Matin Première

Après la chute du Mur, comment la réunification s'est-elle passée en Allemagne ?

L'oeil dans le rétro

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

03 oct. 2022 à 10:40Temps de lecture3 min
Par Pierre Marlet

Cela s'est passé un 3 octobre 1990. Il y a 32 ans, le monde assistait à la réunification allemande. Depuis cette date, le 3 octobre est un jour de fête nationale en Allemagne. Comment est-on arrivé à cet événement et quel impact a-t-il eu sur les ex-blocs de l'Ouest et de l'Est ? Analyse.

Le 3 octobre 1990, 45 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale qu’elle avait provoquée, l’Allemagne efface les stigmates du passé et reprend pleinement sa place dans le concert des nations européennes.

Ce 3 octobre clôture un processus qui a débuté onze mois plus tôt : le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’effondrait, ébranlant du même coup la séparation entre l’Est et l’Ouest, celle de l’Europe mais avant tout celle de l’Allemagne. Cet effondrement surprend le monde entier. Mais plus impressionnant encore, le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl va réussir en quelques mois à réunifier le pays.

Et l'idée d'une réunification était plutôt illusoire. Voici comment ce rêve a abouti à la réalité.

Des craintes chez Thatcher et Mitterrand

Que se passe-t-il après la chute du Mur ?

L'Allemagne à l'automne 1989, c'est deux Etats distincts : à l’ouest la République fédérale allemande RFA, à l’est la République démocratique allemande RDA. Entre les deux, un rideau de fer, c’est-à-dire une frontière surveillée et pleine de barbelés. Berlin, situé à l’Est est partagé aussi entre Est et Ouest et pour joindre Berlin-Ouest à l’Allemagne de l'Ouest, trois autoroutes de transit dont on ne peut pas sortir et des lignes de train dont on ne peut pas descendre. Ajoutez-y des milliers de militaires soviétiques en RDA et face à eux, en RFA, des milliers de militaires américains, britanniques, français, néerlandais et belges. Ces 2 Etats ont été créés sur la base des zones d’occupation décidées à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec de chaque côté leurs 'protecteurs' occidentaux à l'ouest, soviétiques à l'est. 

Cette configuration complique la tâche du chancelier Helmut Kohl. Il n’a pas totalement les mains libres pour réunifier l’Allemagne : tout dépend des grandes puissances, et donc de Michael Gorbatchev, George Bush père, Margaret Thatcher et François Mitterrand

Au départ, ces deux derniers ne bondissent pas de joie à l’idée d’une réunification allemande. Pour cause, ils ont tous les deux connu la guerre et redoutent le retour d’une puissance allemande au cœur de l’Europe. La santé économique ouest-allemande est florissante, un moteur pour tout le continent mais c’est un nain politique au plan international. Une Allemagne réunifiée ne nourrira-t-elle pas de nouveaux rêves de puissance ?

Une réunification logique, mais avec des compromis

La première idée des Européens est de gagner du temps : ne pas s'opposer au processus de réunification, mais prendre le temps de discuter et tenter de ne pas affaiblir Michael Gorbatchev en Union soviétique. Plus ça dure, mieux c’est, et on pense alors que cela devrait prendre plusieurs années. 

Sauf qu’Helmut Kohl avance comme un bulldozer et que l’Union soviétique de Gorbatchev semble dépassée : elle ne voit pas comment continuer à défendre l’existence de la RDA.

Car les dirigeants de la RDA ne contrôlent plus rien et sont débordés par le peuple. Ce sont eux qui en manifestant au cri de "wir sind das volk" - le peuple c’est nous – ont fait chuté le mur de Berlin. Après le 9 novembre 1989, ils continuent de manifester en ayant changé de slogan : "wir sind ein volk" : nous sommes un seul peuple.

Très vite, tout le monde comprend, comme le dira François Mitterrand en recevant Helmut Kohl, qu’il ne sert à rien de nager à contre-courant de l’Histoire. D’autant que le chancelier allemand peut s’appuyer sur le soutien plein et entier du président américain. Seulement, Kohl devra donner des gages :

  • D’abord ne pas remettre en cause les frontières, en l’occurrence celle entre la Pologne et l’Allemagne de l'Est tracée à la fin de la Seconde Guerre mondiale
  • Ensuite s’engager vers une union économique et monétaire. Autrement dit, la création de l'Euro, est, sans mauvais jeu de mot, la monnaie d’échange de la réunification. Kohl renonce au deutsche mark comme gage de son engagement européen. Mais dans l’immédiat, il crée l’union monétaire avec l’Est de manière très généreuse : un mark est équivaudra à un mark ouest.

L'Allemagne de l'Est gardent des stigmates de la réunification

Alors que reste-t-il de cet engagement 32 ans plus tard ?

Même avec une aide considérable on ne transforme pas en un tour de main le système communiste à l’économie de marché : l'Ouest investit au moins 150 milliards d’euros au point de fragiliser ses finances publiques et cela n’empêcha pas que se crée une amertume dans l’ex-Allemagne de l’Est. Les entreprises est-allemandes tellement renommées dans le bloc communiste apparurent peu compétitives et beaucoup durent fermer

Bref, ce qui est arrivé en Allemagne a préfiguré ce qui est arrivé avec l'entrée en 2004 des pays de l’Est dans l’Union Européenne. Souhaitée par tous, habitants comme dirigeants, cette intégration est-ouest a fait naître d’immenses problèmes économiques et de sérieuses difficultés politiques qui ne sont pas encore complètement surmontées aujourd’hui. Donc 32 ans après, la trace de l’ex-frontière entre les deux Allemagnes est encore là.

© Getty Images

Recevez chaque vendredi l'essentiel de Matin Première

recevez chaque semaine une sélection des actualités de la semaine de Matin Première. Interviews, chroniques, reportages, récits pour savoir ce qui se passe en Belgique, près de chez vous et dans le monde.

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous