Belgique

Après avoir vu son action suspendue en Bourse, la Banque Nationale de Belgique annonce qu'elle sera en déficit cette année

© Belga - Herwig Vergult

21 sept. 2022 à 15:35 - mise à jour 21 sept. 2022 à 19:45Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet, avec C. Defoy

Le cours de l’action de la Banque Nationale de Belgique a été suspendu ce mercredi avant l’ouverture de la Bourse, dans l’attente de la publication d’un communiqué. En fin d’après-midi, le suspens a pris fin.

La Banque Nationale de Belgique, cotée en Bourse, devait informer les marchés sur sa santé financière. C’est l’annonce faite mardi par la DNB, la banque nationale des Pays-Bas, de résultats financiers négatifs en 2022 et de pertes importantes attendues en 2023 et 2024 qui avait jeté le trouble.

Sans pouvoir donner de précisions sur l’ampleur des pertes, la Banque Nationale de Belgique confirme que ses résultats seront négatifs cette année et que les pertes s’alourdiront les années suivantes. Cela s’explique essentiellement par la politique de relèvement des taux d’intérêt décidée par la Banque Centrale Européenne afin de juguler l’inflation.

En cause, le contexte européen de relèvement des taux d’intérêt

C’est le contexte actuel de relèvement des taux d’intérêt décidé par la Banque Centrale Européenne qui pèse sur les résultats de la Banque Nationale.

Récemment, après des années de taux bas, la BCE a décidé d’inverser la tendance pour lutter contre l’inflation en espérant ramener cette dernière à 2%. Le 8 septembre dernier, le Conseil des gouverneurs de la BCE a ainsi décidé de relever une nouvelle fois les trois taux d’intérêt directeurs de la BCE de 75 points de base.

Aujourd’hui, la Banque Nationale de Belgique souligne que "les récentes évolutions sur le plan de la politique monétaire, et notamment les relèvements successifs, de respectivement 50 et 75 points de base jusqu’à présent, des taux directeurs de la Banque centrale européenne (ci-après, " la BCE ") exerceront une incidence négative sur les résultats des banques centrales de l’Eurosystème". La Banque ajoute avoir "attiré l’attention sur ce risque dans plusieurs de ses rapports d’entreprise, y compris dans l’édition consacrée à l’exercice 2021".

L’augmentation des taux d’intérêt a des conséquences pour les banques nationales. Mardi, la banque centrale des Pays-Bas, la DNB, a déjà prévenu que l’augmentation des taux d’intérêt lui occasionnerait des pertes financières et l’empêcherait de verser des dividendes à son actionnaire, l’Etat néerlandais.

Les banques nationales sont prises entre deux feux. D’une part, l’argent qu’elles ont placé à long terme, par exemple dans des obligations, rapporte peu en raison de taux d’intérêt bas sur ces produits de placement. D’autre part, les banques nationales doivent rémunérer les banques commerciales qui déposent chez elles leurs fonds. Cette rémunération, en raison de la hausse des taux d’intérêt européens est désormais plus coûteuse.

Des pertes attendues

Du côté de la Banque Nationale des Pays-Bas, on a déjà prévenu, mardi que l’institution serait en légère perte dès cette année. En 2023 et 2024, des pertes "considérables" sont attendues. Il pourrait alors être nécessaire de demander l’aide de l’Etat néerlandais.

Côté belge, la Banque Nationale s’attend à clôturer l’exercice 2022 en déficit. "L’analyse des risques fait en outre apparaître que les pertes s’alourdiront encore les années suivantes", ajoute la Banque Nationale dans son communiqué.

La Banque Nationale de Belgique rappelle toutefois que son but premier n’est pas de générer des bénéfices, même si la Banque est cotée en Bourse. Le rôle de la Banque Nationale, comme toutes les banques centrales de l’Union européenne, est de préserver la stabilité des prix, notamment en mettant en œuvre les décisions de la Banque centrale européenne en matière de taux d’intérêt. "L’exercice de ces missions d’intérêt général induit des risques financiers qui peuvent entraîner des pertes", souligne la Banque Nationale dans son communiqué.

Toutefois, la Banque Nationale est encore incapable de calculer l’ampleur des pertes en raison "de d’incertitudes, dont l’éventualité de nouvelles évolutions sur le plan de la politique monétaire ainsi que les développements ultérieurs sur les marchés", communique la Banque Nationale.

Il lui est aussi pour l’heure impossible de prédire si le versement de dividende pour l’exercice 2022 en sera affecté. Chaque année, l’Etat, actionnaire à 50% de la Banque Nationale perçoit des rentrées financières sous forme de dividendes. Alors que budget 2023 est en cours d’élaboration, l’information ne manque pas d’intérêt.

La Banque communiquera dans les prochains lorsqu’elle aura plus de précisions.

La Banque Nationale rappelle toutefois qu’elle dispose de réserves qui s’élèvent actuellement à 4,76 milliards d’euros. Chaque année, elle met en effet de côté la moitié de ses bénéfices. Elle dispose aussi d’un fonds de réserve, lequel se monte actuellement à 2,65 milliards d’euros. Cet argent pourra être utilisé pour apurer une perte.

Pourquoi la Banque Nationale est-elle cotée en Bourse ?

"C’est une anomalie à l’échelle planétaire", explique Etienne de Calatay, économiste chez Orcadia. "Très rares sont les banques centrales à être cotées en Bourse. La Belgique n’est pas la seule, mais 50% des actions appartiennent au secteur privé", poursuit-il.

Il faut remonter à la création de la Banque Nationale en 1850 pour expliquer cette bizarrerie. A l’époque, le législateur donna à la Banque Nationale de Belgique le statut de société anonyme. "Les banques privées qui avaient jusqu’alors le droit d’émettre les billets détenaient le capital de la Banque nationale", peut-on lire sur le site de la BNB.

Plus tard, les actions de la Banque Nationale de Belgique ont été introduites en bourse.

En 1948, le capital a été augmenté et, depuis lors, l’Etat détient la moitié des actions. L’autre moitié reste répartie dans le public. Tout investisseur a le droit d’acheter ces actions. L’action "BNB" est une action "qui ne se comporte pas vraiment comme une action, mais d’avantage comme une obligation", explique Etienne de Calatay, "un placement très très sûr", ajoute-t-il.

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