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Après la bataille de Waterloo, les os des morts utilisés dans l’industrie alimentaire pour filtrer le sirop de sucre

Waterloo : Le mystère du champ de bataille

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Nos ancêtres étaient-ils des cannibales qui s’ignoraient ? A Waterloo en tout cas, les cadavres du champ de bataille ont servi à fabriquer du sucre ! C’est la découverte de deux historiens belge et allemand et d’un archéologue britannique. Cette découverte explique pourquoi il est si rare de découvrir un squelette sur le site de cette immense bataille.

A Waterloo, le 18 juin 1815, entre dix et trente mille soldats sont tués. Où sont leurs cadavres ? Les archéologues en retrouvent très peu. Dans les années qui ont suivi la bataille, les paysans les ont déterrés et vendus. Qui a pu acheter ça ? L’industrie sucrière ! Le sucre de betterave vient d’être inventé. Ce sucre-là, il faut le clarifier. C’est à ça que vont servir les cadavres. Les os sont cuits dans des fours pour en faire une poudre, du "noir animal", qui filtre le sirop de sucre.

Noir animal en poudre, utilisé aujourd’hui comme pigment
Noir animal en poudre, utilisé aujourd’hui comme pigment © RTBF – François Braibant

Ce produit existe toujours, même si en Europe, il n’est plus utilisé par l’industrie sucrière. "Vers 1820" raconte l’historien liégeois Bernard Wilkin, "du côté de Waterloo, la betterave supplante le froment. L’industrie sucrière s’installe, avec des fours à ossements. La valeur marchande des os - théoriquement animaux - s’envole. Cette valeur ne peut pas laisser indifférents les paysans du coin, souvent désargentés, qui savent très bien où se trouvent les charniers de la bataille." Dès 1834, les sources écrites montrent que les incidents se multiplient. Des voyageurs rapportent avoir vu déterrer les cadavres. Des parlementaires dénoncent le trafic "d’os putrides". Et le bourgmestre de Braine l’Alleud avertit par affiche : ces exhumations sont interdites et punissables.

Code pénal, Art. 360, Manuel de droit français, Liège, imprimerie Desoer, 1818, p.1124.
Archives communales de Braine-l’Alleud

"On a un géologue allemand qui voit des paysans déterrer des ossements. Soi-disant des ossements de chevaux, mais il y en a un qui rigole, qui parle des soldats de la garde impériale, qui sont grands, dont les os se confondent facilement avec ceux des chevaux. Et dans les archives communales, le bourgmestre de Braine-l’Alleud parle clairement d’exhumations de cadavres pour en faire commerce. Il avertit la population de sa commune et des communes avoisinantes et rappeler que l’article 360 du Code pénal punit ces exhumations. Il destine cet avertissement aux cultivateurs et propriétaires terriens." Personne, selon Bernard Wilkin, ne sera arrêté pour ces exhumations illégales.

Le noir animal a rapporté énormément d’argent. Il s’agit de "centaines de milliers de francs de l’époque, plusieurs fois ce qu’un ouvrier peut gagner dans une vie." L’un des procédés pour fabriquer le sucre impliquait de mélanger* le noir animal à la préparation. De l’os humain s’est bien retrouvé il y a 200 ans dans les pâtisseries de nos ancêtres… selon l’historien plus cyniques que cannibales.

*Recette publiée par le magazine L’Illustration dans son numéro du 13 mai 1843.

Noir d’os et sucre
Noir d’os et sucre © RTBF – François Braibant
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A Waterloo, les os des soldats ont servi à fabriquer du sucre
A Waterloo, les os des soldats ont servi à fabriquer du sucre © RTBF – François Braibant – Chloé Hannon

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