Monde Amérique du Nord

Armer les profs aux États-Unis? "Le jour où ils me donnent une arme à feu, je démissionne"

Fusillade au Texas: témoignage de Mireille Jones, prof de français dans le Missouri

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27 mai 2022 à 13:28 - mise à jour 27 mai 2022 à 14:50Temps de lecture2 min
Par Marie-Laure Mathot sur base d'une interview de Patrick Weber et Sébastien Pierret

Donner des armes aux professeurs pour protéger leurs élèves lors de fusillade comme celle qui s’est déroulée au Texas dernièrement. L’idée peut paraître complètement folle vue de chez nous mais elle fait partie des débats à chaque fois qu’a lieu une tuerie dans une école. C’est ce qu’explique Mireille Jones. Elle est professeure de français et d’histoire du monde à la Liberty Public Schools de Kansas City dans le Missouri.

"Ils en parlent à chaque fois, c’est de la démence !, témoigne la professeure dans l’émission On n’a pas fini d’en parler (Vivacité). En ce qui concerne mon école, on a déjà deux policiers armés en permanence dans les halls et ailleurs."

Une mesure qui ne sert pas à grand-chose aux yeux de cette enseignante. "Regardez dans le cas de la fusillade au Texas, l’assaillant a été confronté par la police et ça n’a rien donné. La police locale était là et ils ont attendu plus de 40 minutes pour que l’équipe Swat (ndlr : forces spéciales de la police axées sur les "armes et tactiques spéciales") arrive." De longues minutes d’attente qui sont aujourd’hui reprochées à la police locale.

"Après la fusillade de Parkland, la Cour suprême des Etats-Unis a déterminé que ce n’était pas la responsabilité de la police dans ce genre de cas", précise l’enseignante.

Le jour où ils me donnent une arme à feu, je démissionne.

Un élément qui ravive le débat : faut-il donner des armes aux professeurs ? Pour Mireille Jones, c’est un non catégorique. "Le jour où ils me donnent une arme à feu, je démissionne. J’abandonne l’enseignement. C’est pas dans ma nature, ce n’est pas dans notre métier. On est là pour construire des élèves. Je ne suis pas là pour utiliser un truc destructif."

C’est presque impossible de demander à un prof de tirer sur quelqu’un qu’ils connaissent

Si les professeurs avaient des armes, il pourrait leur arriver de devoir se défendre face à leurs propres élèves. "Lors des dernières fusillades, les assaillants sont des jeunes qui faisaient partie de l’école, des anciens élèves qui connaissent les lieux et les gens. C’est presque impossible de demander à un prof de tirer sur quelqu’un qu’ils connaissent probablement. On aura plus tendance à essayer de leur parler. C’est impossible. Je ne sais pas à quoi ils pensent. Ça tourne un peu à la folie ici."

Et d’avoir rappelé un peu plus tôt dans l’interview que les élèves et professeurs sont entraînés à pouvoir se défendre en cas d’attaque. "Nous avons des entraînements réguliers. Au début, nous devions simplement apprendre à courir en zigzag ou sortir de l’école. Puis, on a appris à rester caché."

Des balles de golf et des chaussettes pour pouvoir se défendre

"Et maintenant les directives, c’est sortir en courant si on peut se cacher et se barricader et avoir dans sa classe quelque chose avec lequel se battre et se défendre. Par exemple, dans mon district, c’est avoir des balles de golf et des chaussettes pour pouvoir se défendre avec cela. C’est dingue de devoir apprendre cela à mes élèves de secondaire."

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