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Alexandre Grosjean : "On a peur que la prochaine fois il y ait un blessé grave ou même peut-être un mort"

06 déc. 2021 à 17:41Temps de lecture5 min
Par Jérôme Jordens avec Thierry Luthers

Le choc wallon entre le Standard et Charleroi de ce dimanche ne s’est pas terminé de la façon attendue. Excédés par l’humiliation subie face au rival (0-3) et les mauvais résultats récurrents, les supporters liégeois ont interrompu la rencontre en lançant des fumigènes sur la pelouse avant de monter sur le terrain.

Les dirigeants des Rouches ont décidé d’agir rapidement et ont pris des mesures fortes : fermeture du 1er étage de la tribune 3 (D3, E3, F3) et du 1er étage de la tribune 4 (E4) à partir du prochain match à domicile et jusqu’à nouvel ordre, arrêt de la vente de tickets pour les matches à domicile, interdiction de ventes de tickets aux groupes d’animations pour les matches en déplacement jusqu’à nouvel ordre.

Des mesures qui seront sans doute mal accueillies du côté des supporters mais qu’a défendues Alexandre Grosjean, CEO du Standard, au micro de Thierry Luthers : "Les mesures seront impopulaires mais je pense qu’il faut distinguer le fond de la forme. Je n’ai aucun problème à ce que les supporters soient mécontents. Je n’ai aucun problème à ce que les supporters puissent manifester leur désapprobation par rapport à des prestations sportives et c’est clair qu’hier le match n’était pas très heureux pour nos supporters. Par contre, au niveau de la forme, un stade de foot n’est pas une zone de non droit et on ne peut pas tout se permettre. Quand on agit comme un supporter, je n’ai aucun problème avec ça, on peut tout à fait l’accepter mais là ceux qui ont dépassé les limites n’ont plus agi comme des supporters".

Mais les dirigeants n’ont pas voulu mettre tous les supporters dans le même panier et c’est pour cette raison que les sanctions ne ciblent que certaines portions de tribunes : "C’est une infime partie du stade mais que je sache, chaque fois que des sanctions ont été attribuées à des clubs de foot, je n’ai jamais vu de sanctions individuelles puisque d’une part il faut identifier les fauteurs de troubles, nous, on les a identifiés en les localisant. Ces fauteurs de troubles viennent cagoulés, c’est une chose et on a essayé de cibler au maximum. C’est pour ça qu’on n’a pas sanctionné l’entièreté de nos supporters. Parce qu’heureusement, 95 à 98% de nos supporters se comportent normalement. Ce que nous voulons, c’est marquer le coup vis-à-vis de ceux qui dépassent clairement les limites. Et ce n’est pas uniquement hier soir, c’est l’accumulation des matches. Parce que je tiens à rappeler qu’il n’y a pas eu un match cette saison où on n’a pas eu une amende. Et pour des matches qu’on gagne comme des matches qu’on perd. Donc c’est quand même assez interpellant".

Des sanctions nécessaires

Néanmoins, le fossé n’est pas totalement creusé à entendre Alexandre Grosjean et la place pourrait même être au dialogue : "On est ouvert à la discussion pour tenter de trouver un terrain d’entente avec eux. La main est tendue, aussi bien du Standard vis-à-vis de la Famille des Rouches que la ville de Liège vis-à-vis des supporters également. On a pris cette décision en concertation avec la ville de Liège, avec les autorités. C’est quelque chose qu’on ne fait pas de gaieté de cœur mais je pense qu’il est ultra-important d’agir. C’est sûr que ce n’est pas très populaire mais les débordements d’hier étaient trop graves. Quelle va être la prochaine étape ? En voyant les supporters agir de la sorte, on a peur que la prochaine fois il y ait un blessé grave ou même peut-être un mort. Quand on voit que des supporters sont capables de lancer des fumigènes sur une tribune adverse, la limite se fixe où ? Je pose la question".

Présent au stade aux côtés de son président Bruno Venanzi, Alexandre Grosjean ne s’est pas senti en sécurité : "On n’a pas dû être exfiltrés. On est resté dans la tribune mais je crois qu’on n’est pas les seuls à avoir eu peur. Je pense que même Christine Schreder, sur le bord du terrain, a dû à un moment donné s’écarter et dans l’oreillette, on lui a conseillé de s’écarter. Quand on en vient à mettre en péril l’intégrité physique des gens, tous les gens qui travaillent ici au stade, les stewards, les journalistes, les supporters qui se comportent bien, nous-mêmes, ce n’est pas normal. Ici, ça doit être un lieu de fête. Un lieu où les adultes, les enfants, les familles ont du plaisir à se rendre. Et ce n’était pas le cas hier soir. Et ça, je le déplore fortement".

Si le Standard a déjà pris ses sanctions, il doit encore attendre celles que la Pro League va lui infliger : "On va voir quelles sanctions vont être attribuées et on acceptera les sanctions telles quelles parce qu’on doit les assumer. On verra comment elles seront attribuées au club mais nous, on n’a pas attendu d’avoir ces sanctions avant de prendre des mesures nous-mêmes, des mesures fortes. Je pense qu’elles ont été également saluées par la Pro League quand on leur a expliqué. En tant que club, nous devons prendre nos responsabilités. C’est le seul moyen de pression que nous avons à l’égard de ces individus que je n’ai même plus envie de qualifier de supporters".

Compréhension vis-à-vis des résultats sportifs

S’il déplore les débordements, Alexandre Grosjean est toutefois conscient que la situation sportive n’est pas bonne : "C’est pour ça que j’insiste sur le fond et la forme. Sur le fond, je n’ai pas de problème à ce que les supporters ne soient pas contents des prestations sportives et on peut les accepter et même tout à fait les comprendre. On travaille d’arrache-pied pour trouver des solutions. Mais ce n’est pas en agissant de la sorte et pas en ayant cette attitude-là que les supporters vont nous aider à sortir la tête hors de l’eau. J’en suis convaincu".

Le CEO des Rouches n’est cependant pas alarmiste et ne regarde pas encore vers la zone rouge : "La saison est longue. C’est vrai qu’on n’est absolument pas à un classement acceptable pour le Standard. Être aujourd’hui avec 20 points après 17 journées, ce n’est pas tolérable. Si je veux être optimiste, je dirais qu’on est à deux points de la huitième place mais c’est vrai qu’on pourrait dire également qu’on est trop bas dans le classement. De toute façon, le classement ne reflète pas le niveau et les attentes que les supporters peuvent avoir de leur club de cœur. Evidemment qu’on doit continuer à travailler là-dessus. On a un staff qui est concerné, avec lequel on travaille de manière extrêmement professionnelle au jour le jour. On a encore planifié des réunions de travail pas plus tard qu’aujourd’hui. Et cette semaine on va travailler d’arrache-pied. On ne va pas lâcher l’affaire et on va continuer à travailler pour améliorer les résultats".

La situation sportive couplée aux débordements de ce week-end ne va pas aider les Rouches à trouver le repreneur tant attendu et annoncé mais Alexandre Grosjean reste positif quant à l’issue de ce dossier : "Quand vous posez la question, d’une certaine façon vous y répondez. Parce qu’effectivement, attirer des investisseurs dans un club où on n’est pas capable de terminer le match, ce n’est jamais très heureux. Je le répète, si les personnes qui ont agi hier se considèrent comme des supporters, qu’elles agissent comme des supporters. Ce n’est pas comme ça qu’elles aideront leur club. C’est ce que je regrette vraiment amèrementC’est un dossier qui suit son cours. Plusieurs candidats sont à l’analyse pour l’instant. Les événements d’hier n’enlèvent en rien l’avancée des dossiers. Ce sont deux choses totalement différentes".

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