Assouplissement des mesures coronavirus: quand politiques et experts se divisent

Assouplissement des mesures coronavirus: quand politiques et experts se divisent

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24 sept. 2020 à 15:42 - mise à jour 24 sept. 2020 à 15:42Temps de lecture4 min
Par Jean-Christophe Willems

Le Conseil National de Sécurité, qui s'est tenu hier, a donc débouché sur une série de mesures considérées comme un assouplissement de la politique menée. L'augmentation du nombre de contacts par individu et le port du masque laissé à la libre appréciation des bourgmestres paraissent pour beaucoup contre-productifs. C'est principalement au nord du pays que les experts tirent à boulets rouges sur le gouvernement.

Plus de cas, moins de contraintes

Si elle ne se référait à une situation aussi dramatique, la sortie de Geert Meyfroidt prêterait à sourire. Le chef de service aux soins intensifs et professeur à la KU Leuven a ainsi choisi la métaphore de la sécurité routière : " C'est comme constater que le nombre de victimes de la route augmente pour décider d'assouplir les règles du code de la route."

Et le virologue Marc Van Ranst d'enchérir : "Les mesures contrastent fortement avec la réalité. Si nous ne faisons rien, je m'attends à des problèmes plus importants dans quelques semaines."

Les décisions politiques ont tellement choqué que les universités d'Anvers et d'Hasselt conseillent à leurs étudiants de ne pas les respecter et de s'en tenir à des contacts bien plus limités ! Une position qu'on n'a pas suivie dans le sud du pays, ce qui n'empêche pas les experts d'avoir leur avis sur la thématique.

Entre partisans et opposants aux mesures prises

Ce qui est sûr, c'est qu'on ne s'exprime pas d'une même voix dans le monde des experts francophones. Ainsi, le virologue Emmanuel André parle "d'incohérence" dans le chef du CNS, "ce qui va créer beaucoup d'hésitation. En France, on a décidé d'agir. En Belgique, on dit aux gens qu'on a été un peu incohérent avec le port du masque, alors, que les gens fassent comme ils le sentent. On reporte la responsabilité sur les citoyens qui n'ont pas la capacité de mesurer l'évolution de l'épidémie."

La responsabilisation des citoyens, c'est un terme qui revient aussi dans la bouche de Jean-Luc Gala, chef de clinique aux Cliniques universitaires St Luc. Mais non pas pour avertir, plutôt pour applaudir : " J'ai complimenté la Première ministre, non seulement sur l'aspect du port du masque, mais surtout pour la responsabilisation des citoyens. Tout le reste découle de cela. Que les étudiants fassent ce qu'ils veulent entre eux mais qu'ils soient responsables et prennent leurs précautions pour ne pas contaminer les groupes vulnérables. C'est pour cela que je suis absolument favorable aux mesures prises hier."

Ce n'est pas tenable de serrer continuellement les boulons

Entre les pour et les contre, il y a les plus nuancés, comme Stéphane De Wit, infectiologue au CHU St Pierre. Pas question de fustiger ou d'acclamer les décisions politiques car pour lui, trouver un compromis entre population et médecine est un exercice extraordinairement compliqué. Personne ne sait exactement ce qu'il faut faire dans une situation inédite comme celle que nous connaissons actuellement. "Il est raisonnable de rendre plus acceptables et applicables les règles d'aujourd'hui, quitte à faire ensuite marche arrière. Oui, le nombre de cas est en augmentation mais la situation est fondamentalement différente de celle que nous connaissions il y a quelques mois. Nous avons deux unités Covid actives au sein de l'hôpital contre dix au mois d'avril. Les patients sont plus jeunes et les soins intensifs sont presque vides. Nous connaissons mieux le virus et savons que le basculement vers la guérison ou l'aggravation a lieu le sixième ou septième jours et nous pouvons réagir. Pour l'instant, nous ne sommes pas dans une situation où l'on tire la sonnette d'alarme mais bien dans celle d'une vigilance accrue. Et ce n'est pas tenable pour une société comme la nôtre de serrer continuellement les boulons."

La mesure était peut-être trop forte par rapport à ce que les gens étaient prêts à faire

Même son de cloche chez Yves Van Laethem, infectiologue. "En tant qu'expert et non porte-parole interfédéral, je pense que ce n'est pas mal de libéraliser la chose avec du bon sens. C'est plus facile d'obliger le port du masque, mais c'est plus raisonnable de faire confiance aux gens."

Emmanuel André parlait de manque de cohérence, Marius Gilbert lui emboîte le pas. L'épidémiologiste à l'ULB estime qu'on a tenté d'harmoniser les choses : " On a assoupli dans un domaine où en fait, l'inconvénient en termes de perte de l'adhésion devient supérieur au bénéfice. Il était essentiel d'essayer de recoller cette adhésion et ça passait par diminuer un peu la pression au niveau des contacts. En fait la mesure était peut-être trop forte par rapport à ce que les gens étaient prêts à faire."

Ainsi, si cette mesure ne se justifie pas au niveau médical, elle correspond à un besoin social et contribue à la recherche de ce fragile équilibre entre protection de la santé et des libertés.

Virologues, infectiologues, urgentistes, généralistes ou directeurs médicaux ne parlent donc pas tous à l'unisson. Si l'on ajoute les psychologues, les économistes ou les politiques, on comprend facilement que quelles que soient les décisions prises, elles seront soumises à la critique. Ce qui en soi est plutôt sain dans une démocratie.

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