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America : comment 3 folkeurs américains ont-ils conquis le Royaume-Uni ?

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04 déc. 2021 à 04:21Temps de lecture4 min
Par Laurent Rieppi

3 Américains débarqués en Angleterre…

America est le premier album du groupe du même nom, il sort fin de l’année 71 en Angleterre (et en Europe) et début 72 aux Etats-Unis et dans le reste du monde.

Avant d’entrer dans le vif du sujet et de parler de la réalisation de cet album, quelques mots sur les origines du groupe.

America est un trio formé en 1970 par 3 jeunes musiciens américains : Gerry Beckley, Dan Peek et Dewey Bunnell. Cependant, s’ils sont bien américains d’origine, ils vivent alors en Angleterre parce que leurs pères (tous les trois militaires) sont basés là-bas.

Un parfum de Crosby, Stills, Nash & Young

Partageant le même intérêt pour la musique, les 3 ados commencent à jouer ensemble sous le nom d’America : un nom qu’ils choisissent pour rendre hommage aux musiciens américains dont ils sont fans : Crosby, Stills Nash & Young, Joni Mitchell, Neil Young, James Taylor

Rapidement, les trois musiciens se font remarquer aussi bien par leurs jeux, que par leurs superbes harmonies vocales qui ne sont pas sans rappeler celles de Crosby, Stills, Nash & Young.

Warner les auditionne à Londres et se montre très convaincu par le résultat. Le label leur propose ensuite un contrat pour l’enregistrement d’un album.

Les 3 musiciens se rendent au célèbre Trident Studios de Londres (studio très prisé dans les 70’s) pour y boucler leur premier album.

A la production d’America on retrouve un certain Ian Samwell, alors reconnu pour avoir signé quelques tubes pour Cliff Richard.

L’ingénieur du son est Ken Scott, ingénieur et producteur de renom, qui a alors déjà travaillé avec David Bowie et travaillera également plus tard avec Supertramp et de nombreux autres artistes prestigieux.

Entre Ken Scott et Ian Samwell, le groupe est particulièrement bien épaulé.

 


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De gauche à droite : Gerry Beckley, Dan Peek (1950 - 2011) et Dewey Bunnell
De gauche à droite : Gerry Beckley, Dan Peek (1950 - 2011) et Dewey Bunnell Michael Putland/Getty Images

Bonne ambiance mais budget très serré

Même si le studio Trident est extrêmement bien équipé, à la pointe de la technologie de l’époque, sa disposition est un peu particulière.

En effet, la régie n’est pas située en face du studio d’enregistrement mais à un autre étage.

Situation peu pratique puisque de cette façon, les 3 musiciens se retrouvent isolés de l’ingénieur du son et du producteur (qu’ils ne voient même pas).

Ils doivent donc chacun enregistrer leurs prises et ensuite prendre l’ascenseur et rejoindre la régie pour entendre le résultat.

Si Warner aime beaucoup la musique d’America, ils ne sont certainement pas prêts à prendre de grands risques et le budget alloué à l’album est plutôt limité. L’album est ainsi enregistré en à peine 2 semaines.

2 semaines d’enregistrement intensif qui se déroulent dans une ambiance idéale.

Les 3 musiciens vivent alors leur rêve : ils sont en studio et enregistrent leur premier album.

L’ambiance en studio est très joyeuse. Un sentiment d’humilité règne alors chez les musiciens. Ils ne savent pas encore que l’album va marcher et qu’ils vont vendre de très nombreux exemplaires de celui-ci. Ils sont juste heureux d’avoir au moins réussi à enregistrer un album, et quoi qu’il arrive ensuite, ils auront au moins accompli ce rêve-là.

Naissance de l’inoubliable "A Horse With No Name" à la ferme…

 

"I Need You" est pressenti par Ian Samwell, le producteur, comme le premier single potentiel de l’album (c’est d’ailleurs le cas en Angleterre ou "I Need You" se classe dans le TOP 20).

Cependant, ce n’est pas suffisant pour Warner.

En effet, alors que l’album sort en Angleterre, Warner ne souhaite pas distribuer officiellement le disque aux Etats-Unis (des copies en import circulent cependant déjà depuis quelque temps). Warner refuse de sortir le disque pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas, selon eux, de titres assez puissants pour faire un bon 45 tours.

Warner envoie alors America dans une ferme du sud de l’Angleterre, une ferme dans laquelle on retrouve un petit studio démo, et demande aux musiciens d’enregistrer quelques 45 tours potentiels.

America passe une semaine à travailler sur de nouveaux titres.

De cette session sortent 4 nouvelles compositions dont "A Horse With No Name". Warner choisit ce titre et accepte alors enfin de sortir l’album aux Etats-Unis…

Les percussions de Ray Cooper

En plus du trio Beckley, Bunnell, Peek, on retrouve également sur cet album quelques musiciens invités. Parmi ceux-ci citons le guitariste David Lindley (qui deviendra ensuite le fidèle compagnon de route de Jackson Browne) ou encore Ray Cooper, le célèbre percussionniste (reconnu notamment pour son travail avec Elton John, les Stones etc.).

Cooper joue un rôle important sur ce premier album d’America. Avec ces nombreuses percussions, il donne une certaine couleur, une certaine chaleur supplémentaire aux compositions du groupe. A chaque fois qu'America est à la recherche de tel ou tel son de percussion, Cooper est là pour proposer l’une de ses très nombreuses palettes musicales.

Ray Cooper possède véritablement cette faculté de trouver quel son pourrait correspondre à tel titre. De plus, comme Ian Samwell et Ray Cooper se connaissent déjà depuis un petit temps, il y a une véritable complicité entre eux lors des sessions d’enregistrement, ce qui simplifie le travail.

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Grâce à l’énorme succès du 45 tours "A Horse With No Name", l’album America connaît une seconde jeunesse en Angleterre et est également un succès aux Etats-Unis.

America se voit inviter un peu partout, notamment à la célèbre émission de télévision britannique Top of The Pops (où ils partagent l’affiche avec, entre autres, les Bee Gees).

La voie est donc ouverte pour l’enregistrement d’un autre album (Homecoming qui sortira un an plus tard). America, l’album, est également une très belle opération commerciale pour Warner. Un album si peu coûteux qui remporte un tel succès est plutôt chose rare…

(L’article a été écrit par l’auteur en se basant sur une interview qu’il avait réalisé avec Dan Peek en 2006. Peek, qui nous a quittés en 2011, a aussi sorti un livre très intéressant sur ses années America : "An American Band : The America Story")

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