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IVG États-Unis

Après l’abolition du droit à l’avortement aux USA, l’étau se resserre autour de la pilule abortive

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27 juin 2022 à 15:35 - mise à jour 28 juin 2022 à 06:20Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck

Depuis la révocation du droit à l’IVG aux Etats-Unis, les regards se tournent vers la pilule abortive. Bien qu’autorisée par l’agence fédérale des médicaments (FDA – Food and Drug Administration), cette méthode d’avortement médicamenteuse est menacée dans plusieurs Etats du pays. Alors, qui obtiendra raison ? La bataille juridique ne fait que commencer.

A l’heure d’écrire ces lignes, neuf Etats ont décidé d’interdire l’avortement sur leur territoire. A terme, la moitié des Etats-Unis pourrait faire de même, selon le Guttmacher Institute. Dans certaines parties du pays, les cliniques pratiquant l’avortement vont donc fermer leurs portes, obligeant les femmes à faire des centaines de kilomètres pour interrompre leur grossesse… Ou à se débrouiller clandestinement, notamment en se procurant la pilule abortive.

Après l’annonce de la Cour Suprême, Joe Biden s’est justement engagé à protéger l’accès à ces pilules. Sûre et efficace, cette méthode d’avortement représente une solution inespérée pour les femmes désirant avorter clandestinement dans des États républicains ayant interdit l’IVG. Preuve en est, la demande est en hausse depuis vendredi.

En effet, quelques heures après la décision de la Cour suprême, l’ASBL Just the Pill – qui délivre ces pilules dans plusieurs Etats – notait près de 100 demandes de rendez-vous supplémentaires. Soit quatre fois le nombre habituel de rendez-vous quotidiens, selon un article du New York Times.

Le terme de pilule abortive recouvre en réalité deux médicaments, autorisés jusqu’à la dixième semaine de grossesse. Un premier qui interrompt le développement de la grossesse. Et un second, à prendre un ou deux jours plus tard, qui provoque des contractions pour évacuer l’œuf.

A noter qu’il s’agit de la méthode utilisée dans plus de la moitié des avortements aux Etats-Unis, toujours selon le Guttmacher Institute.

Vers un "marché gris" ?

Malgré l’interdiction de l’IVG dans certains Etats, la pilule abortive va certainement continuer de circuler. Et pour cause, depuis le coronavirus, elle peut être envoyée par la poste, après une consultation en visioconférence ou par téléphone – à condition que la communication ait lieu dans un Etat qui autorise l’IVG. Ainsi, elle peut être prise dans l’intimité, à la maison.

Cette particularité rend assez complexe toute forme de contrôle de la part d’un Etat anti-avortement. "Un marché gris de la pilule abortive devrait se développer, car les défenseurs et les patients s’arrangent pour que des envois difficiles à détecter soient envoyés par la poste dans les États où l’avortement est interdit", peut-on lire dans le Washington Post.

Certains États pourraient traiter les pilules d’avortement comme de la contrebande

Certains Etats américains sont déterminés à interdire la méthode médicamenteuse. Au Texas, par exemple, l’envoi de pilule abortive par la poste est interdit. Selon le Washington Post, expliquer comment obtenir ces pilules pourrait même devenir illégal dans certaines régions du pays.

"Certains États pourraient traiter les pilules d’avortement comme de la contrebande, en interdisant leur possession et en les considérant comme des substances dangereuses", explique le journal. Ils pourraient également poursuivre les agents de santé qui, dans d’autres Etats, facilitent l’avortement pour les femmes en situations délicates.

Que dit le niveau fédéral ?

Or, ces décisions qui entrent en conflit direct avec la FDA – l’agence fédérale des médicaments – qui autorise l’avortement médicamenteux depuis plus de vingt ans. Une potentielle interdiction pourrait donc être poursuivie par le gouvernement fédéral.

"Nous sommes prêts à travailler avec d’autres branches du gouvernement fédéral qui cherchent à utiliser leurs pouvoirs légaux pour protéger et préserver l’accès aux soins reproductifs", a déclaré Merrick Garland, le ministre de la Justice.

Les États ne peuvent pas interdire le mifepristone sur la base d’un désaccord avec le jugement d’expert de la FDA sur sa sécurité et son efficacité

"En particulier, la FDA a approuvé l’utilisation du médicament mifepristone [la pilule abortive]. Les États ne peuvent pas interdire le mifepristone sur la base d’un désaccord avec le jugement d’expert de la FDA sur sa sécurité et son efficacité."

Comme l’explique le New York Times, ce que peut faire le département de la Justice "n’est pas clair." Certains experts affirment que le jugement fédéral prévaut, tandis que d’autres estiment que la médecine est du ressort des Etats. Vous l’aurez compris, le bras de fer juridique ne fait donc que commencer.

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