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Après la crise, une simple sortie de la mondialisation ne serait pas une solution

Des travailleurs français déchargent des masques fabriqués en Chine d'un Airbus A350-1000.
06 avr. 2020 à 07:06Temps de lecture3 min
Par Amid Faljaoui

Pour beaucoup de personnes, la crise actuelle est une preuve magistrale que la mondialisation en est la cause principale. Bref, qu’il est urgent d’en finir avec ce dogme économique ultralibéral et de revenir au monde d’avant. Comme le faisait remarquer l’économiste et géographe Pascal Perri, l’imposture serait de faire croire au grand public "qu’il suffit de rembobiner le temps pour revenir en arrière. On ferme les frontières et on s’isole du reste du monde". En d’autres mots, l’erreur serait de croire que les vieilles recettes nous guériraient des difficultés actuelles. D’abord, il faut rappeler, comme le font tous les historiens, que les pandémies ont toujours existé, bien avant la mondialisation et ont fait souvent bien plus de morts qu’aujourd’hui. Ensuite, tout comme dans le cas du réchauffement climatique, la solution passe justement par la mondialisation, car le climat est un phénomène mondial et qui nécessite d’agir tous ensemble, sans quoi c’est voué à l’échec.

Dans le cas du coronavirus, la mondialisation, c’est aussi tous ces scientifiques qui s’échangent et partagent en temps réel leurs avancées et découvertes dans la lutte contre ce virus. Mais certains diront : "oui, ça c’est la mondialisation que l’on aime, mais nous n’aimons pas la mondialisation des multinationales, celle qui fait qu’aujourd’hui nos masques, nos médicaments sont fabriqués en Chine". D’accord là aussi avec cet argument : personne – ni les politiques, ni les industriels d’ailleurs – ne veut plus à ce point dépendre d’un seul pays. Mais attention : comme me l’a fait remarquer un ami industriel, il ne suffit pas de dire "je relocalise une usine en Belgique, en France ou ailleurs en Europe" pour que le problème soit réglé. Il faut rapatrier une bonne partie de la filière, sans quoi la relocalisation n’aura aucun sens. Je rappelle à titre indicatif qu’une voiture est désormais assemblée à partir de composants qui viennent de 37 pays différents.

Relocaliser a un coût

Et puis, imaginons que cela soit possible, qu’en est-il des coûts ? Le patron de SEB, le spécialiste de l’électroménager, avouait récemment à la presse française qu’il pouvait sans problème relocaliser ses usines chinoises en France. Mais il ajoutait aussitôt : "nous ne voyons pas venir une baisse forte des charges. Ce sera pourtant un élément clé dans les années à venir". En clair, oui, il est possible de relocaliser, mais vu les charges sociales et fiscales, le produit fabriqué coûtera beaucoup plus cher. Qui voudra l’acheter, alors que le pouvoir d’achat sera en baisse après cette crise ? Allons encore plus loin dans le raisonnement : lorsque les pouvoirs publics voudront faire un appel public pour un projet, ils devront l’ouvrir à tous les fournisseurs. Si le prix reste l’élément principal pour attribuer un marché public, alors ce sera le concurrent chinois, et non l’entreprise belge ou française, qui va l’emporter.

Ce que je veux dire par là, c’est que la mondialisation a aussi été voulue par une bonne partie des citoyens. Nous avons en réalité trois casquettes : celle de salarié, de contribuable et de consommateur. Or, dans les années 80, c’est la casquette de consommateur qui l’a emporté sur les deux autres. Grâce aux délocalisations, tous les produits sont devenus moins chers, notre pouvoir d’achat a augmenté, mais au prix d’un chômage plus élevé, qui a été compensé par l’endettement et par la hausse des charges sociales et fiscales. Le match était donc joué : victoire du consommateur, disgrâce du salarié et désolation du contribuable. C’est donc à tout cela qu’il faut penser quand on parle de démondialiser. Tout est bien sûr possible, mais à condition de vouloir en payer le prix. Mais est-ce que ce sera encore le cas, lorsque la crise sanitaire sera terminée et que la crise économique démarrera ?

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