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Applications de santé : quand la technologie peut faire le lien entre le patient et le soignant

18 janv. 2022 à 05:00Temps de lecture4 min
Par A. Lo.

De nombreuses applications santé nous proposent de nous accompagner dans nos vies, que ce soit pour nos activités sportives, notre régime alimentaire, suivre notre cycle menstruel, mieux gérer nos émotions, mieux se rétablir d’une opération, analyser des symptômes : un marché qui semble lucratif, vu le nombre d’entre elles qui existent déjà, et se créent chaque jour, tout spécialement dans le domaine de la santé mentale.

Des qualités très variables

"C’est devenu impossible de recenser le nombre d’applications qui concernent les problèmes de santé mentale, nous explique Gaëtan Absil, enseignant anthropologue à l’HELMO. Au-delà des troubles diagnostiqués, il peut y avoir tout ce qui est mal-être, tout ce qui est application du sommeil peut y rentrer. On peut avoir une offre très très large avec des qualités très différentes de recherche. Parfois, l’application se développe dans l’entreprenariat, avec moins de contacts avec le monde médical. Et la manière dont elle est promue, lancée sur le marché, n’embarque pas les standards de qualité nécessaires à la faire reconnaître comme un dispositif médical". Et de comparer avec les médicaments retrouvés en pharmacie et parapharmacie. Un site internet répertorie les applications vérifiées par des experts de la santé, en toute transparence.

Au-delà de la légitimité thérapeutique des applications, Gaëtan Absil soulève une question intéressante dans la démarche de développement de ces applications : "On pourrait aller vers des applications créées en collaboration avec les professionnels de la santé, mais aussi les patients. J’ai par exemple un patient qui m’expliquait qu’il ne voulait pas avoir une interface complexe pour son application en cas de crise d’angoisse : un gros bouton bleu pour appeler une aide suffit."

Thérapies mixtes et objets connectés

L’intérêt de ces applications, c’est qu’elles sont installées sur un appareil qui nous suit partout… Et peut donc servir d’outil au thérapeute, dans le suivi du patient. "On peut aller vers des systèmes de thérapies mixtes, un mélange entre le soignant et l’application, avec une technologie plus ou moins poussée : ça va de l’application qui sert de point d’écoute à une intelligence artificielle qui capte une série d’informations sur la personne. Expressions faciales, champs lexicaux, hauteurs de voix : l’IA analyse ces données, les met en correspondance avec les bases de données existantes, pour monitorer l’état de la personne et ainsi prodiguer des conseils ou contacter un professionnel. Je ne sais pas si ces applications existent déjà, mais elles sont en cours de développement."

On peut même aller un pas plus loin : exit le smartphone, le futur est aux objets connectés (nous dit le patron de Google). Autour de nous, ils pourraient opérer un monitoring très fin de nos comportements et habitudes de consommation. "On aurait une balance connectée pour suivre un régime alimentaire, ou des objets connectés qui pourraient estimer notre consommation d’alcool, dans le cas des personnes présentant une dépendance."

Mais si ces scénarios sont réservés à un possible futur, plus ou moins proche, déjà dans notre présent se pose la question : que font ces applications de nos données de vie quotidienne ?

Que font-elles de nos données ?

Les applications médicales, qui viennent aider les professionnels de la santé à mieux suivre leur patient, sont celles qui gèrent les données les plus sensibles. Elles doivent donc faire l’objet d’une validation par les autorités publiques, et sont disponibles via la plateforme mHealth. Cela permet de s’assurer de la protection des données, et d’intégrer efficacement ces applications dans le système de santé belge (une volonté du dernier plan eSanté du fédéral).

Si l’on prend la définition d’application de santé au sens plus large, la réalité est plus complexe.

Une étude parue en mars 2021 a scanné plus de 20.000 de ces applications de santé (les mHealth) du Play Store de Google (Android), en analysant leur usage des données. Sans grande surprise, l’étude des chercheurs australiens montre que 88% de ces applications récoltent et traquent nos données, et donc peuvent potentiellement les partager. Mais seules 4% les transfèrent à une tierce partie directement depuis l’application. Presque un quart d’entre elles ont accès aux données de localisation des bornes télécoms, permettant ainsi de déterminer la position géographique de l’utilisateur.

Un point plus inquiétant : presque un tiers d’entre elles ne proposent pas de politique de confidentialité, alors que c’est obligatoire dans le règlement du Play Store. Sur celles qui le proposent, 25% violent les termes de ce document, en transmettant des données qui n’y sont pas spécifiées. Quand on sait que ces données d’identification peuvent alors être reliées à des données de santé, les auteurs de l’étude recommandent aux utilisateurs d’être bien vigilant sur les données récoltées, et aux professionnels de la santé de bien connaître les applications santé qu’ils pourraient recommander.

Heureusement, l’utilisateur a quand même en partie son mot à dire sur les données que peut récolter l’application : en allant dans les paramètres de celles-ci, on peut désormais facilement refuser l’accès à la caméra, au microphone, aux contacts, différents capteurs… Vérifiez donc bien à chaque installation si l’application (qu’elle soit santé ou non) n’utilise pas plus de permissions qu’elle n’en a besoin.

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