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Algorithmes et fortes personnalités : les clés de l’insolente réussite de l’Union saint-gilloise

Union 22: la folle saison des Jaune et Bleu

Episode 1: La Belle au bois dormant et son prince charmant

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"Personne dans le stade ne l’aurait cru. Personne, personne, personne ! Il y avait plus de chance de gagner à l’EuroMillions que de croire ça." A l’instar de Philippe Canion, habitué du parc Duden depuis sa plus tendre enfance dans les années '70, aucun supporter de l’Union n’aurait pu imaginer il y a seulement cinq ans que l’Union en serait là aujourd’hui.

►►► Cet article est issu de la série de podcasts Union 22 qui vous raconte et décortique la folle saison des Jaune et Bleu.

Dans la foulée du rachat du club en mai 2018, la nouvelle direction se fixe pour objectifs la montée en D1A dans les trois ans et une qualification pour la coupe d’Europe dans les cinq ans. Quatre ans plus tard, force est de constater que l’Union a brûlé les étapes, en s’adjugeant d’ores et déjà la phase classique, et par conséquent une place européenne pour la saison prochaine.

La Belle au bois dormant et son prince charmant

Après 48 ans à traîner sa nostalgie dans les divisions inférieures, l’Union sort de léthargie voici un an en assurant son retour au sein de l’élite.

"L’Union, c’est un peu la Belle au bois dormant et il a fallu trouver le prince charmant qui vienne la réveiller", glisse Pascal Scimè, journaliste sportif à la RTBF. "En l’occurrence, le prince charmant, c’est Tony Bloom, le nouveau propriétaire anglais."

Tony Bloom, en 2018, alors qu’il foule la pelouse du stade Marien pour la première fois : "J’adore déjà ce club et je suis fou de joie que ce soit le mien. Vous n’imaginez pas combien de temps j’en ai cherché un comme celui-ci sur le continent."
Tony Bloom, en 2018, alors qu’il foule la pelouse du stade Marien pour la première fois : "J’adore déjà ce club et je suis fou de joie que ce soit le mien. Vous n’imaginez pas combien de temps j’en ai cherché un comme celui-ci sur le continent." © TIM DE NEVE – BELGA

Ce quinquagénaire n’a rien d’un magnat du pétrole déconnecté du terrain. Homme d’affaires fortuné, Tony Bloom est un fan de foot : il connaît le milieu et est déjà propriétaire de Brighton, un club anglais qu’il a fait monter de la deuxième à la première division.

Le choix de l’Union n’était pas évident, les investisseurs ont vu le potentiel

Dès sa prise de pouvoir, Bloom place ses hommes de confiance. A la présidence, Alex Muzio, un Anglais trentenaire qui partage aujourd’hui son temps entre Londres et Bruxelles.

Pour la gestion quotidienne du club, Bloom confie les rênes à un autre trentenaire, le Belge Philippe Bormans, ancien directeur général de Saint-Trond : "Ils étaient à la recherche d’un club belge", raconte aujourd’hui Philippe Bormans. "Quand ils ont regardé le marché, il y avait pas mal de possibilités pour acheter moins cher un club de D1A. Mais ils voulaient absolument un projet pour le long terme. Le choix de l’Union n’était pourtant pas évident. C’était un club sans infrastructure, mal classé en D1B. Mais les investisseurs ont vu le potentiel."

Philippe Bormans, directeur général de l’USG.
Philippe Bormans, directeur général de l’USG. © Belga

Allô, allô, monsieur l’ordinateur ?

A la bonne intuition s’ajoutent des investissements financiers qui font entrer l’Union dans une autre sphère. Car Tony Bloom a les reins solides. Milliardaire, il a fait fortune comme joueur de poker. Une fortune qu’il fait ensuite fructifier en créant Starlizard, une entreprise spécialisée dans les données statistiques à destination notamment des sociétés de paris en ligne.

"C’est très important cette histoire de données statistiques et d’algorithmes sportifs", insiste Pascal Scimè, "parce que 90 à 95% du recrutement de l’Union est basé là-dessus. C’est assez révolutionnaire. Si vous avez besoin d’un attaquant, vous rentrez dans l’algorithme son âge, son profil ou son type de mentalité, qui est tout de même objectivable par certaines données. L’ordinateur va ensuite sortir quatre ou cinq noms, des joueurs que le directeur sportif va aller rencontrer en personne."

Un ordinateur qui scanne les joueurs, c’est donc la base du recrutement terriblement efficace de l’Union. Mais cette confiance dans les algorithmes se double d’entretiens approfondis réalisés par le directeur sportif de l’Union.

Recruter des joueurs, mais avant tout des hommes

Le succès de l’Union, c’est celui de "personnes qui n’ont pas cherché à faire des transferts bling-bling, qui ont parfaitement fait l’équilibre entre acheter des joueurs inconnus via les datas et trouver les bonnes personnalités : toute une série de joueurs un peu revanchards qui n’ont pas fait la carrière qu’ils espéraient", résume Jean-Michel Dewaele, sociologue du sport à l’ULB.

Prenez par exemple le Français Teddy Teuma, qui a longtemps travaillé dans la boucherie familiale avant d’accéder au foot professionnel. L’Union a beaucoup insisté pour le faire venir au parc Duden, s’y reprenant à deux fois. "Je ne dirais pas que je regrette de ne pas avoir signé six mois plus tôt, mais la vérité, c’est que m’engager à l’Union, c’est le meilleur choix de carrière que j’ai fait", explique l’emblématique capitaine des Jaune et Bleu dans cette interview.

On n’est pas sur la Playstation

Teddy Teuma, Deniz Undav, Siebe Van Der Heyden… : si ces noms sont aujourd’hui des références, les supporters de l’Union étaient nettement plus sceptiques au moment de leur arrivée. "Tout le monde s’est dit ‘mais qu’est-ce que c’est que ces algorithmes ?’ Le football, c’est réel, il y a un vestiaire, on n’est pas sur la Playstation", ironise Fabrizio Basano, supporter acharné depuis les années 1990. "Mais en fait, finalement, la direction arrive vraiment à intégrer la composante humaine."

Fabrizio Basano, en 2018, dans le stade Marien tout juste rénové pour répondre aux critères du foot professionnel.
Fabrizio Basano, en 2018, dans le stade Marien tout juste rénové pour répondre aux critères du foot professionnel. RTBF – Jérôme Durant

La composante humaine, la nouvelle direction veut aussi en tenir compte dans sa relation aux supporters. C’est ainsi qu’un supporter, en l’occurrence Fabrizio Basano, est membre à part entière du Conseil d’administration du club depuis un an, chose encore assez rare dans le foot belge.

"Le président Muzio voulait un représentant des supporters, quelqu’un qui partage leur point de vue", explique Fabrizio. "Cela concerne des choses très terre à terre comme le prix des tickets ou l’organisation des buvettes, mais aussi des grandes questions, notamment l’incontournable débat autour du nouveau stade."

Associer les supporters aux nouvelles ambitions, respecter l’histoire du club, ses traditions, son ancrage bruxellois malgré des capitaux étrangers et un effectif qui ne compte aucun joueur bruxellois : voilà quelques ingrédients du succès actuel de l’Union, sur le terrain comme dans les tribunes.

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