Politique

Alexander De Croo à Jeudi en Prime : "Je suis tout à fait conscient qu'on n'a pas une solution qui résout tout pour tout le monde"

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Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open Vld) était l'invité de l'émission Jeudi en Prime, sur la Une.  

Cet après-midi, à la Chambre, les députés ont voté la confiance au gouvernement qui vient de boucler son budget pour 2023 et 2034.

Les mesures d'aides aux ménages et aux entreprises sur fond de flambée des prix de l'énergie et d'inflation élevée étaient au centre de la discussion.

Pourquoi le gouvernement ne bloque-t-il pas les prix de l'énergie?

Le gouvernement a présenté, mardi, son budget pour l'année prochaine.  Il a prolongé des mesures d'aides, ajouté de nouveaux chèques.   Par contre, pour le plafonnement des prix de l'énergie, réclamé notamment par l'opposition, il faudra attendre l'Europe.  C'est ce que, du côté du gouvernement, on ne cesse de répéter.  Mais qu'est-ce qui empêche la Belgique d'avancer en solo sur cette question?

A cela, le Premier ministre répond que "ce qu'on fait en Belgique, c'est une forme de plafonnement". "Quand on prend le paquet de base (ndlr : les 61€/mois pour l'électricité et les 135€/mois pour le gaz de novembre à fin mars), c'est un paquet d'un nombre de Kwh qui est vendu à un prix réglementé. Le gouvernement intervient dans la différence entre le prix de marché et le prix régulé", explique Alexander De Croo.  

Pourtant, rien n'empêche légalement la Belgique de bloquer les prix de l'énergie, mais, répond le Premier ministre, "Il y a des pays où cela se prête mieux. L'Espagne, par exemple, qui est d'un point de vue énergétique plus ou moins une île. Là, c'est faisable de faire un plafonnement des prix de l'électricité", explique Alexander De Croo.

Par contre, selon lui, en Belgique, c'est plus compliqué car le pays est très connecté à ses voisins européens. "Si on faisait un plafonnement du prix de l'électricité en Belgique, l'électricité se vendrait dans les pays voisins où les prix ne seraient pas au même niveau", explique le Premier ministre.  Et pire, "il y a un risque de black-out parce que l'électricité se vendrait à un autre endroit", ajoute-t-il. 

L'espoir pour voir baisser les prix, c'est l'Europe

Donc, estime le Premier ministre, un blocage des prix doit se faire en concertation avec les pays voisins. Il faudrait même "un plafonnement européen", selon Alexander De Croo qui attend beaucoup du prochain sommet européen où pourrait se décider un plafonnement du prix du gaz. "En mars, on était le premier pays à dire qu'on en aurait besoin. Aujourd'hui, on voit au minimum une vingtaine de pays qui sont sur la logique belge", explique Alexander De Croo. Cela dit, il faudra l'unanimité des 27 Etats membres de l'Union européenne pour qu'une décision européenne voit le jour.  Ce n'est pas encore gagné.  A ce sujet, le Premier ministre n'exclut pas que la majorité de pays européens en faveur d'un blocage des prix avancent seuls sur le sujet.

La Belgique aide-t-elle moins ses citoyens que l'Allemagne ou la France?

La France, pays voisin, a réussi à bloquer les prix  grâce à un bouclier.  L'Allemagne a aussi pris des mesures à coup de centaines de milliards.  La Belgique  n'a-t-elle pas les moyens de faire la même chose? Pour le Premier ministre, le gouvernement belge tient la comparaison. 

"Si on regarde la Belgique, on a un tarif social élargi depuis 18 mois, déjà avant la guerre en Ukraine", explique Alexander De Croo. "On a 5 milliards d'euros de mesures qu'on a prises cette  année juste en réduction de factures.  Si on regarde l'indexation automatique, aucun autre pays à part le Luxembourg ne l'a en Europe et là, c'est encore 10 milliards qui s'ajoutent", argumente le Premier ministre. "Si on compare à la taille du pays, on voit que tous les pays ont des mesures qui sont comparables", estime-t-il. "La différence, c'est qu'en Belgique, les mesures entrent en vigueur rapidement", ajoute Alexander De Croo. "En novembre, en décembre, vous aller avoir une réduction de votre facture et c'est étendu sur janvier, février et mars", poursuit-il.  

Le Premier ministre rappelle que ce forfait, un prix réduit pour une certaine quantité de gaz et d'électricité de novembre à mars, "c'est 1000 euros par ménage". 

De plus, "il ne faut pas sous-estimer que l'avantage du tarif social élargi, c'est quand même 7 à 8000 euros par an", ajoute Alexander De Croo.

Toutefois, continue le Premier ministre, "je suis tout à fait conscient qu'on n'a pas une solution qui résout tout pour tout le monde"

Et pour les prix des carburants? Le gouvernement pourrait-il faire plus?

Les prix des carburants à la pompe sont quasi toujours à la hausse. Le gouvernement est déjà intervenu en agissant sur les accises. Pourrait-il faire plus?

"On a réduit les accises d'une manière assez drastique", répond Alexander De Croo.  "On pourrait aller plus loin, mais la différence par rapport au prix global, ce n'est pas très grand", poursuit-il. 

Du côté français, le gouvernement a conclu des accords avec le secteur pétrolier pour limiter les prix. Et chez nous? "Je suis prêt à regarder comment aller plus loin, mais en Belgique, ce ne sont pas des firmes belges. On ne peut pas faire ce genre d'accords que les Français ont fait", ajoute le Premier ministre. 

"Malheureusement, il n'y a pas de solution facile", estime le Premier ministre. "J'entends des collègues politiques dire "y'a quà, y'a qu'à", mais si c'était facile, on le ferait", poursuit Alexander De Croo. 

Pour le Premier ministre, les mesures d'intervention, comme baisser les accises, "on doit le faire", mais "ce n'est pas la solution au problème de base".

La solution, pour Alexander De Croo, c'est de s'attaquer à la dépendance énergétique à la Russie. Chose qui, selon lui évolue. Si l'on prend l'exemple du gaz, il a été estimé que l'Europe pourrait se passer du gaz russe en 2026. Mais cela pourrait aller plus vite, selon Alexander De Croo. 

Les surprofits du secteur énergétique? "C'est normal qu'on les rende aux gens"

L'Europe a aussi dressé un cadre pour permettre aux Etats de capter les surprofits réalisés par les entreprises du secteur de l'énergie.  La Belgique a souhaité aller plus loin que ce que permet l'Europe, en taxant dès 130€/MWh alors que l'Europe a prévu de le faire à partir de 180€/MWh. La Belgique ne s'expose-t-elle pas à une contre-attaque juridique du secteur? Cela ralentirait l'arrivée de la manne des surprofits dans les caisses de l'Etat.

"Qu'il y ait des recours, cela ne nous étonne pas", répond Alexander De Croo.  "Et cela ne nous fait pas peur", ajoute-t-il. "On est convaincu qu'il y a un cadre juridique stable pour le faire (ndlr : capter les surprofits)"

Quant à l'argent récupéré grâce à la taxation des surprofits, il servira à financer les mesures d'aide. "C'est normal qu'on rende aux gens qui ont payé ces surprofits", répond Alexander De Croo. 

Jeudi en Prime

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