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Monde

Attentats à Paris : les accusés de retour dans le box au procès du 13-Novembre

01 juin 2022 à 20:20Temps de lecture3 min
Par Belga

Tous les accusés du procès des attentats du 13 novembre étaient de retour dans le box mercredi à l’occasion du début des "plaidoiries individuelles" des avocats des parties civiles, dernière étape de ce "procès hors norme" avant le réquisitoire du parquet prévu la semaine prochaine.

Mardi, neuf des onze accusés détenus avaient refusé de comparaître à l’audience par "solidarité" avec l’un des leurs, le Pakistanais Muhammad Usman, "inquiet" de son état de santé, contraignant ainsi les avocats à plaider devant un box quasi vide.

C’est dans une ambiance apaisée, mais toujours aussi éprouvante émotionnellement, qu’un peu plus d’une quinzaine d’avocats de rescapés et d’endeuillés des attentats du 13 novembre 2015 se sont succédé mercredi à la barre de la cour d’assises spéciale de Paris pour défendre leurs clients.

Les noms d’Anne-Laure Arruebo, assassinée à la terrasse de La Belle Equipe à l’âge de 36 ans, du journaliste Guillaume Barreau-Decherf, tué au Bataclan à l’âge de 43 ans, d’Elodie Breuil, assassinée au Bataclan à l’âge de 23 ans ou encore de Jean-Jacques Amiot, un grand-père de 68 ans, également tué au Bataclan, ont résonné, sans doute pour la dernière fois, dans "une salle d’audience comme nous n’en n’avons jamais vu", selon les mots de l’avocat Mathieu Riberolles.

Depuis le début du procès, il y a eu "des témoignages à se damner, des larmes et des peines à en crever", a résumé l’avocat de la famille d’Anne-Laure, assassinée avec son amie Cécile à la terrasse de La Belle Equipe. Les deux femmes revenaient d’un cours de couture. "Pour se protéger des balles de kalachnikov Anne-Laure avait seulement un dé à coudre et du fil à tisser", a rappelé Me Riberolles.

Pour ce qui restera peut-être comme sa dernière plaidoirie – il est candidat aux législatives -, l’avocat Thibault de Montbrial qui représente une vingtaine de parties civiles dont la famille du journaliste Guillaume Barreau-Decherf et d’un policier gravement blessé au Bataclan, a choisi de mettre en avant l’aspect politique du dossier. "Le dossier est politisé par sa nature même puisqu’il est commis au nom d’une idéologie", a estimé l’avocat en dénonçant "la barbarie de l’islamisme".

"Nous avons été attaqués pour ce que nous étions, cette liberté formidable dans notre démocratie, insupportable pour le totalitarisme islamique", a affirmé Me de Montbrial en soulignant sa "fierté d’avoir fait partie de ce procès". "Ce procès, la réaction de notre pays, ça me donne de l’espoir", a-t-il lancé.

S’adressant directement à Salah Abdeslam, le seul membre des commandos encore en vie, qui avait demandé aux parties civiles d'"être "détesté avec modération" et d'"être oublié à jamais", l’avocat de la famille d’Elodie, Me Romain Fournier, lui rétorque : "On ne vous oubliera pas. Non, M. Abdeslam vous ne serez jamais tranquille".

"La promesse de l’aube"

L’émotion reprend le dessus quand Pierre Thévenet, l’avocat de la famille de Suzon Garrigues, assassinée au Bataclan "d’une balle dans la tête" à l’âge de 21 ans, parle de la douleur des familles "qui ne partira jamais".

"La famille de Suzon a été déchirée par ce drame mais ils peuvent encore compter les uns sur les autres […] Ceux qui, par leur amour, leur compassion, permettent à d’autres de continuer, ce sont eux les guerriers, ce sont eux les vrais héros", dit-il.

Pierre-François Rousseau, avocat de trois rescapés du Bataclan, des "intranquilles" comme il les surnomme, explique que l’objectif de ses clients n’est pas la vengeance. "Vous devrez montrer que votre verdict", dit-il à la cour, "ce n’est pas la fin du voyage mais un début : la promesse de l’aube".

Ces "plaidoiries individuelles" interviennent après cinq journées de "plaidoiries collectives" autour de grands thèmes comme la solidarité, la culpabilité du survivant, les enfants ou le sens du procès.

Les "plaidoiries individuelles" sont prévues jusqu’au 7 juin avant le réquisitoire du Parquet national antiterroriste (Pnat) les 8, 9 et 10 juin. La parole sera ensuite donnée à la défense avant que la cour d’assises spéciale de Paris ne délivre son verdict attendu le 29 juin.

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