Annuler les dividendes octroyés par les entreprises : une fausse bonne idée

L’état est actionnaire de BNP Paribas, dont il détient 7,7% du capital. On parle d’un manque à gagner de 300 millions si les dividendes ne sont pas distribués.

© Thierry Roge, Belga

01 avr. 2020 à 06:05Temps de lecture2 min
Par Amid Faljaoui

Le gouvernement de Sophie Wilmes est en train de découvrir que, parfois, le mieux est l’ennemi du bien. À sa décharge, je dois reconnaître que ce n’est pas qu’en Belgique que les ministres découvrent ou redécouvrent qu’une proposition en apparence sympathique aux yeux et oreilles du public est parfois dangereuse en pratique. C’est par exemple le cas avec toute cette volonté d’annuler les dividendes octroyés par les entreprises, et les banques en particulier. L’idée qu’il y a derrière est très simple : nous traversons tous une crise immense, inédite et il faut se serrer les coudes. Autrement dit, il n’est pas question que les banques, par exemple, distribuent des dividendes à leurs actionnaires, alors que la banque centrale européenne a mis en place un soutien massif de ces banques. Et de même, est-il normal que l’État aide des entreprises et les soutienne, alors que ces mêmes entreprises continuent de verser des dividendes à leurs actionnaires ? Évidemment, c’est invendable aux citoyens et les syndicats auraient rapidement dénoncé ce jeu de dupes.

Mais ça, c’est pour l’idée, généreuse en soi, mais qu’en est-il dans la pratique ? Comme toujours le réel est plus complexe : l’État belge vient de comprendre que cette annulation des dividendes va se traduire par un manque à gagner de 2,7 milliards d’euros. C’est énorme et c’est logique, car ces dividendes versés aux actionnaires subissent un précompte mobilier, qui n’ira donc pas dans les caisses de l’État fédéral. C’est donc de l’argent en moins à distribuer à la population. L’État a déjà vécu cette mauvaise expérience de façon miniature l’an dernier. À l’époque, le brasseur belge AB InBev avait décidé de réduire de 50 % le montant de son dividende. Je rappelle qu’AB InBev est la plus grosse société cotée en Bourse de Bruxelles. Et cette amputation du dividende s’est immédiatement traduite par une perte de 350 millions d’euros pour l’État belge.

La réalité s’interpose

Et puis, si l’idée est belle, il faut aussi se rappeler que l’État est lui-même aussi actionnaire. D’abord de BNP Paribas, dont il détient 7,7 % du capital. Et là aussi, on parle d’un manque à gagner de 300 millions. La même chose pour Proximus et Bpost, dont l’État détient à chaque fois 50 % du capital : des dividendes annulés, c’est du beurre en moins dans les épinards de l’État fédéral. Et il reste encore à savoir ce que va décider la direction de Belfius, qui se réunit ce jeudi. Je rappelle que l’État est actionnaire à 100 % de Belfius et qu’on parle de montants de l’ordre de 100 millions.

Bref, une fois de plus, tout ceci montre qu’entre les belles idées et leurs mises en œuvre pratiques, la réalité s’interpose. Cela dit, l’interdiction de distribuer des dividendes s’impose aussi auprès des entreprises de manière naturelle, car elles n’ont pas besoin qu’on leur dise qu’elles doivent garder cet argent pour les jours plus difficiles. Mais il faut aussi garder à l’esprit que l’actionnaire n’est pas l’image d’Épinal qu’on s’en fait, un homme riche et fumant le cigare. Non, l’actionnaire, c’est vous et moi, au travers de nos SICAV ou de notre assurance vie ou de notre épargne pension qui, je le rappelle, sont autant d’instruments financiers qui vivent aussi des dividendes versés par les sociétés cotées. Autrement dit, l’actionnaire, c’est aussi le salarié et le consommateur. Les trois casquettes ne sont pas incompatibles, mais encore faut-il en être conscient !

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