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Angela Davis à Bruxelles : rencontres et débats avec des associations engagées

Angela Davis à Bruxelles : rencontres et débats avec des associations engagées
22 avr. 2022 à 07:455 min
Par Marine Mélon pour Les Grenades

Militante pour les droits civiques, féministe, intellectuelle et auteure, Angela Davis lutte depuis toujours contre toutes les formes d’injustices et d’inégalités. Elle est connue pour son engagement sans faille dans tous ses combats.

Le lundi 25 avril, elle sera à Bruxelles pour discuter et débattre avec de jeunes militant·es, des associations de femmes et d’artistes engagées. L’après-midi, elle rencontrera, dans l’intimité, les membres des trois organismes à l’initiative de l’événement : PAC (Présence et Action Culturelles), Bruxelles Laïque et le Théâtre National Wallonie-Bruxelles. Le soir, quatre grands témoins de ces organisations viendront porter le débat, en présence du public.

Ex-membre des Black Panthers, recherchée par le FBI, emprisonnée et condamnée à mort puis finalement relâchée, candidate pour la vice-présidence en 1980 et 1984 pour le parti communiste américain, Angela Davis bouscule le système pour que les oppressions soient enfin visibles et que la société change.

Anticapitaliste et communiste, elle considère que le problème vient de l’organisation globale. En réaction à la mort de George Floyd, elle explique : "Le racisme est beaucoup plus que des habitudes individuelles. […] Le racisme est structurel, systémique, institutionnel."

Les femmes accompagnées par PAC, témoins et porte-voix des discriminations

Au sein de PAC, une quinzaine de femmes venant de différents collectifs se sont réunies pour préparer la rencontre. Des membres du Front de mères et du collectif Mémoire Coloniale, la militante féministe Irène Kaufer et l’avocate Selma Benkhelifa préparent cette rencontre ensemble depuis plusieurs semaines déjà.

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Avec Angela Davis, elles ont choisi d’aborder le thème des violences institutionnelles, au travers de plusieurs volets de leur quotidien : l’enseignement, la police, la prison, la politique migratoire et la justice. Depuis toujours, ces femmes font face à des discriminations, partout où elles vont. "Avec la discrimination, on se sent mal dans l’espace public. Ce sont des regards qui isolent et on aurait tendance à se renfermer." Il est essentiel pour elles d’en parler et de porter le débat sur la place publique. Selma Benkhelifa explique : " Les gens qui ne subissent pas ces discriminations ne sont pas au courant. Et même quand il y a un constat de ces discriminations faites par les institutions, rien ne bouge. Voire même, la situation s’aggrave."

Comment décloisonner les luttes ? Comment travailler avec d’autres groupes militants qui, parfois, ont des points de divergence avec leur lutte ? Comment faire comprendre aux dominants leur position et l’importance de laisser tomber leurs privilèges pour que tous les dominés ne soient plus discriminés ? Ces questions, parmi d’autres, elles les poseront à Angela Davis dans le courant de l’après-midi. Elles ont soif des conseils que pourrait leur apporter la militante, et elles espèrent aussi lui apprendre certaines choses.

Les jeunes de Bruxelles Laïque

Parmi la quinzaine de jeunes qui seront présents et représenteront Bruxelles Laïque, il y a Corentin de Maeyer et Júlia Ntumba Picamal. Tous les deux déjà très actifs au sein de l’ONG Défi Belgique Afrique, ils ont décidé de préparer la rencontre avec d’autres membres de Bruxelles Laïque.

Ensemble, ils ont regardé trois films au cinéma Palace. "I’m not your negro" de Raoul Peck, "What you gonna do when the world’s on fire ?" de Roberto Minervini et "Nos corps sont vos champs de bataille" d’Isabelle Solas. Ces séances ont ensuite été suivies d’un débat avec le public. Ils ont aussi eu l’occasion de visionner le film "Free Angela" et ça leur a permis "d’avoir un meilleur aperçu de la personne qu’est Angela Davis ", explique Júlia Ntumba Picamal.

Avec la militante américaine, ils et elles aborderont l’intersectionnalité et le militantisme de la jeunesse à Bruxelles. Comment prendre place dans la lutte, en tant que jeunes ? Ils aborderont également la question du genre, débattront sur les modèles marxistes et communistes pour savoir s’ils sont toujours applicables aujourd’hui, et tenteront de comprendre où on en est aujourd’hui. Ils sont enthousiastes d’avoir son regard sur les diverses thématiques et son expertise sur ces questions.

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Questionner la situation en Belgique

Les jeunes de Bruxelles Laïque vont aussi aborder le racisme et les inégalités sur le plan européen, belge et bruxellois. Mélani Jaftha, membre du Front de Mères, analyse que, dans notre société occidentale, "à force de dire 'on n’est pas raciste', on ne voit même plus le racisme."

Adriana Costa Santos, qui accompagne le groupe de travail de PAC, précise qu’au débat du soir, ils et elles parleront des questionnements des différents groupes sur les questions d’intersectionnalité. "C’est prendre le cas de la Belgique et le rapporter à la théorie." Selma Benkhelifa continue : "Quand on en parle, certains Belges ont l’impression que ça se passe ailleurs, dans d’autres pays. Mais bien sûr que le racisme est toujours présent en Belgique aujourd’hui. Comment ça se fait que ce soit toujours le cas ?"

"Le début de quelque chose"

Ces différents groupes de femmes réunies avec PAC comptent bien continuer à travailler régulièrement ensemble. Elles se définissent comme "Un groupe de femmes qui travaillent sur les violences institutionnelles dans la justice, le milieu carcéral, la police, la migration, et l’enseignement, dans une dynamique d’intersectionnalité de classe, de race, et de genre. Il s’agit de politiser ce qu’on veut individualiser."

À travers ce nouveau groupe, qui aura bientôt son propre nom, elles souhaitent mettre en place des supports vidéos ou autres qui pourront aider les personnes discriminées et tenter de faire convergence dans les luttes. Selma Benkhelifa explique que la rencontre avec Angela Davis " n’est pas l’aboutissement du travail de groupe, mais plutôt le début de quelque chose pour nous. On ne veut pas s’arrêter là."

Achaïso Ambali, fondatrice du média "La Diaspora Chuchote" et membre du Front de Mères, explique que ce rassemblement d’associations permettra également de trouver des allié·es hors Belgique, sur certains sujets.

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Ce nouveau groupe cherchera donc un moyen pour que les victimes de discrimination en Belgique soient entendues dans les médias internationaux. C’est le début d’une collaboration qui a de nombreux beaux projets en perspective.

Le groupe du Théâtre national est composé par le Comité des Femmes Sans Papier ainsi que Café Congo. Dans ce groupe, Henriette Essami impliquée dans la lutte pour la régularisation et la reconnaissance des droits de personnes sans-papiers au travers de l’occupation de bâtiments vides ou abandonnés à Bruxelles (principalement) et à Liège/Verviers, sera une des grandes témoins de la soirée et échangera avec Angela Davis sur les stratégies pour la défendre et faire reconnaitre les droits des personnes sans papier.


Informations pratiques

La conversation avec Angela Davis aura lieu le 25 avril, à 20h30 au Cirque Royal de Bruxelles. Malgré un changement de lieu pour accueillir plus de personnes, la conférence est déjà complète. Elle sera animée par Safia Kessas, journaliste, autrice et réalisatrice belge, et se déroulera en anglais, avec une traduction en français, en néerlandais et en langue des signes.


 

Cet article a été écrit lors d’un stage au sein de la rédaction des Grenades.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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