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Après son buste à Ixelles, le Général Storms conservera-t-il sa rue à Florennes ?

15 juil. 2022 à 14:32Temps de lecture3 min
Par Nicolas Lejman

C'est une rue assez quelconque qui relie, sur environ 200 mètres, la place de la Chapelle à la place des Combattants à l'entrée de Florennes (sud-ouest de la Province de Namur). Rien ne la distingue des autres artères du centre-ville, si ce n'est son nom qui fait directement référence à l'un des acteurs de la colonisation belge en Afrique centrale. Bien que le Général Émile Storms (1846-1918), un personnage hautement controversé, ait récemment fait l'actualité, son buste ayant été démonté à Ixelles (Région de Bruxelles-Capitale), le débat parfois houleux sur la décolonisation de l'espace public ne semble pas avoir gagné Florennes, du moins pas encore.

Sur la petite dizaine de résidents que nous avons pu rencontrer ce jour-là, à l'instar sans doute d'une grande partie de la population belge, aucun ne connaissait le Général Storms ni les crimes qui lui sont attribués  il aurait fait détruire plusieurs villages et assassiné l'un de ses opposants. "C'est vrai que c'est étrange de lui rendre hommage quand on connait les crimes commis dans le cadre de la colonisation" reconnait Aïssatou, une Ivoirienne hébergée au centre Fedasil tout proche, "Mais je ne sais pas s'il faut renommer cette rue, la priorité c'est de faire de la pédagogie autour de l'histoire européenne et africaine". Enseigner sans pour autant éradiquer les traces même les plus douloureuses du passé, c'est aussi l'avis de Max : "Je comprends que les mentalités évoluent et qu'on n'accepte plus certaines choses aujourd'hui, mais il ne faut pas être hypocrite non plus en voulant supprimer complètement notre histoire".

Portrait d'Emile Storms réalisé en 1888 alors qu'il était encore capitaine, publié dans la revue Florinas
Portrait d'Emile Storms réalisé en 1888 alors qu'il était encore capitaine, publié dans la revue Florinas Société d'histoire et d'archéologie du Florennois ASBL

4536 francs belges en 1921

Si Florennes est aujourd'hui l'une des seules communes du pays à posséder une rue au nom du général, c'est d'abord une question… d'argent. "Au lendemain de la première guerre mondiale, les autorités belges cherchaient à glorifier la Nation et ses héros" explique Jean Evariste, président de la Société d'histoire et d'archéologie du Florennois, "Le gouvernement octroyait un subside aux communes pour qu'elles renomment leurs rues dans ce sens. Mais ici, il n'y avait pas de personnalité locale célèbre à qui rendre hommage, raison pour laquelle on s'est rabattu sur ce général né en Flandre dont les beaux-parents étaient originaires de Florennes et dont l'épouse connaissait le bourgmestre. Florennes a ainsi obtenu un subside de 4536 francs, une somme considérable pour l'époque".

Jean Evariste, président de la Société d'histoire et d'archéologie du Florennois
Jean Evariste, président de la Société d'histoire et d'archéologie du Florennois © Tous droits réservés

Un siècle plus tard, alors que la commune d'Ixelles a fait le choix de retirer l'effigie du général et son héritage devenu trop encombrant, la réflexion quant à l'avenir de la rue Storms est à peine amorcée auprès des autorités florennoises. Hormis une question posée lors d'un conseil communal en 2020 et quelques commentaires émanant de citoyens sur les réseaux sociaux, la rue Général Storms n'a jamais suscité de véritable mobilisation jusqu'à présent. Ni pour demander son retrait, ni son maintien. "Le Collège n'a jamais pris position de manière officielle sur cette question, je lui soumettrai ce point prochainement" assure le bourgmestre Stéphane Lasseaux (Les Engagé.e.s), "Il faut bien dire qu'un certain nombre de Florennois découvrent seulement l'existence de ce personnage historique".

Dans l'opposition, le conseiller communal Justin Debroux (Ecolo) ne demande pas autre chose. "C'est normal que les gens ne sachent pas tout ce qu'il y a derrière chaque nom de rue. Mais puisque l'actualité nous donne justement un éclairage, il faudrait saisir le moment et s'interroger collectivement sur ce que nous voulons faire à Florennes. Nous ne demandons pas nécessairement de changer de nom de rue, mais qu'il y ait au moins une réflexion qui soit menée au niveau de la commune et de ses citoyens."

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