Environnement

Atteindre la neutralité carbone par la compensation carbone, est-ce vraiment possible ?

Atteindre la neutralité carbone par la compensation carbone, est-ce vraiment possible ?

© Andriy Onufriyenko

14 nov. 2021 à 12:00Temps de lecture3 min
Par RTBF TENDANCE avec AFP

À la COP26, Greenpeace et d’autres organisations s’insurgent contre la mise en avant de la compensation carbone pour atteindre la neutralité carbone. Elles dénoncent un greenwashing et un effet illusoire, qui n’empêchent pas "les émissions carbone de réchauffer notre climat". Les Nations unies souhaitent combattre cette tendance de la part des multinationales avec un nouveau groupe d’experts.

"L’écoblanchiment s’avère insidieux, comme on pouvait s’y attendre, en particulier la promotion de la compensation", analyse la Directrice exécutive de Greenpeace International, Jennifer Morgan, en clôture de la première semaine de la COP26, à Glasgow.

La conférence mondiale poursuit sa feuille de route établie à Paris en 2015 : la baisse des émissions de gaz à effet de serre mondial. Mais l’objectif in fine de la neutralité carbone, tel qu’il est mené actuellement, n’est-il pas un leurre ?

La neutralité carbone doit faire l’objet d’une stratégie globale

Le concept de "neutralité carbone" ne désigne pas l’absence totale d’émission de gaz carbonique. "La neutralité carbone implique un équilibre entre les émissions de carbone et l’absorption du carbone de l’atmosphère par les puits de carbone", définit le Parlement européen. "Pour atteindre des émissions nettes nulles, toutes les émissions de gaz à effet de serre dans le monde devront être compensées par la séquestration du carbone", c’est-à-dire le stockage du carbone.

Ce concept de neutralité carbone se doit d’être pensé dans sa globalité et repose sur la mise en place d’une stratégie globale. L’Agence de la transition écologique (ADEME) rappelle que la neutralité carbone ne peut être menée chacun dans son coin.

"Individuellement ou à leur échelle, les acteurs économiques, collectivités et citoyens qui s’engagent pour la neutralité carbone ne sont, ni ne peuvent devenir ou se revendiquer 'neutres en carbone', l’atteinte d’une neutralité carbone arithmétique n’ayant pas de sens à leur échelle."

La reforestation mettra de longues années à produire ses effets

Pourtant les entreprises et institutions sont toujours plus nombreuses à s’engager dans la neutralité carbone. Amazon, Eurostar, Accor, Shell, Total, Corsica Ferries, Nespresso usent du principe de compensation de leur émission carbone en plantant des arbres ou en finançant des projets plus verts par exemple.

Ce principe pose plusieurs problèmes. Car si les émissions de carbone sont immédiates, les projets de compensation mettront, eux, plusieurs années à se mettre en place, comme la compensation par la plantation d’arbres. Cette compensation pose un réel problème d’équilibre : un arbre plus vieux absorbera plus de carbone.

"La compensation est un leurre"

Cette compensation laisse place à un nouveau marché d’entreprises dont le modèle économique est de faire de l’argent avec la compensation carbone. Et voilà le second problème.

Les ONG pointent "l’accaparement des terres et ressources" des projets de compensation, qui poussent à "une logique marchande" au détriment des communautés locales.

Dans le viseur des organisations, la firme norvégienne Green Resources de sylviculture durable, "qui vise à faire pousser des forêts de plantation dans toute l’Afrique de l’Est d’une manière durable et socialement juste". Elle pousse depuis 1995 des villages entiers en Ouganda, en Tanzanie et au Mozambique à céder des terres pour des projets de reboisement.

"A l’image du système capitaliste qui laisse croire que l’on peut, dans un monde aux ressources limitées, continuer à accumuler indéfiniment les richesses matérielles, la compensation est un leurre : elle n’empêche pas les émissions carbone de réchauffer notre climat", pointait Greenpeace dans un communiqué en marge de la COP26.

La COP26 révèle l’omniprésence du greenwashing, à tel point qu’un groupe d’experts, rattaché au Secrétariat général de Nations unies, sera en charge de la surveillance du "déficit de crédibilité et surplus de confusion". "C’est une bonne nouvelle !", estime Jennifer Morgan.

Sur le même sujet

Planter des arbres pour atteindre la neutralité carbone ? Pas si simple, préviennent des spécialistes environnement

Environnement

Plus de 90% des pays menacés d'années très chaudes à répétition, selon une étude

Environnement

Articles recommandés pour vous