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"Après les murs" : le podcast true crime qui suit les traces d'un ancien détenu belge

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07 nov. 2022 à 06:30 - mise à jour 23 janv. 2023 à 15:50Temps de lecture4 min
Par Lucie Rezsöhazy

27 ans. C'est le temps que Serge a passé en prison. Vols de voiture, braquages et tentatives d'évasion, son casier judiciaire est bien rempli. "Mais la vie ce n'est pas la Casa de Papel", dit-il. Tout acte a des conséquences. Après les murs, c'est un récit de vie aux allures de western. Une vie d'aventures et de choix dangereux, racontée par un cowboy repenti. Une vie de résilience aussi. Aujourd'hui, Serge a trouvé sa voie, il a fondé une ASBL et s'en est sorti à la sueur de son front. Il revient sur son parcours chaotique et profite de cette introspection pour pointer les failles de la justice belge. Verdict : c'est l'exclusion qui mène à la délinquance, il suffirait de donner une vraie place à chacun dans la société pour éviter de gâcher des vies en prison.

► Écoutez les 10 épisodes du podcast sur Auvio.

Après les murs : chapitre 1

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Dans ma vie, j'ai toujours cherché le meilleur pour moi-même. Je pensais que j'allais le trouver à travers la délinquance. Au final, j'ai eu le pire. Au total, j'ai passé 27 ans en prison. Lorsque je m'en suis sorti, je ne voulais surtout pas traîner mon passé comme un boulet au bout d’une chaîne. J’ai décidé d'en faire un outil de sensibilisation. Il est important pour moi de donner de l’espoir à ceux qui en ont besoin. C'est pour ça que j'ai participé à ce podcast. Comme dit Nelson Mandela : 'La plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute'. 

Les mots d'Ambre Ciselet, l'autrice du podcast

Nous avons rencontré Ambre Ciselet, l'autrice du podcast Après les murs. Elle évoque la genèse de ce projet

Comment as-tu rencontré Serge ?

J’ai rencontré Serge via un ami proche. Cet ami a commis des délits et il a failli aller en prison. J’ai eu très peur pour lui parce que je me disais que s’il allait en prison, il ne sortirait plus de l’univers de la délinquance. Heureusement, il n’a pas été condamné à une peine d’emprisonnement. Et un jour, il a rencontré Serge Thiry. Serge est président d’une association qui sensibilise à la délinquance. C’est en partie grâce à lui qu’aujourd’hui cet ami a trouvé sa place dans la société.

A mes yeux, le message de Serge est essentiel. La plupart des gens qui sont en prison se sont d’une manière ou d’une autre senti exclus de la société. Ils ont besoin qu'on leur donne une vraie place. Au lieu de cela, on les enferme et on les exclut encore un peu plus. C’est absurde. On gâche des vies entières. La prison devrait être utilisée en dernier recours.

Dans mon travail, j’ai toujours cherché à raconter des histoires qui vont impacter positivement le monde. Avec ce podcast, Après les murs, mon but c’est de remettre en question notre vision de la justice.

Pourquoi avoir choisi le podcast pour raconter son histoire ?

Le podcast c’est le média de la proximité et de l’émotion. Quand on écoute une histoire, on se crée des images mentales. Chaque parcours et chaque cerveau est unique donc chacun se crée ses propres images. Déjà, de base, ce concept est passionnant mais en plus il y a un avantage considérable :  ces images personnelles sont beaucoup plus fortes que n’importe quelle image extérieure. Le podcast c’est aussi une belle manière de parler en douceur de sujets très durs. Dans Après les murs on touche à des sujets très sensibles, parfois franchement difficiles. Avec le son, on peut aller en profondeur dans ces sujets-là sans tomber dans le pathos.

Quelle différence entre justice punitive et restauratrice ? Où en est-on avec la justice réparatrice en Belgique ?

La justice restauratrice met l’accent sur le fait de recréer du lien entre l’individu et la société. Elle prend en compte le contexte social dans lequel s’inscrit le délit.

Ça rejoint un peu l’idée dont on parlait juste avant : l’exclusion mène à la délinquance. Il ne faut pas oublier que la délinquance c’est un fait de société. D’ailleurs, la grande majorité des personnes qui sont incarcérées vivent sous le seuil de pauvreté. Ce n’est pas lié à la personnalité d’un individu, il faut prendre en compte plus de facteurs.

En fait, pour moi la justice restauratrice regarde plus loin que la justice punitive, elle ne se contente pas de regarder le délit, elle essaie de comprendre le contexte et de réparer les liens qui ne fonctionnent pas.

© Ambre Ciselet

En Belgique nous avons des dispositifs de justice restauratrice qui existent depuis longtemps, notamment la formation Arpèges-Prélude qui a récemment fêté ses 25 ans, malheureusement on ne les utilise pas assez parce qu’on est bloqué sur le système carcéral. C’est notre vision de la justice qu’il faut changer.

Moi, ça me rend dingue parce qu’on sait que la logique de la punition est inefficace. Il suffit de regarder les statistiques. Notre taux de récidive en Belgique s’élève à 60%. Et on voit qu’il existe des solutions plus adaptées. En Norvège, par exemple, le système pénitentiaire se concentre sur la réinsertion et la recréation du lien social. Leur taux de récidive s’élève à 25%.

Mais nous on continue à construire des prisons et à durcir les sanctions.

D’autres références que tu souhaiterais partager sur le sujet ? 

Un livre, à lire absolument : Pour elles toutes : femmes contre la prison. L’autrice, c’est Gwénola Ricordeau, féministe militante et professeure associée en justice criminelle à la California State University, Chico. Parce qu'en fait, la lutte anticarcérale ne peut pas se penser sans une lutte contre le patriarcat. La prison, c’est la structure de domination patriarcale dans sa version tangible en briques et en béton. À l’intérieur, la prison maintient enfermée une partie ciblée de la population. A l’extérieur, son existence est destinée à contrôler et réguler les comportements. Le système carcéral présente les violences comme des actes isolés et répond par des mesures répressives, racistes et classistes. En accusant l’individu, on oublie de dénoncer ce qui fonde ces violences : le patriarcat. Selon le Génépi, une association pour le décloisonnement des prisons, “La prison est un outil d’exploitation et de domination raciste, capitaliste et patriarcale. Nous ne pouvons pas lutter contre ces structures de domination sans lutter contre les taules.” Le Génépi organise régulièrement des journées de réflexions et débat autour du féminisme et de la lutte anticarcérale.

Et sinon, pour se renseigner de manière plus globale sur les prisons dans le monde, il existe un site très riche et très complet : https://www.prison-insider.com/

► Ambre Ciselet et Serge Thiry était aussi dans Le Mug de ce 17 janvier et Tendances Première de ce 23 janvier, pour parler de leur podcast.

Le Mug découverte

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Tendances Première: Le Dossier

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