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On n'est pas des pigeons

Alimentation : vendre du vent ou préserver les aliments ?

Alimentation : vendre du vent ou préserver les aliments ?
05 nov. 2020 à 14:31 - mise à jour 05 nov. 2020 à 17:22Temps de lecture4 min
Par Olivier Corroenne

Le secteur alimentaire vend aussi de l’air ! L’exemple du paquet de chips est certainement le plus visible. Mais est-ce juste de l’air ? D’autres aliments sont parfois aussi " gonflés ". Comment ? Pourquoi ? Bref ! On a souvent l’impression de se faire pigeonner.

" On n’est pas des pigeons " vous livre quelques recettes qui vous permettront de faire la part des choses entre préservation des aliments et marketing. 

Apéritif : commençons par les chips !

Alimentation : vendre du vent ou préserver les aliments ?

Pourquoi y a-t-il autant de " vide " dans les paquets de chips ? Est-ce pour nous faire croire qu’il y en a énormément dans le paquet ? Pour nous tromper sur le volume ? Pas vraiment.

La mention " conditionné sous atmosphère protectrice " signifie qu’il y a du gaz, dans le produit, autorisé par la réglementation européenne.

Si la mention " conditionné sous atmosphère protectrice " est présente sur l’emballage, cela signifie qu’il y a, dans ce produit, un ou des gaz autorisé(s) par la réglementation européenne. Ils sont considérés comme des additifs. Ainsi, dans les paquets de chips, il y a très souvent et exclusivement de l’azote (E941). Il est inoffensif pour la santé humaine puisqu’il est présent à 80% dans l’air que nous respirons quotidiennement.

A quoi sert-il ? " En fait, l’état stable de l’azote permet de conserver à la fois le goût et le croquant du chips. Il sert également à former une sorte de matelas destiné à protéger les chips pour qu’ils ne soient pas trop écrasés durant le transport ", précise le professeur Antoine Clinquart, responsable du Laboratoire des Technologies des Denrées Alimentaires de L’Université de Liège.

Plat de résistance : un steak !

Alimentation : vendre du vent ou préserver les aliments ?

Mais, il poursuit : " la conservation des aliments peut aussi dépendre, non pas d’un seul mais d’une combinaison de gaz. C’est aussi autorisé par la législation européenne. ". C’est le cas pour la viande rouge, un steak, par exemple. L’atmosphère protectrice peut alors être composée de dioxyde de carbone et d’oxygène. Le dioxyde de carbone a un effet anti-microbien alors que l’oxygène permet de conserver une couleur rouge vif, plus agréable à l’œil du consommateur.

Ces aliments ne sont donc pas conditionnés " sous vide " mais bien sous " atmosphère protectrice ".

Le monoxyde de carbone donne l'impression que la viande est bonne à consommer alors qu’elle n’est plus fraîche du tout.

Par ailleurs, certains gaz ont été interdit par l’Europe. C’est le cas du monoxyde de carbone qui a la particularité d’être encore plus efficace que l’oxygène pour préserver la couleur rouge et fraîche de la viande mais …  " … il a été interdit parce qu’il pouvait induire le consommateur en erreur. L’aspect de fraîcheur peut en effet provoquer le sentiment chez le consommateur que la viande est bonne à consommer alors qu’elle n’est plus fraîche du tout ", poursuit Antoine Clinquart.

Un analyseur de gaz

Alimentation : vendre du vent ou préserver les aliments ?
Alimentation : vendre du vent ou préserver les aliments ?

Dans son laboratoire, Antoine Clinquart présente un analyseur de gaz. Il permet de distinguer et mesurer différents composants gazeux de l’atmosphère protectrice présents dans les emballages alimentaires . Il l’utilise à des fins de recherches. Cet appareil mesure l’oxygène et le dioxyde de carbone. Le troisième élément, c’est l’azote.

Un thé pour terminer ? Suremballé ou pas ?

On " vend du vide " au consommateur, le suremballage qui en résulte vise surtout à attirer l’œil dans les rayons !

Au-delà de la conservation des aliments, l’emballage peut aussi avoir un tout autre objectif. Nombre de producteurs l’ont bien compris, l’emballage, c’est une carte de visite. Il sert également à faire vendre. Alors pourquoi ne pas en remettre un peu pour présenter le produit au " meilleur de sa forme " ? C’est ce que l’ONG Foodwatch critique en lançant une pétition visant 7 produits. L’ONG assure que ces produits sont " remplis de vide ", que l’on " vend du vide " au consommateur et que le " suremballage qui en résulte vise surtout à attirer l’œil dans les rayons ". Un des produits visés : le thé vert bio pêche hibiscus de Lipton. Ce thé est contenu dans un emballage carton. Il y aurait 43% de vide.

Foodwatch pointe aussi du doigt d’autres produits : du taboulé, du basilic, des dés de saumon, des steaks de soja. Carrefour aussi est dans le collimateur avec un paquet de céréales " Crunchy " qui contiendrait 50% de vide. Contacté par Business Insider France, le distributeur concède que tout n'est pas encore parfait : "nous avons bien conscience qu'il reste des efforts à faire en travaillant avec nos partenaires fournisseurs de produits Carrefour "Plus spécifiquement sur le produit montré du doigt par l'association, les céréales "Crunchy au chocolat noir", Carrefour confirme : "nous travaillons actuellement avec le fournisseur pour réduire son emballage, notamment en le rendant plus étroit, tout en faisant en sorte que le produit reste compact et ne s'émiette pas".

L'enseigne tient également à rappeler ses "très forts engagements sur la réduction des emballages" avec l'objectif de "supprimer 10 000 tonnes d'emballages avant 2025". Selon elle, "ce sont 5 000 tonnes d'emballages qui ont d'ores et déjà été supprimés depuis 2018 "

Fostplus en ajoute une couche

Vous avez vu un emballage que vous ne trouvez pas responsable d'un point de vue environnemental ? Vous trouvez l'emballage trop imposant pour le produit ? Vous estimez qu'une quantité trop importante de matériau est utilisée ? Faites-le nous savoir... " c’est le message de Fost plus, l’organisme qui collecte et recycle des emballages ménagers. Il vous propose de vous exprimer, de lui signaler les emballages qui pourraient être améliorés et c’est ici !

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