses champions lui rappelait qu’elle était amoureuse du vélo…

" C’est vrai ! J’étais triste et en même temps content de voir cet amour pour le cyclisme et pour Gimondi dans mon pays. Tous les journaux ont titré sur ce décès, tout le monde en parlait dans les bars. C’est vraiment une petite pièce de l’histoire de l’Italie qui disparaissait pour toujours. Moi, je suis certain que mes compatriotes aiment encore le vélo ! Quand quelque chose fait partie de la culture d’une nation, il est impossible que ce ‘quelque chose’ s’efface complètement. "

Le Giro d’Italia, c’est un peu comme le caractère des Italiens avec des pics, des rebonds, des moments inintéressants suivis de moments extraordinaires !

Même si le cyclisme italien connaît une petite crise des vocations, le Giro reste un rendez-vous incontournable…

" Ah oui, mais ça c’est l’histoire ! C’est incroyable l’amour qu’ont les Italiens pour cette course. Le Giro d’Italia, c’est un peu comme le caractère des Italiens : c’est la seule épreuve au monde avec des pics, des rebonds, des moments inintéressants suivis de moments extraordinaires dans la dernière semaine. On ne sait jamais vraiment qui peut gagner jusqu’aux derniers instants. C’est fantastique et c’est surtout grâce à la qualité de nos parcours. En Italie, chaque virage peut être décisif, chaque petite montée peut faire basculer la course. Souvenez-vous quand Froome a gagné le Giro en 2018… il avait attaqué à 80 kilomètres de l’arrivée d’une étape ! Ce sont des choses que tu ne vois pas sur les autres courses. Mais bon, le Tour de France c’est le Tour de France, la plus grande course de la planète. Les favoris y sont plus attentistes parce qu’il y a le prestige de gagner le Tour ! Mais je reste convaincu que la grande différence entre les deux courses, c’est d’abord la répartition sur le territoire des étapes de montagne. C’est du business et nous avons besoin d’une épreuve qui est en dehors du sport cycliste. Le Tour de France, c’est ça, une course qui est hors du cyclisme ! Et on en a besoin pour faire grandir les autres courses parce que tout le monde regarde la Grande Boucle. "

Finalement, que préfèrent les coureurs ? Le Giro ou le Tour ?

Tout le monde dit toujours que le Giro et la Vuelta sont fantastiques, que ce sont des courses moins stressantes que le Tour. Mais si tu trouves un seul coureur qui affirme ne pas vouloir rouler le Tour de France, moi je te dis que c’est un menteur ! Ils veulent tous disputer l’épreuve la plus importante du calendrier. Autre exemple : toi comme journaliste tu veux aussi couvrir le Tour de France, non ? (NDLR : Il a évidemment raison)

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