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Artistes et santé mentale, vers de moins en moins de tabous ?

Day N Night

© 2017 Scott Dudelson

30 août 2022 à 15:01Temps de lecture4 min
Par Johanna Bouquet

Le rappeur américain Russ a annoncé sur ses réseaux sociaux qu’il annulait sa tournée mondiale. Il devait notamment se produire à Bruxelles le 2 octobre prochain. La raison ? Sa santé mentale qui est au plus bas. Ce n’est pas le premier artiste qui se retrouve confronté à ces difficultés. La queen du rap US, Nicki Minaj, a d’ailleurs donné un discours poignant lors de la dernière cérémonie des Vidéo Music Awards le week-end dernier. Elle a déclaré : "je souhaite que les gens prennent au sérieux les problèmes de santé mentale, même pour les personnes dont vous pensez qu’ils ont la vie parfaite".

Stromae, Shawn Mendes ou encore Oscar and the Wolf qui avait annulé certaines dates avant de revenir au festival Pukkelpop… Les questions de santé mentale chez les artistes semblent de moins en moins taboues. Même si cela reste encore rare de les voir s’exprimer publiquement à ce sujet.

Mentalement je me sens comme une merde

C’était ce dimanche soir, dans un long post Instagram. Russ a publié un post expliquant : "Je dois annuler ma tournée européenne. J’aurais pu inventer une excuse et ne pas perdre d’argent, mais la réalité c’est que mentalement je me sens comme une merde", avant d’ajouter, "si vous ne me soutenez plus après ça, je le comprends, si vous ne croyez pas mes raisons, je comprends".

Il explique, "au cours des dernières 24h, plusieurs problèmes sont survenus qui m’ont laissé avec des réalisations extrêmement solitaires et vides à propos de ma famille, j’ai cru que ma tête allait exploser".

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Une prise de parole rare

C’est une prise de parole d’une rare honnêteté, d’autant plus dans le monde du hip-hop. Mais Russ n’est pas le seul. Fin juillet, c’est le chanteur canadien aux 70 millions de followers, Shawn Mendes, qui revenait dans un post, sur les raisons de plusieurs annulations de dates de concerts. Dans ce post, il expliquait notamment la difficulté de reprendre le chemin de la scène après la pandémie et donc après de nombreux mois d’arrêt et d’incertitude. Il explique aussi : "la réalité c’est que je n’étais pas prêt pour faire face à la difficulté de ce que représente une tournée après autant de temps d’arrêt. Après avoir discuté longuement avec mon équipe et une équipe incroyable de professionnels de la santé mentale, il est devenu évident que j’avais besoin de faire un break et de prendre le temps que je n’avais jamais pris personnellement pour revenir plus fort".

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Avant ça encore, c’était le rappeur belge Isha qui s’était confié à Vice. À nouveau, c’est une parole rare sur ses questions, mais le format de l’interview s’y prête, il s’appelle Thérapie et place l’artiste face à un psy. Dans cette interview, Isha parle de ce qu’il appelle "son troisième œil", pour lui il s’agit d'"un besoin d’intensité dans les relations" ajoutant que "la solitude a beaucoup de place dans (sa) vie". Il revient également sur l’évènement qui lui a fait prendre conscience de son hypersensibilité et explique un jour "avoir perdu le contrôle", ne plus être capable de parler, "quand je commençais une phrase, j’avais un blanc dans ma tête et je ne savais plus comment la terminer".

Entendre un artiste se confier si honnêtement sur ce genre de moment, c’est effectivement rare. En premier lieu parce que ce qui est inconsciemment attendu des artistes c’est d’être au top tout le temps. Cette façade qui consiste à se montrer, quoiqu’il arrive, sous son meilleur jour suscite nécessairement de la pression. En plus, comme l’a évoqué Nicki Minaj au VMA’s, on s’imagine que les artistes ont une vie de rêve faite d’argent et de voyage, alors c’est parfois difficile de les imaginer se plaindre.

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Pourtant, selon une étude menée en France en période Covid sur les professionnels du secteur culturel, "72% des répondants (donc du secteur culturel français, ndlr) présentent un état dépressif contre 12% de la population française en général durant la même période".

Il faut dire qu’effectivement, pour beaucoup d’artistes et pour l’ensemble du secteur culturel, la période de la pandémie a marqué un cran d’arrêt, une rupture. Pour les artistes, comme pour le reste de la population, ce fut aussi une période de remise en question. Enfin, les artistes, comme le reste de la population, ne sont pas exempts de devoir faire face à des problèmes liés à la santé mentale, ces derniers ayant été exacerbés également par la période de la pandémie mondiale.

Selon la psychiatre Emma Baron qui a dirigé l’étude et dont les propos ont été recueillis par le média Larsen, "Selon moi, il n’y a pas de fragilités personnelles, mais des caractéristiques du métier, comme les incertitudes liées à l’emploi. Certains font des carrières longues et difficiles, d’autres ont des trajectoires fulgurantes mais courtes. Pour les artistes, les problèmes d’horaires, la fatigue inhérente aux tournées sont des facteurs aggravants sur la santé mentale. De ce fait, l’artiste est plus exposé". Pour sa consœur, Sophie Bellot, elle aussi citée par Larsen, "quand un artiste est reconnu, le fait d’être en représentation permanente est épuisant".

On se souvient évidemment de la prise de position artistique très remarquée de Stromae sur le JT de TF1 pour son titre "L’enfer" qui parle explicitement des problèmes de santé mentale. Et qui, avec ce titre, a aussi tenté de mettre en lumière comment cela pouvait toucher les artistes.

Alors certes, de plus en plus d’artistes brisent le tabou de la santé mentale en s’exposant publiquement, ce que l’on peut saluer. Même si cela ne veut pas pour autant dire que les stéréotypes liés à la santé mentale aient totalement disparu.

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