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Coronavirus

Après le baromètre Covid, voici l’heure d’un baromètre psy, estime le Conseil supérieur de la Santé

Après le baromètre Covid, voici l’heure d’un baromètre psy, estime le Conseil supérieur de la Santé
18 févr. 2022 à 05:003 min
Par Johanne Montay

Quelles leçons tirer de la crise corona, pour notre bien-être ou notre détresse, notre santé mentale ou notre désarroi, notre résilience ou notre défaillance ?

Quels enseignements tirer, surtout, sur la manière dont la Belgique a pu les gérer, être là ou trop absente pour soigner nos bleus à l’âme, pendant deux ans ?

A l’heure où le baromètre Covid épidémiologique s’éclaircit et semble progresser vers des jours encore meilleurs, le Conseil Supérieur de la santé (CSS) répond à ces questions dans un rapport.

La population générale se porte bien et reste stable, mais ce qui n’allait pas bien avant la pandémie va encore plus mal aujourd’hui : des groupes spécifiques, plus vulnérables, sont plus touchés par les problèmes de santé mentale.

La pandémie a accru la division en termes de bien-être entre les personnes qui étaient déjà vulnérables, qui ont creusé leur fossé, avec celles qui se portaient bien. Le CSS pointe une inégalité accrue en matière de bien-être.

Une bombe à retardement

"Il y a deux options", explique Olivier Luminet, psychologue de la Santé à l’UCLouvain et membre du groupe du CSS sur la santé mentale : "Faisons comme si rien ne s’était passé, ou bien rendons-nous compte que la santé mentale n’est pas sur le point de s’améliorer".

Le CSS choisit clairement la deuxième option : créer une organisation prévisible et adaptée pour éviter de reproduire le manque de préparation auquel nous avons dû faire face. Histoire de ne pas faire comme si de rien n’était, en passant tout simplement à autre chose.

Or, "dès que la situation s’améliore, en termes de santé mentale, il y a un manque de réactivité par rapport à ce long terme", regrette Oliver Luminet. "La santé mentale devrait faire partie intégrante de la prise en compte de l’état de la santé des Belges. Les bombes à retardement, on commence à les voir, en termes d’absentéisme, par exemple…".

Les suicides n’augmentent pas immédiatement, mais cela se produit toujours avec décalage, d’après l’expert, qui s’attend à ce que cela monte, avec un effet retard. Pour éviter d’être surpris par cette bombe à retardement et d’encore improviser, le CSS propose donc un plan d’action.

Un baromètre psy

Il y a peu de données disponibles sur la santé mentale des Belges, déplore le Conseil Supérieur de la santé, tout comme l’a constaté le centre d’expertises des soins de santé, le KCE, en 2019. Un des principaux défis réside donc la collecte de données.

Le groupe propose de développer un "set d’indicateurs", un baromètre, comme un coefficient de résilience ou d’aptitude au travail, qui permettent de cartographier les ressources encore disponibles dans la population (et de tout groupe vulnérable). Ceci afin d’identifier les groupes qui nécessitent un plan d’action prioritaire, d’évaluer le système et d’identifier les lacunes. Dans les priorités, il pointe le fait d’identifier "un indicateur qui mesure la résilience de la population générale et des groupes vulnérables d’une manière valide mais simple."

Se préparer pour l’avenir implique un plan cohérent de prévention des crises et un plan d’action pour une pandémie future, dont la santé mentale doit faire partie intégrante, estime le CSS.

Un triage

Il n’y a pas qu’aux urgences ou aux soins intensifs qu’il peut être question de triage. Le CSS estime qu’il faudrait également de bons protocoles pour la santé mentale. Etant donné les longues listes d’attente dans le secteur, il faut prioriser : réduire l’attente en pédopsychiatrie, en particulier, mais également développer une approche préventive, par le biais de l’école par exemple.

Ces protocoles de triage tiendraient compte des facteurs de risque et de vulnérabilité, comme des problèmes psy préexistants, un diagnostic psychiatrique, la profession de la personne (prestataires de soins particulièrement vulnérables, aidants proches), le handicap, l’âge, le cadre de vie ou enfin l’isolement social, le chômage… 

Ce triage permettrait à la base de déterminer les ressources nécessaires et de spécifier qui, selon quels critères, présente les facteurs de risque les plus élevés.

La prévention, mais aussi la prise en compte de la santé mentale comme partie intégrante de la santé publique font partie des recommandations principales. Le rapport contient aussi des leçons à tirer en termes de communication : l'une d'elles - et non la moindre - est de rétablir la confiance dans les informations fournies, les experts et les autorités.

 

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