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Arthur Theate : "La seule erreur du coach a été de me mettre sur le terrain…"

Dans la défense ostendaise, on le reconnaît de loin avec sa grande tignasse frisée : anonyme voici six mois, jeté de Sclessin, il est l’une des révélations de la saison de Pro-League. Il évoque la galère, Carles Puyol, les datas dans le foot, Pelé Mboyo, le vaccin du Covid et Roberto Martinez. Mais aussi son jeu de tête, Sébastien Dewaest, les lockdown-parties, son coach Alexander Blessin, les mouettes et Remco Evenepoel. Et bien sûr… ses tifs. Arthur Theate passe " Sur Le Gril ".

Impossible de le louper avec son mètre quatre-vingt-six, son jeu énergique… et, bien sûr, ses crolles en tous sens : Arthur Theate est un Liégeois bon teint, souriant, tonique, massif… et qui va droit au but. Dans les duels comme en interview.

Mon nom ? Non, je ne fais pas de théâtre… On m’a souvent charrié avec ça à l’école, et les Flamands n’arrivent pas à prononcer mon nom " sourit Arthur Theate. " D’ailleurs je déteste le théâtre… surtout sur le terrain quand les attaquants en font après un duel un peu musclé ! (rire) Sinon, forcément, on vient souvent avec mes cheveux : il n’y a pas d’histoire particulière, je les ai laissés pousser… et voilà. Maintenant, je dois les attacher en match, sinon je ne vois plus rien ! L’avantage, c’est que je ne souffre pas de la fermeture des coiffeurs avec le confinement… En plus, ma mère est coiffeuse ! Ca me fait une tête reconnaissable, mais ce n’est pas pour un plan marketing ! C’est comme les jeunes qui se décolorent les cheveux, ça leur fait une image de marque. J’ai même été voir sur FIFA quand le jeu est sorti, mais les concepteurs m’ont raté : ils m’ont mis des cheveux… lisses. D’ailleurs, je n’utilise pas mon personnage dans le jeu : il n’est pas bon, il n’apporte aucune plus-value à mon équipe ! En tout cas, j’espère être meilleur en vrai… (rire) Si les filles me tournent autour ? Je ne sais pas, j’ai ma copine… "

" Pas d’intouchables en foot… "

À 20 ans, ce fan de Liverpool (" Mon équipe préférée…  avec Ostende ! ") et de Carles Puyol (" Mais pas pour sa coiffure, pour son style de jeu ! ") vient bien de nulle part. Formé au Standard et à Genk, Theate s’est retrouvé sans contrat durant l’été et n’a rebondi qu’à la suite d’un test passé dans le club côtier, alors en pleine reprise.

J’ai toujours eu la conviction que je réussirais. Mais si vous m’aviez dit il y a 6 mois que j’aurais gratté aujourd’hui 18 titularisations sans sortir une seule minute, je ne vous aurais pas cru " reprend Theate. " La rencontre avec le coach Alexander Blessin a tout changé pour moi : je le remercierai toute ma vie car il a pris un gros risque, même pour lui, en faisant de moi un titulaire alors que je sortais du noyau U21 du Standard. Apparemment, je rentrais dans son casting : je suis un bosseur et je prends tous les conseils. Le foot pro, c’est bien différent du foot des jeunes : il faut de la rigueur, du sérieux, il y a les enchaînements training-match, tout est carré ! Et votre destin peut changer avec un coach : regardez Sébastien Dewaest à Genk, mon meilleur ami dans le foot et la plus grosse force mentale que je connais ! Ou encore le duo Obbi Oulare-Felipe Avenatti à Sclessin… Il n’y a pas d’intouchables en foot. "

"Mes galères m’ont mené jusqu’ici…"

Arthur Theate : "La seule erreur du coach a été de me mettre sur le terrain…"
Arthur Theate : "La seule erreur du coach a été de me mettre sur le terrain…" VIRGINIE LEFOUR - BELGA

La galère comme ligne de vie, la résilience comme moteur : passé par les équipes d’âge limbourgeoise et liégeoise, Theate a vainement attendu sa chance en pros….

D’autres auraient peut-être abandonné, mais moi jamais : au contraire, ces galères m’ont boosté. Il faut toujours relever la tête, il faut croire en soi et savoir ce qu’on attend de la vie. J’aurai encore des moments difficiles… et tant mieux : ils m’ont toujours aidé à maturer et à encore plus travailler. En U17 au Standard, tous les jeunes ont reçu des contrats… sauf moi. Avec le recul, c’était un mal pour un bien : j’ai bossé pour surnager, j’ai bossé pour moi, et pas pour ce contrat ! Un jour, j’ai dit à mon père que la seule erreur de mon futur coach serait de me mettre sur le terrain… car une fois la chance reçue, je la saisirais et je ne la lâcherais plus ! Après, le foot reste un monde cruel : certains sacrifient tout mais ne reçoivent pas ce qu’ils méritent. Il faut un brin de chance… et l’attraper quand il survient. C’est mon message aux autres jeunes : si on vous jette, dites-vous qu’il y a d’autres clubs, et continuez ! "

" Les stats ? On en parle peu… "

Tour centrale gauche de la défense ostendaise, Arthur Theate a fait son entrée dans les statistiques de Pro-League et d’Europe : selon une étude CIES parue mi-novembre, le Liégeois est le 3e meilleur arrière de Belgique au décompte des duels aériens (76,6 % de duels gagnés). Et même le 9e en Europe sur le total de duels de tête disputés.

Ça me fait plaisir, mais je ne regarde pas trop ces stats : on peut être très bon de la tête… et mauvais du pied ! (rire) Et je veux progresser partout ! Je sais qu’à Ostende, ils recrutent beaucoup sur base des datas… mais au quotidien on en parle peu ! On travaille des phases précises, les sorties de balles, on analyse des vidéos… mais plutôt axées sur le collectif pour ne pas dépendre d’une individualité. Pour revenir à mon jeu de tête, j’ai grandi très tard : je suis resté petit longtemps et comme je jouais attaquant, mon père me faisait travailler mon timing au jardin. On a fait ça des étés entiers… Donc aujourd’hui, je sais anticiper et me placer. J’utilise aussi mon gabarit, j’aime les duels de costauds. L’attaquant qui m’a fait le plus mal ? Pelé Mboyo ! Il est mobile, technique, physique et fort dans le jeu aérien : on pense le cerner… puis il vous sort un truc de son chapeau ! "

" Un retour au Standard ? Pas sous cette direction… "

Sans stats il y a 6 mois, coté à deux millions d’euros aujourd’hui, Arthur Theate tacle sec quand on lui parle du mercato débutant.

Des offres ? Je ne sais pas, ce n’est pas à moi d’en parler, moi je m’occupe des matches. Si quelque chose se présente, je n’interviendrai qu’à la dernière étape… et toujours en bonne entente avec ce club qui m’a donné ma chance. On parle trop de business, pas assez de football : les dirigeants jouent parfois avec le destin d’un joueur ou même d’une famille… Quelque part, je remercie le Standard car sans tout ça, je ne serais pas ici ! Si le Standard me propose un jour de revenir par la grande porte ? Si c’est avec la direction actuelle, je dis non… "

Foot sans les fans…

Arthur Theate : "La seule erreur du coach a été de me mettre sur le terrain…"
Arthur Theate : "La seule erreur du coach a été de me mettre sur le terrain…" VIRGINIE LEFOUR - BELGA

À quelques heures d’une reprise (Ostende accueille Charleroi samedi soir) toujours marquée par le huis clos et les conséquences du Covid-19, Arthur Theate ne veut pas regarder trop loin. Mais quand même…

Ici au KVO, l’objectif affirmé est de rester en D1A… mais moi, je crois qu’on peut viser le top 8. On vit un championnat de fou, tout le monde bat tout le monde. Regardez le Standard, qui est derrière nous alors qu’il avait si bien commencé la saison. La crise sanitaire a tout changé, car tous les joueurs vous diront pareil : jouer sans fans est très différent. Les quelques semaines durant lesquelles ils ont pu revenir au stade, on n’a perdu aucun match chez nous! On est tous testés négatifs au club, et je me ferai aussi vacciner. Quand j’ai marqué (NDLA : fin décembre contre OHL), j’ai vite repris ma place pour éviter de célébrer et pour que personne ne me touche. Il faut montrer l’exemple à tous ces gens qui nous regardent à la télé ! "

Donner l’exemple : il y a quelques semaines, le gardien réserviste ostendais Fabrice Ondoa a été limogé pour avoir pris part à une lockdown-party. Et dans d’autres clubs, les mauvais exemples se sont multipliés…

Je ne juge personne, ce sont des comportements de vie privée. Tout dépend de caractère et de la vie qu’on a : moi, je vis seul dans mon appartement ostendais, je ne connais personne en dehors du club. Je fais mes courses, je rentre chez moi et je regarde la télé : en fait, je suis en confinement permanent ! (rire) Quand il fait beau, je me balade sur la plage avec mes écouteurs, je regarde les mouettes, ma vie est tranquille… "

" Je ne suis encore nulle part… "

Issu de la filière Genk-Sclessin, Arthur Theate a accumulé une vingtaine de caps en Diablotins, des U15 aux U19. Et le coach des Espoirs Jacky Matthijssen vient de l’intégrer à son noyau U21.

En jeunes, je faisais chambre commune avec… Remco Evenepoel ! C’était un bon joueur, un gros bosseur, très déterminé… et déjà très sûr de lui : c’est nécessaire pour réussir ! Qui était le meilleur de nous deux ? C’est difficile à dire : on était très jeunes et on était rarement alignés ensemble. "

Après les Espoirs U21… viennent les Diables Rouges : objectif logique ?

Si je vous dis que je n’ai pas envie, je vous mentirais car c’est un honneur de joueur pour son pays. Mais qui suis-je pour me voir un jour Diable Rouge ? Je ne suis encore nulle part ! Ma priorité, c’est Ostende, et je ne trace aucun plan… car les Diables, c’est quand même du niveau mondial ! J’ai un jour croisé Roberto Martinez à Tubize avec Wesley Sonck, mon coach en U19, mais on ne s’est pas parlé… Il fait actuellement des essais, et s’il m’appelle, je viendrai avec plaisir. Mais il faut être réaliste : jouer à Ostende est moins facile pour être repris car les grands clubs ont plus de visibilité… On verra. "

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